‹ L'éducation du caractèreChapitre 96 sur 228 · L*EFFORT ET LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

L*EFFORT ET LA VOLONTÉ

impulsion irrésistible, n'est coupable, à moins que l'impulsion ne résulte d'une série d'actes antérieurs dans lesquels la responsabilité de celui qui la subit est engagée. Pour qu'il y ait mérite ou démérite, il faut qu'il y ait délibération, c'est-à-dire lutte intérieure, victoire du bien récompensant l'effort, ou victoire du mal punissant la défaillance.

On le sent, c'est là ce qui fait la grandeur et l'intérêt de la vie, beaucoup plus encore que la pensée pure, dont Pascal, dans un morceau bien connu, fait le plus noble privilège de l'homme. « Toute notre dignité, ditil, consiste en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. » Notre plus haute dignité consiste dans la volonté libre, dans l'effort moral, et Pascal le savait bien, puisque, dans Tadmirable passage où il compare les trois ordres de grandeur, il met celle de l'esprit si fort au-dessous de celle de la charité. « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes ne valent pas le moindre des esprits; car il connaît tout cela, et soi; et les corps, rien. Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité; cela est d'un ordre infiniment plus élevé *. » Peut-être ce mot de charité est-il trop théologique pour nous. La charité rentre elle-même dans le devoir, qui est notre idéal et notre véritable fin.

Nous avons opposé plusieurs fois déjà la loi de la concurrence vitale à la loi du devoir, l'ordre de la nature et celui de la morale. Nous avons dit que, dans le combat pour la vie, le triomphe appartenait à des instincts de violence et de ruse réprouvés par la morale, et que l'hon-

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