‹ L'éducation du caractèreChapitre 16 sur 52 · I.-J. Uousdoau. La Nouvelle Héloïsc, V, m · texte numérisé non relu

I.-J. Uousdoau. La Nouvelle Héloïsc, V, m

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fectionnant, en corrigeant la nature ». Une telle éducation est vaine dans son objet et condamnée d'avance à un échec certain. « Platon ne soutenait-il pas que tout le savoir humain, toute la philosophie ne pouvait tirer d'une âme humaine que ce que la nature y avait mis, comme toutes les opérations chimiques n'ont jamais tiré d'aucun mixte qu'autant d'or qu'il en contenait déjà? Pour changer un esprit, il faudrait changer l'organisation intérieure; pour changer un caractère, il faudrait changer le tempérament dont il dépend. Avez-vous jamais ouï dire qu'un emporté soit devenu flegmatique et qu'un esprit méthodique et froid ait acquis de l'imagination? Pour moi, je crois qu'il serait tout aussi aisé de faire un blond d'un brun et d'un sot un homme d'esprit? C'est donc en vain quo7i prétend refoîidre les divers esjjrits sur un modèle commun. On peut les contraindre et non les changer; on peut empêcher les hommes de se montrer tels qu'ils sont, mais non les faire devenir autres ; et s'ils se déguisent dans le cours ordinaire de la vie, vous les verrez dans toutes les occasions importantes reprendre leur caractère original et s'y livrer avec d'autant moins de règle qu'ils n'en connaissent plus en s'y livrant. »

Admettons pourtant que l'éducation commune puisse avoir des effets et que ces effets ne soient pas apparents et illusoires; ils sont alors fâcheux. « On donne à la plupart des instructions nuisibles ou déplacées, on les prive de celles qui leur conviendraient, on gêne de toutes parts la nature, on efface les grandes qualités de

l'âme pour en substituer de petites et d'apparentes qui n'ont aucune réalité; en exerçant indistinctement aux mêmes choses tant de talents divers, on eiîace les uns par les autres, on les confond tous. » Ce résultat peut sans doute, à la rigueur, être jugé avantageux du point de vue social; il est de l'intérêt de l'Etat et des particuliers mêmes en un sens que le peuple soit maintenu dans l'humilité de sa condition. « Ceux qui sont destinés à vivre dans la simplicité champêtre n'ont pas besoin, pour être heureux, du développement de leurs facultés, et leurs talents enfouis sont comme les mines d'or du Valais que le bien public ne permet pas qu'on exploite. » Mais qu'est-ce qu'un Etat qui suppose l'anéantissement des individus et qu'un bonheur individuel qui est fait de résignation? Comment ne pas préférer à l'éducation qui annihile celle qui exalte l'individu? Dans la première, « on n'a égard qu'à l'espèce; chacun fait ce que font les autres ; l'exemple est la seule règle, l'habitude est le seul talent et nul n'exerce de son âme que la partie commune à tous. Dans la seconde, on s'applique à l'individu; on ajoute en lui tout ce qu'il peut avoir de plus qu'un autre, on le suit aussi loin que la nature le mène et l'on en fera le plus grand des hommes s'il a ce qu'il faut pour le devenir. » Ajoutons que c'est l'intérêt de l'Etat lui-même bien compris de porter au maximum le développement des individus, de les accepter tous, quels qu'ils soient, de les juger « bons et sains en eux-mêmes » et de trouver à chacun son emploi. Rousseau va plus loin et pose les principes

