ET SOCIALE
Autant de politesses que d'individus. La politesse est un langage. Langage commun et style personnel. La politesse n'est pas une pure forme; elle suppose un état d'esprit qu'elle reflète et traduit et sans lequel elle ne saurait être. Inversement l'état d'esprit que la politesse exprime suppose des formes en dehors desquelles elle ne saurait se maintenir. Passage naturel des habitudes sociales à V individualité. Accord de la forme et du fond, de l'habitude et du caractère, de l'éducation sociale et de l'originalité individuelle.
Appliquons ou plutôt justifions les principes précédemment posés; montrons, par les exemples et par les faits, qu'on peut contracter des habitudes sans compromettre l'indépendance et l'originalité de son caractère, et voyons à quelles conditions on le peut.
Nous choisirons, pour rendre la démonstration plus claire et plus probante, parmi les habitudes les plus répandues et les plus tyranniques. Il n'en est pas qui aient un domaine plus étendu, qui soient plus compliquées en leur détail, plus minutieuses que celles qu'on
appelle les convenances, l'usage du monde. La politesse, en eiïet, règle ou prétend régler nos mouvements, nos actes, notre attitude, nos gestes, toutes nos façons d'être, jusqu'à nos sentiments et nos pensées. Etre poli, c'est d'abord accomplir certains actes consacrés,"saluer, tendre et serrer la main, et accomplir ces actes avec la grâce, ou au moins l'aisance que donne l'habitude, sans prétention, sans gaucherie ni raideur ; c'est ensuite prononcer les paroles d'usage, les formules par lesquelles on s'aborde, on échange des nouvelles de santé; c'est trouver et placer les mots aimables, tourner un compliment, un remerciement; c'est enfin observer, dans les sentiments comme dans les actes, les bienséances; c'est, en toute occasion, se montrer obligeant, serviable et empressé, penser aux autres, être prêt à leur faire le sacrifice de ses aises, de ses goûts, à se gêner pour eux. « Le respect, dit Pascal, est : Incommodez-vous! » Ce respect est vain sans doute, pris en soi, mais non comme symbole. En eiïet, il veut dire : Vous voyez, je puis me gêner, je me gêne pour vous, lors({u'il ne s'agit que de vous être agréable ; jugez donc par là que je me gênerais autrement et bien mieux, si vous aviez réellement besoin de mon amitié et de mon dévouement.
Mais ne voyons dans la politesse qu'un ensemble d'habitudes; ne cherchons pas quelle en peut être la valeur ou le fondement. De ce point de vue étroit, ne faut-il ])as dire qu'elle oiïre un danger, qu'elle tend à uniformiser les hommes, à les rendre tous semblables les uns aux autres dans leurs paroles et dans leurs actes
et à faire perdre à chacun sa nature propre, originale, son pittoresque et sa saveur? En d'autres termes, la politesse ne porte-t-elle pas au maximum l'opposition du caractère et des mœurs, si par mœurs on entend les habitudes communes et par caractère ce qu'il y a de singulier ou d'individuel en chacun? Telle est, en effet, l'apparence. Mais, dans la réalité, la politesse n'annule pas, nécessairement du moins, le caractère. Je vais plus loin et soutiens qu'elle le met en montre et le fait valoir.
Je constate d'abord qu'il y a, en fait, autant de politesses ou de façons d'être poli que d'individus.
Ainsi il y a une politesse rogue, maussade, bourrue. Certaines gens remplissent leurs devoirs de société avec une mauvaise humeur évidente. Ils semblent dire : Je sais ce que je dois et n'y veux pas manquer, mais je sens aussi tout le poids de cette corvée à laquelle on peut voir que je ne me dérobe point; je la juge vaine, importune, tyrannique, odieuse. D'autres, au contraire, ont une politesse aisée et charmante; on dirait qu'ils sont naturellement tels qu'ils se montrent, qu'il ne leur en coûte point d'être aimables.
Il y a encore une politesse légère, impertinente, railleuse. Chez certains on devine cette arrière-pensée : Si vous saviez comme au fond je me moque des compliments et fadeurs que je vous débite, et de vous qui y croyez, et de moi qui n'y crois pas et pourtant vous les sers! Il y a, par contre, une politesse appliquée et naïve, qui donne et veut qu'on prenne les gestes pour les actes, et se prend elle-même pour la bonté.
