I. Om. cité, p
La vie des peuples civilisés est pleine de petits mensonges conventionnels. Quand les gens qui ne peuvent se supporter se rencontrent dans la rue, ils prennent un air radieux et sourient de joie; le nihiliste restait froid et ne souriait qu'à ceux qu'il était vraiment heureux de rencontrer. Toutes ces formes de politesse qui ne sont que pure hypocrisie lui répugnaient... Il remarquait que certains hommes affectaient dans leurs paroles un idéalisme sentimental et qu'ils se comportaient en même temps comme de véritables barbares à l'égard de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs serfs; et il se révoltait contre cette sorte de sentimentalisme qui s'accommodait si bien aux conditions d'une vie qui n'avait en soi rien d'idéal *.
Pour être soi-même, il faut consentir à ne pas ressembler aux autres, à les choquer, même dans les petites choses, — s'il en est de petites du point de vue élevé où l'on se place, — parce que les petites choses conduisent aux grandes, parce qu'en s'habituant à ne pas transiger avec le respect de soi-même dans le détail de la vie, on se prépare à montrer la même dignité dans des actes graves, importants, héro'iques. C'est ainsi que, chez les nihilistes.
Tout mariage sans amour, toute familiarité sans amitié étaient condamnés. La jeune fille nihiliste, contrainte par ses parents de jouer le rôle d'une poupée dans une maison de poupées et de faire un mariage d'argent, préférait quitter sa maison et ses toilettes de soie; elle prenait une robe de laine noire très simple, coupait ses cheveux et allait à rUniversité pour pouvoir vivre d'une vie indépendante. La femme qui s'apercevait que son mariage n'était plus un mariage, — que ni l'amour ni l'amitié n'unissaient plus ceux qui par la loi étaient mari et femme, — aimait mieux briser un lien qui n'avait plus rien de son caract«'>re essentiel; et souvent elle s'en allait avec ses enfants, bravant la pauvreté, préférant