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LA NATURE ET L'ÉDUCATION

une mère bienfaisante, comme une directrice infaillible, qui sait mieux que nous ce qui convient à ses enfants? L'action de Thomme, au lieu d'être utile, n'est-elle pas plutôt nuisible? tout le mal moral ne vient-îl pas de ce que rhomme n'a pas su écouter docilement la nature, de ce qu'il a eu la prétention funeste de se soustraire à sa direction, de ce qu'il a substitué à la simplicité, à la droiture, à la tranquillité, à la bonté naturelles, ses raffinements, ses inquiétudes et ses malices?

Montaigne figure au premier rang parmi ces admirateurs de la nature. Nous lisons dans son chapitre Des Cannibales * : « Ils sont sauvages, de mesmes que nous appelons sauvages les fruicts que nature de soy et de son progrez ordinaire a produicts; tandis qu'à la vérité, ce sont ceulx que nous avons altérez par nostre artifice, et destournez de l'ordre commun, que nous debvrions appeler plustost sauvages : en ceulx là sont vifves et vigoreuses les vrayes et plus utiles et naturelles vertus et proprietez; lesquelles nous avons abbastardies en ceulx cy, les accomodants au plaisir de nostre goust corrompu ; et si pourtant la saveur mesme et délicatesse se treuve, à notre goust mesme, excellente, à Tenvi des nostres, en divers fruicts de ces contrées là, sans culture. Ce n'est pas raison que l'art gaigne le poinct d'honneur sur nostre grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l'avons du tout estoufîée : si est ce que partout où sa pureté reluict, elle faict une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprinses. »

Montaigne va plus loin dans son apologie de Raimond Sebond '; au lieu d'admirer dans l'homme l'effort qu'il

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