Traité des étiides, liv. VIII, i" partie, art
Là est la juste limite, que malheureusement les parents, et même les maîtres, dépassent en maintes circonstances; les parents surtout se complaisent dans leur progéniture, et aiment à penser, avec un sentiment plus ou moins exact de l'hérédité, que les qualités vantées chez Tenfant sont un legs qu'il a reçu d'eux. J'oserai dire que la vanité entre souvent pour une' bonne part dans les motifs qui déterminent certains parents peu aisés à faire des sacrifices pour l'instruction de leurs enfants; on n'est pas bien sûr qu'ils seront plus heureux dans une situation plus élevée que celle où ils sont nés, mais l'essentiel est qu'ils s'élèvent et qu'ils fassent naître dans leur milieu des sentiments d'admiration, de jalousie peut-être.
Rien n'est plus fréquent, et aussi plus insupportable, que les éloges accordés à l'intelligence des enfants. « On peut poser en principe, dit Guizot, qu'on ne doit jamais les louer de ce qui n'a pas dépendu de leur volonté, de ce qui ne leur a pas coulé un effort ou un sacrifice. Si vous les louez de quelques dons naturels, comme de leur intelligence ou de leur figure, vous les accoutumez à mettre un grand prix à ce qui peut être un bonheur, mais non un mérite, et, dès lors, leur amourpropre prend une direction dangereuse; car c^est en se portant sur des avantages purement accidentels qu'il devient plus tard présomption, vanité et sottise ^ » L'éloge doit donc être réservé au véritable mérite, qui, comme nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, résulte exclusivement de l'effort, c'est-à-dire d'un acte de volonté plus ou moins difficile et soutenu.
L'homme est ainsi fait que la considération de ses semblables lui est bien plus chère encore lorsqu'ils lui reconnaissent, après' comparaison, la supériorité sur