DuGAS. — Caractère. 8
Si l'on ne s'en tient pas au dehors, si l'on considère la politesse vraie, celle du cœur et des sentiments, et non celle des manières, combien plus encore on relève d'oppositions et de nuances ! Comme il y a des poignées de main qui effleurent la main et n'osent la toucher, d'autres qui secouent les bras et écrasent les doigts, il y a une politesse froide, réservée, discrète, de défensive et de défiance, et une politesse chaude, sympathique, vibrante, faite d'ouverture et d'avances ; l'une vous déconcerte, vous décourage et vous rebute; l'autre vous séduit, vous attire et vous fait illusion.
A un autre point de vue, il y a une politesse hautaine, protectrice, distante, à laquelle correspond une politesse humble, servile, obséquieuse et une politesse égalilaire, qui ne reconnaît point de hiérarchie, de caste, qui place tous les hommes sur le même rang et à laquelle répond la juste fierté de l'homme qui voit en tous les hommes ses pairs.
On distinguerait, à un autre point de vue encore, une politesse stricte, qui s'en tient à ce qu'elle doit, et une politesse empressée qui va au-devant des désirs, dépasse sans cesse notre attente et se surpasse elle-même.
Il serait aisé de continuer l'énumération. Mais on en a dit assez pour montrer que la politesse peut prendre toutes les formes, toutes les nuances et ainsi n'étouffe point la personnalité, la laisse apparaître, bien plus, lui est une occasion de se produire ou de se manifester.
Il en est, à ce point de vue, de la politesse comme du langage. Nous parlons tous la même langue, nous
employons tous les mêmes mots, les mêmes tours de phrase; le vocabulaire nous fournit à tous la même matière, la grammaire, la même forme verbale, et chacun de nous pourtant a sa façon à lui de s'exprimer, son style propre et original : jjroprie communia! La politesse, voire et surtout la plus exquise, manifeste de même, à travers les formes traditionnelles et par le moyen de ces formes, les sentiments et le caractère de chacun; elle n'est point impersonnelle, uniforme et banale. Elle a un côté individuel en même temps que social.
Gomment en est-il ainsi? Nous l'avons dit déjà : toute habitude, qui n'est point purement mécanique, mais obtient l'adhésion de l'esprit, doit nécessairement avoir un caractère personnel. Pour que la politesse, comme le 9Xy\e, « soit l'homme », il suffit donc qu'elle ne soit pas une forme extérieure, mais réponde à un sentiment. Or il n'est point d'habitude qui puisse d'abord s'établir, et ensuite se maintenir et durer, si elle ne se fait agréer. La politesse en particulier doit être une tradition que notre esprit approuve et se croie tenu de respecter. Elle disparaîtrait bientôt 'si nous ne voyions en elle qu'une formalité vaine ; nous la jugerions alors insupportable et nous en délivrerions comme d'un joug tyrannique. Pour l'observer, il faut y croire; il faut croire qu'elle est socialement nécessaire et moralement fondée. Cela est si vrai qu'à toutes les époques où la politesse ne s'accorde plus avec les idées régnantes, on s'insurge contre elle. Ainsi sous la Révolution, quand
elle n'apparaît plus que comme un abus de l'Ancien régime, on affecte de rompre avec ses usages; on proscrit les termes honorifiques; on remplace Monsieur par citoyen, domestique par officieux; puis le tutoiement devient obligatoire. Le civisme égalitaire s'offense de la politesse hiérarchique ; il la poursuit comme contraire à ses principes.
Non seulement les formes de la politesse supposent un esprit qui les inspire et disparaissent si cet esprit disparaît, mais encore il y a une relation entre ces formes et cet esprit : les unes dérivent de l'autre. Ainsi les manières, réputées bonnes, ne sont pas les mêmes sous une monarchie et dans la république; elles sont plus cérémonieuses et plus distantes dans la première que dans la seconde. Les égards pour la femme ne sont pas non plus les mêmes lorsque sa condition est celle d'une inférieure ou celle d'une égale. Quand elle sera définitivement reconnue dans le Code et passée dans les mœurs, l'égalité des sexes fera sans doute disparaître la politesse chevaleresque et la remplacera par une camaraderie un peu rude. Il y a déjà des signes visibles d'une telle évolution.
