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Ibid

ÉTHOLOGIE INDIVIDUALISTE 73

Qu'est-ce à dire sinon que le nihiliste prenait le parti de suivre toujours son caractère, caractère étant pris ici pour synonyme de moi réel et profond, de personnalité yraie, et s'opposant à attitude, rôle, personnage de parade, et professait, d'une façon générale, le culte du caractère ainsi entendu? Ce culte, il devait le pousser jusqu'à celui de « l'excentricité ». Il est en effet dans la logique du système qui donne à l'homme le développement de son caractère pour fin, d'outrer l'indépendance individuelle et de braver l'opinion. Rien ne doit être épargné de ce qui porte atteinte à l'intégrité du caractère. En conséquence.

Le nihiliste portait l'amour de la sincérité jusque dans les plus minces détails de la vie de tous les jours. Il rejetait les formes conventionnelles du langage de la société et exprimait ses opinions simplement et sans fard et même en apparence avec une certaine affectation de rudesse.

Comment n'avez-vous pas honte, — disait un nihiliste à une femme qui se montrait fière de ses manières élégantes et de ses toilettes recherchées, — de dire de pareilles sornettes et de porter un chignon de faux cheveux? Il désirait trouver dans la femme une camarade, une personnalité humaine^ — non une poupée ou un mannequin, — et il se refusait absolument à ces menus témoignages de politesse dont les hommes entourent celles qu'ils aiment tant à considérer comme le sexe faible *.

Si le nihilisme part en guerre contre la politesse, ce n'est point par misanthropie, humeur farouche ou pédantisme de vertu, mais par droiture de pensée et loyauté de caractère. La politesse est l'art par lequel les hommes se déguisent et se trompent les uns les autres; c'est par là qu'elle lui est odieuse.

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