‹ L'éducation du caractèreChapitre 61 sur 228 · VHéi'édité psychologique^ 2« partie, chap. n · texte numérisé non relu

VHéi'édité psychologique^ 2« partie, chap. n

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Comment, dans de telles conditions, pourraient se former et se conserver des archives familiales? Je suppose qu*un père recueille ses souvenirs et ceux de ses aïeuls pour les transmettre à ses enfants ; on peut prédire presque Avec certitude que ce legs se perdra bien vite au milieu des déménagements, des changements de résidence, des partages. Aussi l'histoire des familles est-elle à peu près nulle, et ne fournit-elle en général aucun document iitile sur ces graves questions d'hérédité physique et morale par atavisme.

Il nous reste à dire quelques mots de la loi d'hérédité à des périodes correspondantes de la vie. « Quelquefois chez l'ascendant, un caractère, une disposition apparaît brusquement à l'âge adulte ; chez le descendant, le même caractère, la même disposition apparaît brusquement au même âge, sous la même forme. C'est ce que Darwin appelle l'hérédité aux périodes correspondantes de la vie, et Hœckel la loi d'hérédité homochrone.... Il n'y a :guère de fait qui montre sous une forme plus saisissante le caractère fatal de la transmission héréditaire. Un déterminisme latent amène chez le père ou la mère une infirmité physique, une disposition organique qui se traduit par le suicide ou par quelque forme de folie. L'enfant est sain^ adulte; qu'a-t-il à craindre? Mais le legs fatal était en lui bien avant qu'il s'en révélât chez les parents la moindre trace. Il était dans cet ovule fécondé d'où il est sorti. A travers l'évolution de l'œuf, la vie embryonnaire, l'enfance, l'adolescence, un déterminisme inexorable, où chaque état commande celui qui suit, mène insensiblement à la date fatale. Est-il rien qui montre mieux combien l'hérédité pèse sur nous de tout son poids, même quand nous n'en avons nulle conscience et nul souci * ? » L'hérédité homochrone poupin Riboty V Hérédité psychologique, 2e partie, chap. ii.

rait expliquer, dans plusieurs cas, les modifications inattendues qui se produisent parfois, à un certain âge, dans le caractère de Tenfant, malgré l'éducation, de même qu'elle explique celles qui se produisent dans sa santé, en dépit de Thygiène; les promesses sont excellentes, on augure bien de Tavenir; mais la dépravation s'exerce à l'état latent et doit se manifester à un moment déterminé.

Toute cette étude sur l'hérédité a des rapports très directs avec la pédagogie. On a souvent comparé l'enfant à une cire molle que l'on peut pétrir à volonté pour lui donner les formes les plus diverses. Cette comparaison manque de justesse, et les éducateurs qui croiraient au principe qu'elle implique, c'est-à-dire à leur pouvoir absolu sur l'enfant, s'exposeraient à de cruelles déceptions. Sans être l'esclave de la science positive, surtout lorsqu'elle en est encore sur beaucoup de points aux hypothèses, il faut cependant lui faire sa part et ne pas fermer obstinément les yeux devant ses théories. J'emprunte volontiers les lignes suivantes à un savant dont je n'adopte nullement l'esprit philosophique , parce qu'elles font bien ressortir l'importance de la question ^e l'hérédité en pédagogie. « Si grand que soit le pouvoir de l'éducation, dit Maudsley, ce n'est cependant qu'une force rigoureusement limitée. Elle est limitée par la capacité inhérente à la nature de l'individu et ne peut agir que dans le cercle plus ou moins resserré d'une nécessité préexistante. Il n'y a pas d'éducation au monde qui puisse faire porter des raisins à un prunier ou des figues à un chardon ; de même aucun être mortel ne peut aller au delà de sa nature, et il sera toujours impossible de construire avec quelque stabilité une intelligence ou un caractère sur les fondations d'une nature mauvaise.... Dans chaque œuf en particulier, l'hérédité individuelle prépare la destinée propre de l'individu.... Placez dè§ la

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naissance deux personnes dans des conditions identiques, soumettez-les à la même éducation; à la fin, elles n'auront pas plus Tesprit exactement fait sur le même moule ou de la même capacité qu'elles n'auront les mêmes traits et le même visage. Chacune d'elles est sous l'empire de la loi d'évolution, sous l'empire des antécédents dont elle est le conséquent.... Il y a pour l'homme une destinée que ses ancêtres lui ont faite, et nul, fût-il capable de le tenter, ne peut échapper à la tyrannie de son organisation ^ »

Sauf la dernière phrase, les partisans du libre arbitre peuvent souscrire à tout ce qui précède. Ce qui fait la moralité de l'homme, et par conséquent son mérite, c'est précisément la lutte contre les instincts naturels et héréditaires lorsqu'ils sont contraires au devoir. Lorsque l'enfant est encore incapable de se diriger lui-même, l'éducation se sert des énergies diverses qu'elle trouve en lui pour lui faire commencer cette lutte; elle l'y conduit, et l'y aide d'abord, pour le rendre ensuite capable de la soutenir seul. Mais il évident que la différence des forces engagées dans le combat rend les résultats différents pour chaque individu; celui dont les passions mauvaises sont puissantes et la volonté faible y réussira moins bien que celui qui est heureusement doué sous le rapport du moral. Si l'on veut rendre l'éducation efficace, il faut croire en elle, et l'on doit croire en elle non seulement par un acte de foi aveugle, mais parce qu'une multitude de faits déposent en sa faveur aussi fortement que d'autres faits démontrent l'influence de l'hérédité. Il n'est pas juste, il n'est pas conforme aux faits de soutenir comme Maudsley que nul ne peut échapper à la tyrannie de son organisation. Le déterminisme scientifique, lorsqu'il exclut complètement la

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