‹ L'éducation du caractèreChapitre 72 sur 228 · GYMNASTIQUE ANGLAISE · texte numérisé non relu

GYMNASTIQUE ANGLAISE

aux yeux des élèves, et peut-être même à ceux des maîtres », ce sont les exercices athlétiques, paume, ballon, canotage, course, « et surtout le roi des jeux^ le noble et savant cricket ». Les jeux viennent au premier rang, d'après la remarque d'un maître d'Eton, les livres au second. A Harrow, le cricket occupe quinze heures par semaine; à Elon, il en exige vingt-sept ; à Winchester, on consacre au cricket au moins trois heures par jour» Qu'il y ait là quelque excès, nous nous résignons à en convenir, pour ne pas trop choquer nos habitudes fran« çaises. Avec un pareil régime il serait peut-être difficile de se préparer au baccalauréat et à l'École Polytechnique, ce rêve de toutes les familles en France. Mais écoutons ce que disent Demogeot et Montucci sur le résultat final : « Grâce à son éducation physique, soutenue par une forte et simple nourriture, la jeunesse anglaise se développe avec une énergie triomphante. C'est plaisir de voir ces beaux et jeunes corps, si grands et si bien faits,^ toutes les forces de Thomme avec la taille frêle encore de l'adolescent, ces muscles si pleins et si souples, ce» couleurs de santé si fraîches, ces poses à la fois si modestes et si fières. On lit d^un regard sur ces jeunes figures viriles Thabitude de braver la fatigue et le danger, le courage simple et noble qui existe naturellement et sans orgueil, parce qu'il n*a pas seulement conscience de lui-même.... Et quelle habileté de la part des maîtres d'avoir su opposer la nature à la nature, et placer cette salutaire dépense de force physique au moment où ils en devaient craindre la dangereuse surabondance! Aussi tous s'accordent-ils à voir dans les jeux athlétiques une sauvegarde puissante, un auxiliaire indispensable de la morale ^ » C'est là une des profondes convictions de la

1. De renseignement secondaire en Angletet*re et en Ecosse. l'e partie, 1»« section, chap. iv.

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pédagogie anglaise. On la retrouve dans l'un des meilleurs livres dont la lecture puisse être recommandée aux jeunes gens et à leurs maîtres, r Éducation de soimême, par John Stuart Blackie. Au commencement de la partie consacrée à l'éducation physique, se lit cet aphorisme : « Le premier devoir de l'élève est de veiller à la parfaite santé de ses muscles et de son sang ».

Puisse une pareille conviction pénétrer aussi dans notre pédagogie française, et surtout y produire des effets pratiques! Il importe peu de proclamer les plus beaux principes, si Ton s'en tient là. « S'il ne s'agit que de poser les principes, dit Jules Simon en parlant de l'éducation physique, c'est un chœur général d'applaudissements; si vous parlez de passer à l'application, tout le monde secoue les épaules et retourne à ses affaires. Ce n'est pas la philosophie, c'est la routine qui est notre maîtresse '. »

Il est absolument nécessaire que les parents et les maîtres de l'enfance soient avertis, par des connaissances sérieuses en hygiène et en pédagogie, que le caractère des enfants a des rapports étroits avec leur constitution physique; que bien des traits de l'un s'expliquent par des particularités de l'autre; que, dans beaucoup de cas, pour modifier le caractère, il faudrait d'abord modifier l'état de santé; qu'il est maladroit^ injuste, parfois même cruel de s'en prendre au moral de l'enfant lorsque son physique seul est coupable, et d'agir par des réprimandes ou des punitions lorsqu'il conviendrait d'appliquer un traitement médical ou simplement des règles hygiéniques; que soigner le corps de l'enfant, c'est aussi soigner son âme ; qu'il faut faire au corps, dans l'éducation, une large part; que déve-

- 1. La Réforme de l'enseignement secondaire, 2« partie, Introduclion.

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lopper Fâme, surtout dans ses facultés intellectuelles, aux dépens du corps, est une grave imprudence qui retombera sur elle plus tard, peut-être très lourdement; qu'au contraire l'éducation virile du corps a sur le caractère la plus heureuse influence. Tout cela n'attaque en rien les croyances les plus spiritualistes, et se concilie fort bien avec elles. Le corps, « cette guenille », comme disent les femmes savantes dans Molière, réclame une attention intelligente. Mais, je l'ai remarqué, ceux qui le négligent le plus lorsqu'il s'agit de lui accorder les soins virils d'une gymnastique appropriée, sont parfois ceux qui le choient jusqu'à l'énerver par tous les raffinements du bien-être. La gymnastique sérieuse demande de l'énergie et du courage. Quoiqu'elle s'applique au corps, elle est essentiellement une œuvre de l'âme. « L'esprit, dit Blackie, est la force motrice. »

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