‹ L'éducation du caractèreChapitre 48 sur 228 · Essais, liv. I, chap. xxv, 5. Emile, liv. II · texte numérisé non relu

Essais, liv. I, chap. xxv, 5. Emile, liv. II

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L'expérience nous fait faire à ce sujet d'autres remarques inquiétantes.

Il y a des raisons qui s'opposent à ce que les parents, les premiers éducateurs en date, soient de bons observateurs à l'égard des enfants. C'est d'abord leur complaisance naturelle pour leur progéniture. Kaigle, dans une fable de La Fontaine, demande au hibou de lui peindra ses « nourrissons » :

Le hibou repartit : a Mes petits sont mignons, Beaux, bien faits, et jolis sur tous leurs compagnons : Vous les reconnaîtrez sans peine à cette marque ».

Une mère trouve que son enfant, qui ouvre les yeux depuis quelques jours, montre de l'intelligence, de la gentillesse. Cette illusion fait sourire; mais elle peut se prolonger et devenir dangereuse. Je l'ai dit ailleurs : « De petits êtres âgés d'un an à peine ont déjà en eux les rudiments de toutes leurs passions de l'âge mûr, avec cet avantage immense, que tout cela est encore tendre, flexible, et peut être modifié, extirpé au besoin sans grande peine, mais aussi avec cet immense danger, que tout cela se dissimule sous les apparences du besoin, se pare des grâces du premier âge, trompe ou même flatte l'indulgence excessive, l'afTection volontiers aveugle de la famille ' :». Chose singulière I chez les parents mobiles, passionnés, peu maîtres d'eux-mêmes, et le nombre en est grand, à cette afTeclion aveugle succède par moments une sévérité excessive, aussi peu raisonnable, qui leur fait trouver alors dans leurs enfants les plus tristes défauts; cela peut arriver sous le coup d'une grosse étourderie de ces derniers, lorsque la patience des parents est poussée à bout, lorsque leur fatigue est extrême. De plus, l'enfant, qui tient beaucoup de ses parents, et par

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