VI PRÉFACE
moins arbitrairement choisie, comme l'énergie, la fermeté du vouloir, la suite dans les idées et la conduite, la constance ou l'uniformité dans les habitudes. En d'autres termes, ou nous considérons le caractère comme un idéal moral si élevé qu'il devient inaccessible et qu'on s'en écarte et s'en désintéresse d'autant plus qu'il est jugé et reconnu tel, ou nous le mettons à la portée de tous, et nous voulons le saisir, nous en cherchons l'image dans les moindres exemplaires, dans les échantillons les plus grossiers de la nature humaine. Nous péchons ainsi ou par excès ou par défaut d'idéalisme. Selon nous, le caractère n'est pas un pur Idéal, valable pour tous les êtres raisonnables, mais il n'est pas non plus une simple caractéristique individuelle. Nous ne dirons pas qu'il n'y a point de caractère, qu'il n'y a que des caractères. Le caractère est, comme la santé, un état normal, qui se réalise sans doute dans des conditions diflérentes chez des tempéraments différents, mais qui ne laisse pas d'avoir ses lois fondamentales et propres, exactement définies et c'est pour cela qu'on peut parler d'une éducation du caractère.
Mais le caractère lui-même, ainsi entendu, n'est-il pas simplement une heureuse disposition du tempérament, dont il faut se féliciter, quand on l'a, mais qu'on ne réussit pas à se donner? N'est-il pas, dans l'ordre de la nature, l'équivalent de la grâce, dans l'ordre théologique? Encore faudrait-il alors mériter cette grâce, se rendre digne de l'obtenir ou de la conserver. Le fatalisme éthologique en effet n'est jamais absolu : quand le