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d'un optimisme théorique absolu. « Il n'y a point d'erreurs dans la nature. » Tous les vices viennent de l'éducation, qui imprime au naturel des « formes mauvaises » ou ne sait pas tirer parti des penchants. « Il n'y a point de scélérat dont les penchants mieux dirigés n'eussent produit de grandes vertus. Tout homme a sa place assignée dans le meilleur ordre des choses ; il ne s'agit que de trouver cette place et de ne pas pervertir cet ordre. » L'individualisme (si par là on entend l'éducation qui a pour fm le développement du caractère individuel) peut apparaître comme une nécessité ou comme un devoir, comme une loi des choses ou comme un idéal humain. Il semble que, pour en assurer le triomphe, il n'y ait qu'à en établir la vérité : tout homme raisonnable obéira aux lois de son caractère s'il lui est prouvé qu'il ne peut faire autrement. Cependant il n'est pas indifférent que l'homme croie qu'en se conformant à sa nature, c'est son bonheur qu'il fonde et son idéal qu'il atteint. La glorification ou l'exaltation de l'individualité est le complément, voire la condition même de sa pleine et entière réalisation. Aussi devons-nous étudier la théorie qui présente le développement de l'originalité individuelle, de celle du caractère en particulier, comme l'objet même de l'éducation. Cette théorie a été exposée avec une saisissante clarté, un véritable bonheur d'expression et défendue avec une grande chaleur de conviction personnelle par Stuart Mill. Ce philosophe, à qui l'on a reproché de donner pour base à l'éthologie la conception fausse d'un type humain universel, s'est fait,

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dans la Liberté, l'apologiste de l'indépendance et de l'originalité du caractère. Il la juge bonne, à la fois pour l'individu et pour la société, en elle-même et dans ses conséquences.

La société doit sans doute refréner l'individualité, tout au moins la discipliner et la contrôler; il ne faut pas cependant qu'elle la comprime et l'efface. Or précisément aujourd'hui « le danger qui menace la nature humaine n'est pas l'excès, mais le manque d'impulsions et de goûts personnels ». On ne suit plus sa nature, on n'a pour règle que la coutume. « L'esprit lui-même est courbé sous le joug : même dans ce que font les hommes pour leur plaisir, la conformité est leur première pensée ; ils aiment en masse, ne portent leur choix que sur les choses qu'on fait en général ; ils évitent comme un crime toute singularité de goût, toute originalité de conduite, si bien quà force de ne pas suivre leur naturel, ils nont plus de naturel à suivre; ils n'ont généralement ni opinions ni sentiments de leur cru, à eux appartenant. »

« Cela peut-il passer pour une saine condition des affaires humaines? » Oui, si l'on admet avec les Calvinistes que la nature humaine est corrompue; non, si l'on croit à la valeur foncière de l'humanité. Or, en fait, il y a dans l'homme deux cléments, l'un de grandeur, l'autre, de misère (Pascal), l'un, à développer, l'autre, à réprimer, l'un, que reconnaît et exalte la morale païenne, l'autre, que le christianisme flétrit et combat. « La revendication de soi-même des païens est (par

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suite) un des éléments du mérite humain aussi bien que l'oubli de soi-même des chrétiens. » En fait, les siècles les plus grands sont ceux qui se sont montrés les plus favorables au développement de l'individualité. Rien n'est perdu, tant que subsiste chez l'homme le respect de soi-même, le souci de sa valeur propre. Le régime social, « le despotisme lui-même ne produit pas ses pires effets aussi longtemps que l'individualité existe sous ce régime et (inversement) tout ce qui détruit l'individualité est du despotisme,... qu'il prétende imposer la volonté de Dieu ou les injonctions des hommes ».

L'originalité est donc à encourager ; elle n'est pas seulement bonne en soi, elle vaut encore pour l'exemple et par ses effets. Elle vaut pour l'exemple; cela revient à dire que, si elle est un bien, c'est donc aussi un bien qu'elle se propage ou se répande. En effet que serait une société d'où toute individualité serait absente? Je suppose même que les lois y seraient sages, toujours observées et les mœurs parfaites. Je dis que, n'ayant point d'hommes ayant une vie propre, de ces hommes qui « sont le sel de la terre,... elle deviendrait une mare stagnante ». Le bien même qu'elle réaliserait serait stérile et mort, et on ne serait jamais assuré qu'il durât. Car « les meilleures croyances et les meilleures pratiques n'ont qu'une trop grande tendance à dégénérer en quelque chose de mécanique; et, à moins qu'il n'y ait une suite de personnes dont l'originalité toujours infatigable entretienne la vie dans ces croyances et dans ces pratiques, une lettre aussi morte ne résisterait guère au

plus léger choc de quelque chose de réellement vivant; il n'y aurait pas alors de raison pour que la civilisation ne disparût pas comme dans l'empire grec ».

