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Introduction à la science sociale, chap. xv

l'intelligence et le sentiment 157

ment moral ne prenne un caractère purement intellectuel, et que Ton se croie quitte, à l'égard de Tenfant, avec des expositions plus ou moins dogmatiques , enrichies •d'exemples, des raisonnements, des tirades éloquentes «t des lectures. Tout cela n'a aucune valeur s'il n'arrive dans une âme bien disposée, tout cela n'est qu'un adjuvant. Une harangue militaire ne donne pas du -courage aux soldats; elle n*excite que ceux qui brûlaient de se battre et qui, à la rigueur, auraient pu se passer d'être harangués; quant aux poltrons, s'ils finissent par marcher, c'est grâce à un entraînement qui n'a aucun rapport avec l'éloquence du général.

^ Lorsque l'intelligence seule dispute au sentiment une détermination de la volonté, elle est vaincue d'avance. Elle est même tellement subordonnée au sentiment, que •celui-ci peut presque toujours compter sur sa compli- «cité, sur son empressement à lui fournir des excuses, des raisons, des théories de complaisance; grâce à elle, Tégoïsme, la dureté, la faiblesse, la paresse, les défauts et les vices de toute sorte se justifient ingénieusement. ■Que de systèmes politiques et économiques très bien déduits et appuyés sur des raisonnements et sur des faits ne doivent l'existence qu'à des sentiments plus ou moins avouables! Mais, si le sentiment exige volontiers en sa faveur la collaboration de l'intelligence, il est sourd à sa voix lorsqu'elle lui est contraire. Les meilleures raisons n'arrêteront pas un homme que la passion emporte. Celui qui souffre dans un état social où il ne trouve point le bien-être qu'il désire, que ce soit sa faute ou non, pourra se laisser séduire par de fausses doctrines qui flatteront son mécontentement et ses ran- <îunes; les plus claires et les plus irréfutables démonstrations de la science économique ne l'effleureront même pas; qu^ii devienne subitement intéressé au maintien d'un état social qui le révoltait tout à l'heure, sa com-

plaisante intelligence saura bien vite lui en démontrer la justice.

Toutefois, de ce que l'enseignement moral est nécessairement stérile s'il ne s'adresse qu'à Tintelligence, et de ce que l'intelligence ne joue, à cet égard, qu'un rôle secondaire dans l'éducation, on ne doit pas en conclure que ce rôle est nul. Ne nous contentons pas de parler aux hommes de leur devoir; mais ne tombons pas dans le paradoxe, et ne soutenons pas qu'il est inutile de leur en parler. C'est déjà leur rendre un grand service que de le leur faire connaître. Cicéron pense très sagement là-dessus dans les lignes suivantes de son traité Des devoirs : « Gomme ni les médecins, ni les généraux, ni les orateurs, tout instruits qu'ils sont dans les préceptes de l'art, n'obtiennent jamais de grands succès sans la pratique et l'usage, de même les préceptes des devoirs, que nous donnons nous-mêmes, ne suffisent pas; une chose aussi importante demande encore de l'usage et de l'exercice *. »

La question générale des rapports de la culture intellectuelle avec la moralité est donc fort complexe; il faut se garder, en ces matières, de prononcer un jugement absolu. Examinons-la encore, en nous plaçant au point de vue plus modeste de l'expérience pédagogique. Un groupe d'enfants étant donné, demandons-nous si les plus intelligents, ceux qui ont le mieux profité de l'instruction, sont aussi les meilleurs sous le rapport du caractère, et, pour chacun des enfants en particulier, si l'amélioration de son caractère a été en rapport avec les progrès de son instruction. Il y a tant de cas différents, et même contradictoires, qu'il semble impossible d'établir la moindre loi.

Voici deux enfants d'humble famille qui se fontremar-

!. Des devoirs^ liv. I, ch«ip. xvui.

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