‹ L'éducation du caractèreChapitre 93 sur 228 · OPINION DES ANCIENS · texte numérisé non relu

OPINION DES ANCIENS

met au premier rang ce qui ne devrait être qu'au second, se trouvent peut-être dans le développement indéfini que prend le savoir humain, dans Textension sans cesse croissante de nos connaissances, à laquelle ne correspond nullement Textension de nos facultés morales. Des qualités comme le courage, Fénergie, la bonté sont exactement les mêmes aujourd'hui qu'il y a des milliers d'années. Mais, dans Tantiquité, la science était très bornée; il était alors plus facile d'embrasser le cercle des plus hautes connaissances qu'il ne l'est aujourd'hui d'en apprendre les simples éléments. On avait du temps de reste pour l'éducation morale, et Tinstruction proprement dite semble n'avoir tenu qu'une place assez restreinte dans les préoccupations des pédagogues. Aujourd'hui elle a tant d'exigences qu'elle nuit à l'éducation morale et qu'elle réclame une grande partie du temps et des efforts qu'il faudrait consacrer à cette dernière. Notre supériorité sur les anciens est plus manifeste dans la science que dans la vertu; il est naturel que nous soyons surtout fiers de notre science et qu'elle passe pour nous avant le reste.

Si l'on veut constater, à cet égard, la différence de point de vue entre les anciens et les modernes, on n'a qu'à lire, après certains traités modernes, celui de Bain, par exemple, sur la Science de r éducation, où la question des études tient une si large place, des ouvrages comme la Cyropédie et la République de Sparte, où l'Athénien Xénophon a exprimé ses idées pédagogiques. Il n'y est pas dit un mot sur l'instruction des enfants. Xénophon nous raconte, dans son roman sur l'éducation de Cyrus, que les enfants et les adolescents forment deux classes. Dans la classe des enfants, l'éducation comprend la pratique de. la justice, l'exercice de l'arc et du javelot, l'enseignement de la tempérance par l'exemple des vieillards et par un régime austère de nourriture qui n'admet que

le pain et le cresson. La classe des adolescents s'exerce à Tare, au javelot, à la chasse, qui est un apprentissage du métier de la guerre, à la poursuite des malfaiteurs et, en général, aux actions qui demandent de la vigueur et de la célérité ^ Dans la République de Sparte est exposé le système d'éducation institué par Lycurgue. Les enfants, confiés à un pédonome, qui marche toujours avec des acolytes armés de verges, ne portent pas de chaussures et n'ont qu'un habit pour toute Tannée; leurs repas sont extrêmement sobres; lorsqu'ils passent dans la classe des adolescents, la contrainte est encore plus rigoureuse; leur plus important exercice, ce sont les combats de vertu, que Xénophon explique assez longuement *.

La République de Platon ne considère dans l'instruction, sauf en ce qui concerne les futurs magistrats de la cité, que la poésie, la musique et la danse. Aristote, qui expose sa méthode pédagogique dans les septième et huitième livres de la Politique, interdit d'appliquer les enfants jusqu'à l'âge de cinq ans à aucune sorte d'instruction; c'est à peine s'il parle d'instruction jusqu'à l'adolescence; et ce qu'il en dit à partir de cet âge est fort bref, excepté pour la musique; mais, en revanche, V Ethique à Nicomaque et la Politique contiennent un grand nombre d'observations sérieuses et profondes sur l'éducation du caractère.

Il ne nous est plus permis de traiter aussi sommairement une question qui a pris, par le progrès des sciences, une importance extrême, et la pédagogie moderne doit mettre l'instruction au rang qui lui est dû. Mais ce rang n'est pas le premier, parce que l'intelligence n'est pas la première de nos facultés et qu'elle est, dans la con-

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