IMPORTANCE DES QUALITES MORALES
redoutable conjuration contre la république romaine, la résistance incroyable de son corps à la faim, au froid, au sommeil, l'audace de son âme.
Tels sont les dons qu'il faut surtout souhaiter à Tenfant et s'attacher à développer en lui, si on désire l'armer pour la victoire dans le combat de la vie, sans méconnaître cependant l'importance de certains dons de l'esprit, comme la justesse, la pénétration, la finesse. S'il y joint l'honnêteté et la bonté, ses succès seront légitimes, il sera grand dans l'ordre naturel et dans l'ordre moral.
Cette loi qui donne la prépondérance au rôle du caractère dans la vie individuelle s'étend à la vie des nations. L'admirable chapitre du Discours sur Vhistoire universelle où Bossuet parle des Romains montre très bien qu'il faut attribuer la puissance de ce peuple à son caractère national. « De tous les peuples du monde, dit Bossuet, le plus réglé dans ses conseils, le plus avisé, le plus laborieux et enfîn le plus patient a été le peuple romain.... Tite-Live a raison de dire qu'il n'y eut jamais de peuple où la frugalité, où la pauvreté aient été plus longtemps en honneur », etc.
De nos jours surtout, où la facilité et la rapidité des communications internationales contribuent de plus en plus à mettre en commun, chez les peuples civilisés, les ressources de l'industrie et de la science, ce qui paraît devoir assurer le succès, dans la concurrence vitale qui existe entre les nations comme entre les individus, ce sont les qualités morales bien plutôt que les qualités intellectuelles, et particulièrement l'énergie, l'esprit d'initiative, la vigilance, la résistance à l'amollissement causé par les progrès du bien-être et du luxe. L'industrie d'un pays battra par la concurrence celle d'un autre où les patrons seront moins hardis, moins attentifs, plus indolents, où les ouvriers seront moins sobres, moins résistants aux privations, moins laborieux.
Quant à la guerre, qui sera longtemps encore le principal arbitre de la destinée des nations, il est certain que les armées qui l'emporteront par leur valeur morale y réussiront le mieux ; et cette valeur morale résulte de qualités nombreuses et diverses, parmi lesquelles le courage, il est vrai, et le sentiment de la discipline, vertus essentiellement militaires, tiennent le premier rang, mais dont beaucoup d'autres sont les mêmes que celles qui donnent le succès dans les travaux de la paix. A la fin d'un livre remarquable qui a pour titre la Nation armée, un écrivain militaire allemand fait bien ressortir le rôle que joue à la guerre ce qu'il appelle « les forces morales » ; les conseils qu'il adresse à ses compatriotes ne valent pas seulement pour eux. « La souveraine sagesse politique, dit-il, sera longtemps encore pour nous de travailler sans relâche à perfectionner notre organisation militaire nationale. L'augmentation des forces morales, dont tout dépend à la guerre, devra marcher de pair avec ce perfectionnement. L'augmentation, disons-nous, et non simplement le maintien; car les forces morales sont sans cesse en mouvement, elles n'ont pas d'arrêt, et, si elles ne tendent pas à monter, c'est qu'elles tombent et faiblissent.... On devra sans cesse, par l'exemple qu'on donne , par la parole, par les écrits, faire en sorte que l'amour passionné de la patrie, la résolution de ne pas fuir les plus dures épreuves, le renoncement et la résignation sereine visà-vis des plus grands sacrifices, que tous ces sentiments grandissent sans cesse dans nos cœurs et dans ceux de nos enfants *. »
La question des causes de la décadence d'un peuple est souvent complexe et obscure, parce que ces causes sont multiples et qu'il est difficile soit de les discerner,