La civilisation et les mœurs ont donc le génie individuel pour gardien ; a fortiori l'ont-elles pour initiateur ou fondateur. Le progrès moral et social est l'œuvre du génie, individuel par nature, et qui ne peut germer que « dans une atmosphère de liberté ». Il ne peut être conçu d'abord et réalisé ensuite que par des esprits indépendants. « Le génie, dans le vrai sens du mot », c'est « l'originalité dans les pensées et dans les actions ». Et « il y aura toujours besoin de gens, non seulement pour découvrir des vérités nouvelles et signaler le moment où ce qui fut autrefois une vérité cesse de l'être, mais encore pour commencer de nouvelles pratiques et donner l'exemple d'une conduite plus éclairée, de plus de goût et de sens dans les affaires humaines ». Que ceux qui ne sentiraient pas cela, qui ne comprendraient pas à quel point l'originalité est utile au monde sachent « que rien n'a encore été fait sans que quelqu'un ait été le premier à le faire, que tout ce qui existe de bien est le fruit de l'originalité, et qu'ils soient assez modestes pour croire qu'elle a encore quelque chose à accomplir et pour demeurer convaincus que, moins ils sentent le besoin de l'originalité, plus elle leur est nécessaire ». Qu'ils se souviennent que la foule est médiocre, moutonnière et aveugle, que « l'initiation à toutes les choses sages et nobles » vient et ne peut venir que « des individus et tout d'abord de quelque individu isolé ». Huma-

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mim j)C'Ucis vivit genus. Il appartient dès lors à la moyenne des hommes, non de devenir la puissance dominante, mais de « suivre l'initiative » du génie, et de la suivre elle-même, librement, « les yeux ouverts ».

L'originalité individuelle est un tel bien qu'il faut y applaudir encore, quand elle est l'excentricité pure et simple et ne sert point à garantir les droits du génie. « Le simple exemple de non-conformité, le simple refus de s'agenouiller devant la coutume est en soi-même un service. Précisément parce que la tyrannie de l'opinion est telle qu'elle fait un crime de l'-excentricité, il est désirable, afin de briser cette tyrannie, que les hommes soient excentriques. L'excentricité et la force de caractère marchent toujours de pair et la somme d'excentricité contenue dans une société est généralement proportionnée à la somme de génie, de vigueur intellectuelle et de courage moral qu'elle renferme. »

Le droit à l'originalité appartient, non pas seulement au génie, mais à toute personne raisonnable, « de sens commun et d'expérience ». Il est absurde que les hommes adoptent le même costume, le même genre de vie, et qu'on en voie « si peu oser être excentriques », c'est-àdire être eux-mêmes, suivre leur caractère, user de leur raison. Aujourd'hui on tend de toutes parts au type neutre, effacé, banal. « L'idéal du caractère est de n'avoir aucun caractère marqué ; on doit mutiler par la compression, comme le pied d'une Chinoise, toute partie saillante de la nature humaine, qui tend à rendre une personne différente extérieurement du commun des hommes. »

Il faudrait au contraire « donner un libre essor aux divers caractères, en les empêchant (seulement) de nuire aux autres. Chacun doit pouvoir, quand il le juge convenable, faire l'épreuve des différents genres de vie. Là où la règle de conduite est dictée, non par le caractère de chacun, mais par les traditions ou les coutumes d'autrui, là manque complètement un des principaux éléments du bonheur humain et l'élément le plus essentiel du progrès individuel et social. »

