‹ L'éducation du caractèreChapitre 86 sur 228 · INFLUENCE DE LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA LITTÉRATURE

œuvres dramatiques présentent des personnages vulgaires, grotesques et honteux; il est à craindre que le spectateur ne se laisse aller à Timitation. <( Or Timitation, lorsqu'on en contracte Thabitude dès la jeunesse, passe dans les mœurs, se change en nature et fait prendre l'attitude, le ton et le caractère de ses modèles ^ » Plutarque et saint Basile ont étudié aussi cette question de Tinfluence de la lecture sur les mœurs. On trouve de bonnes observations dans le petit traité de Plutarque « sur la manière de lire les poètes ». Le sage de Chéronée sait très bien que les œuvres poétiques ne sont pas exemptes de dangers. Cependant il ne croit pas qu'il faille les écarter de parti pris, même lorsqu'elles ne sont point irréprochables au point de vue de la morale. « Enduirons-nous, dit-il, d'une cire impénétrable les oreilles des jeunes gens, comme Ulysse fit aux Ithaciens?... Ou plutôt ne vaut-il pas mieux prémunir leur raison et l'enchaîner par de sages conseils? Dirigés ainsi et surveillés, ils ne céderont pas à cette voix séduisante qui les perdrait. »

Comme Plutarque, nous pensons qu'il ne faut pas être, sur ce point, trop pudibond et trop timide, et dissimuler entièrement à la jeunesse les laideurs de la réalité. L'éducation qui consisterait, comme je l'ai dit ailleurs, « à les retenir dans une sorte d'atmosphère spéciale et factice où ils ne respireront qu'un air pur, dans un milieu fermé où ils ne verront que des exemples honnêtes », cette éducation n'est guère possible; elle n'est même ni virile ni sûre et offre de réels dangers. Mais la connaissance de la réalité doit aussi avoir des limites pour l'enfant, peut-être même pour l'homme fait, lorsque certaines nécessités ne l'exigent pas tout entière. Déterminer ces limites, et considérer comme

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