Ainsi la politesse prend toujours et nécessairement la forme des esprits qui la reçoivent. Par là même, encore qu'elle ait un caractère social et soit l'expression des mœurs communes, elle ne laisse pas d'être à quelque degré particulière; les esprits, si disciplinés qu'ils soient, revendiquent toujours une certaine indépendance; c'est pourquoi la politesse varie d'une époque
LA POLITESSE COMME EXExMPLE 117
à l'autre, d'un pays à l'autre ; il y a une politesse anglaise, française, etc. Non seulement la politesse traduit les idées et les sentiments particuliers et variables qui régnent dans une société donnée, mais, dans cette société même, elle porte la marque de l'esprit et du caractère de chacun de ceux qui adoptent l'usage commun et se conforment à ses lois, quand ce ne serait qu'en raison de la forme originale que revêt toujours l'adaptation de l'individu au milieu social. Les individus n'ont pas tous la même façon d'accomplir le cérémonial d'usage, de se présenter, de saluer; ils ont chacun leurs gestes, leur attitude propres; combien ne sont-ils pas plus personnels encore dans leur être moral, dans leurs sentiments, dans leurs idées, si pénétrés qu'ils soient des principes de l'éducation commune !
Cela revient à dire qu'on ne communique pas des habitudes sans communiquer l'esprit qui répond à ces habitudes, qui les justifie et les inspire. On ne fait pas adopter les manières de la politesse, sans en suggérer par là même les sentiments. Mais ne prend-on pas en cela une peine inutile? S'il est vrai que le fond prime la forme, ne pourrait-on pas, dans l'ordre de la politesse, s'attacher uniquement à l'esprit et aux sentiments et faire bon marché des usages et des formes extérieures? Bien plus, s'il s'agit surtout de sauvegarder l'indépendance du caractère et de créer ou de susciter la personnalité, ne devra-t-on pas aller jusqu'à affranchir l'individu de l'usage, jusqu'à l'abandonner à son inspiration propre, et, après s'être contenté de développer en lui
l'esprit de bienveillance et d'altruisme, ne devra-t-on pas lui laisser le soin et le mérite de témoigner, comme il l'entend, sa bienveillance? Les marques de politesse ne deviennent-elles pas plus aimables et plus touchantes quand on les sent inspirées par un sentiment personnel? La politesse traditionnelle serait donc une gêne inutile, bien plus déplaisante; elle nuirait à la politesse vraie qui est la naturelle expansion du cœur. Concluons qu'il faut s'en affranchir.
Parler ainsi, c'est céder à la tentation logique qui est de simplilîer toujours à l'excès les choses. Certes il ne faut pas avoir la superstition des formes; il ne faut pas confondre l'étiquette et la politesse, pas plus qu'on ne confond la parade militaire et la guerre; mais d'autre part, il ne faut pas croire que, dispensés d'observer les formes traditionnelles, d'instinct nous en trouverions d'autres équivalentes ou meilleures. La spontanéité des bons sentiments peut fort bien manquer. En réalité, même dans l'ordre moral, l'individu invente peu et son inventi'on est en partie imitation. Pendant longtemps il a besoin d'être porté par la tradition; de lui-même il ne s'aviserait pas toujours d'être ce qu'il doit; en tout cas, il ne saurait pas parler le langage qui convient.
11 suffit, pour s'en convaincre, de considérer ce qui se passe sous nos yeux. Il est beaucoup d'enfants qu'on affranchit aujourd'hui de toute contrainte, qu'en particulier on n'asservit point à une politesse réglée. On compte sur leurs bons sentiments ; on s'en rapporte ;\ eux pour être toujours ce qu'ils doivent, pour avoir pour
les autres les égards nécessaires. En quoi on se trompe fort; ces enfants paraissent déplaisants ; ils se montrent effrontés, égoïstes, soit qu'ils soient tels en effet par une grossièreté de nature, soit qu'ils ne soient grossiers que par ignorance, ne trouvant rien de ce qu'il faut dire, étant gauches et empruntés, grossiers, si on peut dire, par maladresse, en toute naïveté et candeur. Il y aurait donc eu, de toute façon, avantage à les former; car l'expérience montre qu'ils ne se forment pas seuls. Pourquoi ne pas épargner d'ailleurs à l'enfant un long apprentissage, dans l'ordre même des choses qu'on le supposerait capable d'apprendre sans maîtres? Il a fallu des siècles pour amener les hommes à apporter dans leurs relations sociales des formes avenantes et polies ; que l'enfant recueille le bénéfice de l'éducation de ses ancêtres; qu'il apprenne par l'imitation, par l'exemple, par une pratique machinale, ces manières, ces formes de l'usage qui ont une importance sans doute relative et médiocre, mais réelle pourtant.