« Le libre développement de l'individualité » n'est pas seulement compatible avec « la civilisation, l'instruction, l'éducation, la culture », mais en est encore « une partie nécessaire et une condition. » « La spontanéité individuelle » a « une valeur intrinsèque ». C'est ce que méconnaissent trop « les réformateurs moraux et sociaux », qui voient en elle « un obstacle » à leurs projets. Ils devraient distinguer tout au moins entre la jeunesse et l'âge mùr. « Nul ne conteste qu'on doive élever et instruire la jeunesse de façon à la faire profiter des résultats obtenus par l'expérience humaine. Mais c'est le privilège et la condition propre d'un être humain arrivé à la maturité de ses facultés de se servir de l'expérience et de l'interpréter à sa façon. » « Les coutumes sont faites pour les caractères et les positions ordinaires »; il faut donc en affranchir au moins l'individu exceptionnel. Mais même l'homme ordinaire doit agir proprio motu et « ne pas se conformer à la coutume uniquement parce que c'est la coutume » ; il « doit choisir sa manière de vivre », il doit agir selon son caractère, comme il

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doit penser selon son esprit. Certes un homme peut exercer un métier, faire pousser du blé, juger des causes, etc., en suivant la coutume; mais ce qui importe, « ce n'est pas ce que font les hommes, mais ce qu'iVs sont ».

Revendiquons donc pour chacun le droit de développer son individualité tout entière et dans tous les sens. « On admet jusqu'à un certain point que notre intelligence doit nous appartenir, mais on n'admet pas aussi facilement quïl en doit être de même quant à nos désirs et à nos impulsions. Cependant les désirs et les impulsions font tout autant partie d'un être humain dans sa perfection que les croyances et les abstentions. » On redoute « les impulsions fortes », comme si elles constituaient par elles-mêmes un danger, alors qu'elles ne sont dangereuses que « lorsqu'elles ne sont pas équilibrées ». « Ce n'est pas parce que les désirs des hommes sont ardents qu'ils agissent mal, c'est parce que leurs consciences sont faibles » ; et ce n'est pas parce que leurs impulsions sont fortes que leur conscience est faible, mais plutôt le contraire. « De fortes impulsions, c'est de l'énergie sous une autre forme. L'énergie peut être employée à mal; mais une nature énergique peut faire plus de bien qu'une nature indolente et apathique... Cette ardente sensibilité, qui rend les impulsions personnelles vives et puissantes, est aussi la source d'où découlent l'amour le plus passionné de la vertu, le plus strict empire sur soi-même. C'est en cultivant cette sensibilité que la société fait son devoir et protège ses inté-

rets, et non en rejetant la matière dont on fait les héros, parce qu'elle ne sait pas les faire. On dit d'une personne qu'elle a du caractère lorsque ses désirs et ses impulsions lui appartiennent en propre et sont l'expression de sa propre nature, telle que l'a développée et modifiée sa propre culture. Un être qui n'a pas de désirs et d'impulsions cl lui n'a pas plus de caractère qu'une machine à vapeur. Si, outre qu'un homme a des impulsions à lui, ces impulsions sont fortes et placées sous le contrôle d'une volonté puissante, il a un caractère énergique. Quiconque pense qu'on ne devrait pas encourager l'individualité de désirs et d'impulsions à se déployer, doit soutenir aussi que la société n"a pas besoin de natures fortes, qu'elle ne s'en trouve pas mieux pour renfermer un grand nombre de personnes ayant du caractère et qu'il n'est pas à désirer de voir la moyenne des hommes posséder beaucoup d'énergie'. »

