Ibid., n, note
accent, ses formules paradoxales, par tous les moyens qu'il emploie pour étourdir, subjuguer et éblouir son lecteur, si on s'attache à découvrir le fond de sa pensée, on trouve qu'il a une définition nette et remarquable de l'habitude, point de départ d'une théorie arrêtée et précise. 11 distingue, sous le terme vague et équivoque d'habitude, deux choses entièrement différentes et même contraires : 1" une violence faite à la nature, violence qui ne saurait être que momentanément subie, contre laquelle on se révolte à la fin toujours; 2° un développement, un renforcement de la nature, lequel a et doit avoir des effets durables. Prise dans le premier sens, l'habitude ne pourrait être que fâcheuse; mais en fait, et par bonheur, elle ne se rencontre guère, ou est plus apparente que réelle; prise dans le second, elle existe réellement, et elle est utile et bienfaisante. Veut-on un exemple de ces « habitudes qu'on ne contracte que par force et qui n'étouffent jamais la nature »? Rousseau nous montre une plante « dont on gêne la direction verticale ». Cette plante, « mise en liberté, garde l'inclinaison qu'on l'a forcée à prendre » ; mais ne croyez pas pour cela que sa nature soit changée, que le pli que vous lui avez donné soit délînitivement acquis; « la sève » garde « sa direction primitive, et si la plante continue à végéter, son prolongement redevient vertical. Il en est de même des inclinations des hommes. Tant qu'on reste dans le même état (c'est-à-dire tant que les conditions de l'éducation demeurent) on peut garder celles qui résultent de l'habitude et qui sont le moins naturelles ;
mais, sitôt que la situation change, l'habitude cesse et le naturel revient '. »
Ces principes s'appliquent à l'éducation, ou plutôt sont ceux mêmes de l'éducation, car il n'y a pas à distinguer entre l'éducation et l'habitude. L'éducation « n'est certainement qu'une habitude ». Il y a donc une éducation apparente et éphémère et une éducation réelle et durable; la première est celle qui fait violence à la nature; la seconde, celle qui s'inspire de la nature, ne vise qu'à la développer et se conforme à ses lois. « N'ya-t-il pas, dit Rousseau, des gens qui oublient et qui perdent leur éducation, d'autres qui la gardent? » N'ayons pas d'autre critère en éducation. Ne tenons pour véritable que l'éducation qui survit à l'âge oii on la reçoit, que celle qui laisse une empreinte ineffaçable, et soyons assurés que cette éducation est celle qui ne s'éloigne point de la nature, qui a en elle son point de départ, son appui, ses conditions et sa fin. Il faut toujours compter avec la nature; on ne fait rien sans elle; et la sagesse consiste à travailler avec elle et pour elle. C'est en ce sens que se fera l'éducation d'Emile. Toute éducation qui serait dirigée dans un autre sens et selon d'autres principes, ne serait pas seulement fâcheuse, mais vaine et sans effet. Les succès qu'elle semblerait remporter ne seraient qu'illusion et trompe-l'œil. En effet « la plupart des habitudes que vous croyez faire contracter aux enfants ne sont point de véritables habitudes parce