CHAPITRE
Influence du physique sur le moral des enfants. — Manifestations de la folie qui peuvent faire croire chez les enfants à des vices du caractère. — Influence des diverses névroses et de Pétat général appelé nervosisme. Influence constante du corps sur le moral, même en dehors de la maladie. — Nécessité de Téquilibre entre le corps et Tâme. Dangers d'une culture intellectuelle excessive. — Influence favorable des exercices physiques sur le caractère.
Une petite fille jusqu'à Tàge de six ou sept ans avait été intelligente, aimable, pleine d'affection; tout à coup un grand changement se produit dans son caractère : elle devient grossière, sauvage et intraitable; elle ne fait plus rien, court les champs et, si on la réprimande, répond par des injures; ses parents n'ont plus aucune autorité sur elle, elle est constamment méchante pour ses sœurs; elle fait entendre des jurements affreux; elle vole tout ce qu'elle croit précieux, pour le cacher ou pour le détruire. Il est probable que dans sa famille on s'en prend d'abord au moral, et que parents et maîtres usent avec elle de conseils, de réprimandes, de punitions, jusqu^à ce que, poussés à bout et désespérés, ils songent à recourir au médecin. Celui-ci examine l'enfant; il lui trouve les yeux brillants, les conjonctives rouges, la tête chaude, les extrémités froides, les intes-
tins dérangés; on lui apprend que son appétit est perverti, qu'elle aime mieux dormir sur la terre humide que dans son lit, qu'elle se plaît à vivre dans l'ordure, etc. Plusieurs membres de la famille ont été aliénés. Le doute n'est pas possible : cette enfant n'est pas vicieuse, elle est atteinte de folie ; il faut chercher, non pas à la corriger, mais à la guérir; de fait, elle guérit au bout de deux mois ^
Un petit garçon, dès l'âge de deux ans, était méchant et intraitable ; il déchirait ses vêtements, brisait ce qui lui tombait sous la main, et souvent refusait de prendre sa nourriture; un de ses amusements était de saisir un chat, de lui arracher les moustaches avec une adresse et une rapidité étonnantes, et de le jeter dans le feu ou par la fenêtre ; il était complètement insensible à l'amitié et ne jouait jamais avec les autres enfants; il fut l'élève sans espoir de plusieurs maîtres ; on se décida enfin à l'enfermer dans un asile, où aucune amélioration ne se produisit '.
Un autre petit garçon, d'un extérieur et d'une intelligence ordinaires, était de temps en temps sujet à de graves désordres de conduite ; il devenait alors incorrigible, ce qui l'avait fait chasser de différentes écoles; ses actes de violence avaient un caractère si excessif, qu'on était porté à penser qu'ils pouvaient aller jusqu'au meurtre; dans les intervalles, il était doux et affectueux ; lorsque ses accès le prenaient, la sensibilité cutanée était complètement abolie ; on dut également l'enfermer dans un asile ^.
Pourquoi ai-je cité ces trois faits, pris parmi beaucoup d'autres analogues? C'est parce qu'ils montrent