La société en effet, quand ce ne serait «que par prudence, doit permettre aux individus de se développer. Ce n'est pas seulement son progrès qui dépend de la pleine expansion du génie individuel; c'est sa sécurité matérielle elle-même qui est intéressée à l'établissement de « la liberté », telle que l'entend Stuart Mill. On ne comprime pas les caractères, disions-nous plus haut; du moins on ne les comprime pas impunément. L'éducation despotique fait des révoltés. L'histoire de l'humanité peut être regardée comme la lutte incessante de

1. Stuarl Mill, La Liberté, cli. m, trad. Duj)oiil-\Vhile. Paris, F. Alcan.

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l'individu contre le conformisme social. A toutes les époques, sous toutes les civilisations, l'homme a réclamé le droit de vivre sa vie, de suivre sa raison, de secouer le joug des traditions établies, de la coutume et des préjugés. Il ne faut pas se méprendre sur ces grands mouvements d'opinion ou contre l'opinion, qu'on appelle la lutte contre TÉglise, contre l'orthodoxie religieuse, contre les mœurs régnantes, contre les idées reçues en politique, en philosophie et en art; il ne faut pas que le caractère, parfois dangereux et violent, de ces mouvements nous masque l'idée de révolte généreuse, de juste revendication d'indépendance individuelle dont ils sont sortis. Ce qu'on appelle aujourd'hui le droit de vivre sa vie, c'est-à-dire le droit de vivre à ses risques et périls, courageusement, « dangereusement », en toute indépendance, en suivant jusqu'au bout les inspirations de son caractère et de sa raison, c'est là ce qu'au fond réclament, sous une forme déplaisante, ces hommes de mauvais goût, ces énergumènes, ces anarchistes, qui s'appelaient dans l'antiquité les Cyniques, et s'appellent aujourd'hui les « nihilistes ». C'est pour n'avoir pas fait au caractère individuel sa part que la société voit surgir ces individualités exaspérées, en révolte contre toute tradition établie.

Mais remontons aux principes philosophiques du « nihilisme » qu'il serait, dit P. Kropotkine, aussi injuste de confondre avec le « terrorisme » que d'identifier un mouvement philosophique, comme le stoïcisme ou le positivisme, avec un mouvement politique tel, par

exemple, que le républicanisme. Ces principes sont qu'il faut rompre avec toute hypocrisie sociale, tout mensonge conventionnel et se montrer tel qu'on est, dans la sincérité de ses opinions et la vérité de son caractère. Ce qui fait « l'originalité » du nihilisme, c'est « cette sincérité remarquable, cette habitude de penser tout haut » qui, chez les écrivains russes, « étonne les lecteurs occidentaux ».

Tout dabord le nihiliste déclarait la gtierrcà tout ce qu'on peut appeler les mensonges conventionnels de la société civilisée. La sincérité absolue était sa marque distinctive et au nom de celte sincérité il renonçait et demandait aux autres de renoncer aux superstitions, aux préjugés, aux habitudes et aux mœurs que leur propre raison ne pouvait justifier. Il refusait do se plier devant toute autre autorité que celle de la raison et, dans l'analyse de chaque institution ou habitude sociale, il se révoltait contre toute sorte de sophisme plus ou moins déguisé'.

« Il rompit naturellement avec les superstitions de ses frères » et devint positiviste, agnosticiste, évolutionniste, matérialiste. Cependant il n'érigea point sa croyance en dogme, il n'opposa point une orthodoxie à une autre; il ne s'inclina point devant une vérité impersonnelle ou objective, mais fit profession de ne respecter que les convictions personnelles et intimes.

« Il n'attaquait jamais la loi religieuse simple et sincère, lorsqu'elle est une nécessité psychologique de l'être sensible » ; mais " il combattait violemment rhypocrisie qui pousse les gens à se couvrir du masque d'une religion, qu'ils jettent à chaque instant par-dessus bord comme un fardeau inutile ^ ».

1. Pierre Kropotkine, Autour d'une vie {Mémoires), Paris, 1902, p. 305.

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