‹ L'éducation du caractèreChapitre 95 sur 228 · Weber, Histoire de la philosophie européenne, conclusion · texte numérisé non relu

Weber, Histoire de la philosophie européenne, conclusion

stincts qui existent en nous ceux qui nous poussent à agir et qu'on pourrait appeler les instincts d'action, et ceux au contraire qui tendent au repos et qu'on pourrait appeler les instincts d'inertie. L'effort pour agir est nécessité non seulement par la résistance que nous opposent le monde extérieur et nos semblables, mais aussi par celle qu'opposent nos propres instincts d'inertie. Remarquons ensuite que rarement nos instincts d'action sont en harmonie et tendent au même but ; il y a lutte entre eux, non seulement entre les instincts égoïstes et les instincts altruistes, mais même entre plusieurs de ceux qui appartiennent soit au groupe de l'égoïsme, soit au groupe de l'altruisme. Dans l'âme de l'Harpagon de Molière, riche bourgeois à qui sa situation impose un assez grand train de maison, la vanité est en lutte contre l'avarice. Analysez les mouvements qui agitent certaines personnes pour aboutir à un acte de charité : il a fallu qu'elles sortissent de leur inertie pour s'occuper d'affaires qui ne s'imposaient pas à elles, que la compassion pour la misère triomphât de leur avarice et aussi de cette tendance que nous avons à tout réserver pour les objets de nos affections intimes et familiales. Ainsi dans l'âme humaine, comme dans le monde des êtres organisés, règne en permanence l'état de guerre; la vie de l'âme, à sa plus haute expression, est, comme on l'a dit, un a combat spirituel », qui semble finir à chaque instant, puisque à chaque instant, en prenant une détermination', nous faisons cesser la lutte des instincts aux prises, mais qui recommence sans cesse.

Nous avons conscience de l'effort plus ou moins grand qui a précédé la détermination, et du mérite moral qui est en rapport avec lui. Le bien spontané, à moins qu'il ne résulte de l'habitude de la vertu péniblement contractée, n'est pas plus méritoire que le mal spontané, commis par suite de ce que la médecine appelle une

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