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CHAPITRE XVII

L'examen de conscience. — Quelle conception de la vie il convient de donner aux enfants. — Le sentiment pratique de Fidéal.

Une des conditions essentielles pour se corriger et s'améliorer, c'est' de se bien connaître, de se rendre un compte exact de sa situation morale. « Si vous ne voulez pas vivre au hasard, dit Blackie, fixez les heures régulières où vous ferez vos comptes avec vous-même. Dans les transactions commerciales, c'est une grande sauvegarde contre les dettes que de tout payer comptant, quand on le peut; si cela est impossible, il faut du moins ne pas laisser s'allonger les comptes et avoir soin d'établir la balance à époque fixe. Il en est ainsi pour les comptes que nous avons à rendre à Dieu et à nousmêmes. »

Tel est le principe qui guidait Benjamin Franklin lorsque, vers l'âge de vingt-deux ans, ayant formé le dessein d'arriver à la perfection morale , il imagina le procédé qui suit. D'abord il fixa au nombre de treize les vertus qui lui paraissaient désirables, à savoir : la tempérance, le silence, l'ordre, la résolution, Téconomie, le travail, la sincérité, la justice, la modération, la propreté, la tranquillité, la chasteté, l'humilité.

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Puis il fit un petit livre, dont il régla chaque page de manière à avoir sept colonnes verticales, une pour chaque jour de la semaine, et treize colonnes horizontates, une pour chaque vertu. Tous les soirs il faisait son examen de conscience, et pointait sur la case correspondant à la fois au jour et à la vertu le manquement qu'il avait pu commettre dans la journée *. Cette comptabilité peut paraître un peu singulière ; mais la méthode est excellente; elle consiste à voir chaque jour ses fautes, à constater chaque jour qu'on avance vers le bien, ou qu'on rétrograde, ou qu'on piétine sur place.

L'enfant n'a pas encore cette pleine conscience de lui-même qui lui permettrait de s'examiner à fond et de savoir au juste où il en est au point de vue moral. Cependant, lorsque nous lui avons suggéré par notre enseignement, par un système intelligent de punitions et de récompenses, par l'habitude, et surtout par l'exemple, des règles fixes de conduite, lorsque, grâce à nous, une conception nette du bien et du mal s'est établie dans sa pensée, qui était peut-être incapable de l'acquérir spontanément, il est alors possible de mettre l'enfant en présence de ses actes, de les lui faire apprécier, non pas seulement un à un, au fur et à mesure qu^ils se produisent, mais en les groupant dans un certain ensemble.

On procédera d'abord avec lui à Texamen d'une période très courte de sa vie, par exemple de l'heure qui vient de s'écouler, et pendant laquelle sa conduite peut être caractérisée par une note bonne, passable ou mauvaise, suivant le nombre et la nature de ses hons mouvements ou de ses manquements au devoir. L'heure qui suivra sera comparée à la précédente. Puis viendront des relevés de journées, de semaines entières.

i. Mémoires de Franklin, trad. Laboulaye, cbap. vi.

Qu'on se garde bien de les faire devant Tenfant sans qu'il y prenne part; qu'il ne reste point comme un auditeur muet qui baisse la tète avec une expression de honte plus ou moins sincère devant Ténumération de ses fautes. Dans ces conditions, Tatlitude des enfants est peu significative : quelques-uns écoutent avec un air indifférent ou même insolent; mais presque tous ont une apparence contrite, sous laquelle peuvent se dissimuler des sentiments bien différents du repentir. L'aveu des fautes amené par un éducateur adroit et bienveillant produit un effet plus salutaire. Tout aveu est humiliant pour les natures qui ne sont pas perverties ; or rhumiliation devant autrui qu'on s'impose à soimême après la faute demande un très grand effort; mais, précisément parce qu'elle est pénible, elle réagit heureusement sur le moral, pour lequel elle est une véritable expiation. Qu'un enfant soit amené à la nécessité d'adresser des excuses à une personne qu'il a offensée : il s'y décidera sans trop de peine sî Ton commet la maladresse de parler pour lui, quelle que soit l'humilité de la posture qu'on lui fera prendre et des sentiments qu'on lui prêtera; le vrai supplice est de parler lui-même, parce qu'il sent qu'alors seulement il acquiesce bien à son humiliation, et qu'elle l'atteint au fond du cœur.

Tel, c'est-à-dire actif et personnel, doit être son rôle dans Texamen de conscience; c'est lui-même qui doit reconnaître ses fautes, les avouer sans réticences. L'éducateur est pour lui le directeur de conscience, à la fois sévère et affectueux, qui le force tendrement à ouvrir son cœur, à revoir le passé avant qu'il se plonge dans l'oubli , qui lui montre , pour nous servir des expressions d'un ancien, où il a dirigé ses pas, ce qu'il a fait de meilleur, les bonnes actions qu'il a négligées, et qui, une fois le compte établi, passe l'éponge

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