‹ L'éducation du caractèreChapitre 15 sur 52 · ÉTHOLOGIE INDIVIDUALISTE (J.-J. ROUSSEAU ET STUART MILL · texte numérisé non relu

ÉTHOLOGIE INDIVIDUALISTE (J.-J. ROUSSEAU ET STUART MILL

L'éducation doit respecter le caractère individuel inné. On s'efforcerait en vain « de le changer et de le contraindre » ; on ne doit viser qu'à le « former et le développer ». Opposition de l'éducation privée ou personnelle et de l'éducation publique (Rousseau).

Cette opposition n'existe pas réellement. L'intérêt social, aussi bien que privé, est que chacun développe son originalité (Stuart Mill). Le conformisme social est la plaie de notre temps. Rôle des individus dans la société : ils sont les initiateurs du progrès, il sont « le sel de la terre ». L'excentricité même est un bien. L'idéal n'est pas de former des hommes médiocres et neutres. Il est dangereux de comprimer les individualités par le despotisme social. Le nihilisme n'est pas autre chose qu'une revanche de l'individualisme (P. Kropotkine).

Quand on dit que le caractère est inné et fatal, il convient de préciser que c'est du caractère individuel, non du caractère spécifique ou du caractère humain en général, qu'on entend parler. Il ne faudrait pas admettre, en effet, comme il arrive, le déterminisme psychologique en général et le rejeter en particulier; il ne faudrait pas croire que la nature humaine a ses lois, et que la nature individuelle n'a pas de lois, que la première

fournit un modèle ou une norme et que la seconde peut se plier et n'a qu'à se plier à cette norme. Si chaque homme a son caractère propre, il réclame aussi et par là même une éducation propre, qui tienne compte des dispositions et des dons de sa nature, hien plus, qui n'ait en vue que de les développer, qui se propose, « non point de changer le caractère et de plier le naturel, mais au contraire de le pousser aussi loin qu'il peut aller, de le cultiver et d'empêcher qu'il ne dégénère; car c'est ainsi qu'un homme devient tout ce qu'il peut être et que l'ouvrage de la nature s'achève en lui par l'éducation* ». Au déterminisme psychologique on peut donc rattacher l'individualisme éthologique et pédagogique, que Rousseau définit ainsi : « Outre la constitution commune à l'espèce, chacun apporte en naissant un tempérament particulier qui détermine son génie et son caractère, et qu'il ne s'agit ni de changer ni de contraindre, mais de former et de perfectionner. » Le caractère individuel inné, au lieu d'être une matière que l'éducation façonne et pétrit, est une forme qu'elle est tenue de respecter. Il faut rejeter le système de « l'éducation commune », qui n'a point « égard à la prodigieuse diversité » des tempéraments et « des esprits », (|ui part de l'idée d" « un parfait modèle de l'homme raisonnable et de l'honnête homme » et prétend « rapprocher chaque enfant de ce modèle, en excitant l'un, en retenant l'autre, en méprisant les passions, en per-

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