‹ L'éducation du caractèreChapitre 71 sur 228 · GYMNASTIQUE CH&Z LES GRECS · texte numérisé non relu

GYMNASTIQUE CH&Z LES GRECS

donner dans Téducation des enfants, et même dans les habitudes des adultes, une large place à la gymnastique; il dissertait et écrivait moins que nous surThygiène; mais, grâce à un heureux instinct, il la pratiquait mieux. Je ne saurais trop recommander, à ce «ujet, la lecture d'un dialogue intitulé << Anacharsis ou les gymnases », dans lequel Lucien s^est plu à retracer, en un tableau plein de vivacité, l'éducation que recevait autrefois la jeunesse grecque avant la décadence des institutions et des mœurs. Le Scythe Anacharsis se promène avec Solon dans un gymnase d'Athènes, et <5e qu'il y yoit faire le remplit d'étonnement. Devant lui les jeunes gens ont commencé par quitter leurs vêtements, et se frolter d'huile avec le plus grand calme; puis ils se sont dirigés vers un espace couvert de boue, et là, dans un accès de fureur bizarre, ils se sont rués les uns sur les autres. Celui-ci tient son adversaire étroitement embrassé et cherche à le plier comme une tige d'osier; celui-là l'enlève par les jambes, le jette à terre, se précipite sur lui, le pousse dans la boue, lui presse le ventre avec ses genoux et lui applique le coude sur la gorge. D'autres se battent à coups de poing et à coups de pied. D'autres enfin, quoique solitaires, ne paraissent pas moins insensés; ils s'agitent avec violence, sautent comme s'ils couraient, tout en restant à la même place, et lancent des coups de pied en l'air. Tout cela se passe sous les yeux d'un magistrat en robe de pourpre qui, au lieu de mettre fin à ces actes de démence, les considère avec une attention mêlée de plaisir. Solon explique alors au Scythe la raison d'être de ces exercices en apparence si bizarres ; il montre les excellents effets d'une éducation intelligente du corps par la gymnastique, non seulement pour le corps lui-même, mais aussi et surtout pour l'âme, qui lui doit la vigueur, la fermeté et le courage. « Nos jeunes gens, dijt-il, colorés et

brunis par le soleil, ont un air mâle et plein de vie qui annonce Tardeuret le courage, fruits d'une santé florissante; aucun d'eux n'est ridé ni maigre; aucun n'est chargé d'embonpoint ; ils ont toutes les proportions d'un corps bien dessiné; le superflu, l'excès des chairs s'est fondu par les sueurs; le reste est demeuré sans mélange d'aucune humeur vicieuse. Ce que le vanneur fait au blé, nos exercices le font au corps des jeunes gens : ils jettent au vent la paille et les barbes dont ils séparent le froment pur qu'ils gardent en dépôt *. » Gomme je le faisais remarquer dan» une étude consacrée à l'intéressant opuscule de Lucien, cet éloge convaincu des exercices du corps, cette démonstration de leur utilité au point de vue de la morale et du patriotisme, sont particulièrement propre» à nous faire réfléchir. Plus instruits que les jeunes Grecs, nos enfants ne répondent pas malheureusement au portrait que Lucien a tracé d'une jeunesse au sang riche^ élégante et robuste. Nous avons beaucoup trop d'adolescents « dont le teint est pâle et qui sont élevés à l'ombre », suivant les expressions de l'auteur. Une réaction vigoureuse contre des habitudes de mollesse et de langueur est seule capable de leur donner du sang, des muscles et, par suite, certaines vertus morales qui n'habitent pas d'ordinaire dans des corps énervés.

Nos voisins d'outre-Manehe semblent avoir sur ce point de meilleures habitudes que les nôtres dans leurs grandes institutions d'enseignement secondaire, si j'en juge d'après ce qu'on lit dans le remarquable rapport présenté en 1867 par MM. Demogeot et Montucci sur l'enseignement secondaire en Angleterre et en Ecosse. A Ëton, à Rugby, à Harrow, qui correspondent, avec des différences considérables cependant, à nos grands lycées, « une part essentielle de l'éducation, la plus importante

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