C'est la loi générale de l'évolution humaine : chacun de nous est d'abord et doit rester longtemps un être social; il n'acquerra que plus tard le droit d'être une individualité. Ce n'est donc pas entraver le développement de la personnalité de l'enfant, c'est au contraire jeter les bases de sa personnalité, que de lui communiquer tout l'apport social, que de le faire bénéficier de ce qu'il y a de consacré, de définitivement adopté, d'universellement admis dans les acquisitions de l'humanité. Plus l'enfant s'assimilera la tradition commune, plus il
sera apte à développer son individualité propre. En particulier, celui-là seulement qui sera formé, rompu aux convenances sociales saura prendre des libertés avec l'usage et s'en affranchir pour son compte, dans la mesure qui convient. J'en reviens toujours à l'exemple du langage, dont aussi bien la politesse n'est qu'une forme. Mieux on connaît la langue commune, plus on en possède les ressources, plus on est familiarisé avec ses tours, ses constructions, ses formes, plus on est en état de se composer un style à soi, de donner une forme personnelle à sa pensée. Est-il un langage plus appris que celui de l'homme sans culture et une politesse plus formaliste que celle de l'homme sans usage? Il ne faut pas s'en étonner. L'aisance, la perfection du langage et des manières tiennent à ce que, connaissant le détail des formes consacrées, on peut choisir entre elles et trouver la meilleure. C'est l'abondance et la variété de ces formes qui fournit à la personnalité les moyens de se révéler tout entière et de se manifester dans ses nuances. Ce qui semblerait donc devoir nuire à la personnalité la sert; ce qui semblerait devoir l'étouffer la développe. Nous n'avons donc pas à craindre pour l'individualité de l'enfant en lui faisant contracter les habitudes de tout le monde, en le soumettant à la tradition. Il sera d'autant plus lui-môme, il se dégagera d'autant mieux de cette tradition, qu'il s'en sera plus fortement imprégné, qu'il l'aura plus complètement assimilée, qu'il en aura fait davantage son art, son moyen d'action, l'instrument de sa personnalité.
Il y a une autre raison encore pour astreindre l'enfant à la discipline exacte et rigoureuse du bon ton et des manières : c'est que les sentiments qu'on réveille ainsi indirectement en lui ont besoin d'être entretenus, confirmés par une pratique assidue. On peut dire que ce ne sont pas aujourd'hui les sentiments ni les idées qui font défaut; nous savons nos devoirs; on prend suffisamment soin de nous en instruire; le « moral » qui entre dans la politesse est d'ailleurs si élémentaire qu'il ne dépasse l'intelligence de personne. D'où vient donc que la politesse est encore par le monde si peu pratiquée? C'est que, chez un grand nombre, les sentiments qui l'inspirent n'ont point ces racines profondes que seule développe l'habitude. Le caractère individuel a donc besoin d'être établi sur les fortes assises de la tradition et de la coutume.
Par là on voit quelle est l'erreur de ceux qui croient n'avoir, pour développer l'individualité, qu'à l'affranchir des habitudes communes. Peut-on s'imaginer qu'il suffise d'aller à l'encontre de ce qui est établi pour montrer du caractère et de l'originalité? Comme si prendre la tradition à rebours n'était pas encore une manière de s'en inspirer et de la suivre !
Que dire de ceux qui croient, plus naïvement encore, qu'on peut directement, par une éducation ad hoc, former des esprits libres et des caractères indépendants? Comme s'il n'y avait pas contradiction dans le fait même de donner des leçons d'originalité! Flatter la fantaisie individuelle, acclamer le paradoxe, l'extravagance, ce
n'est pas favoriser l'essor de l'individualité ; c'est empêcher de se former le caractère de l'enfant, en créant en lui ce caractère prématuré et factice, qu'on appelle une attitude, un genre, une pose, un tic ou une manie. Heureux encore quand le maître laisse à l'élève l'initiative de ses manies et ne lui communique pas les siennes propres ! Il suffit de permettre <\ la personnalité de l'enfant de se dégager; il ne faut point en hâter l'éclosion; il faut considérer au contraire qu'elle sera d'autant plus accusée et plus forte qu'elle aura plus longtemps mûri, qu'elle se sera développée progressivement. L'enfant est naturellement enclin à l'imitation et docile : en cela ses facultés s'accordent avec ses besoins ; il va au-devant de l'éducation qui lui est nécessaire. Si on le rend indépendant avant l'âge, il est gêné du rôle qu'on lui fait jouer, il devient prétentieux et gauche. Nous avons à lui assurer sans doute l'originalité de l'esprit et du caractère, mais par là il faut entendre une originalité réelle, normale et de bon aloi. Cette originalité est celle qui s'allie à l'éducation la plus forte. L'homme est de tous les êtres celui qui peut atteindre l'individualité la plus haute, mais par là même celui à qui l'éducation est le plus nécessaire, celui qui doit subir le plus longtemps l'influence sociale et conquérir le plus tard son originalité. Il doit commencer par s'assimiler tout ce qu'il peut apprendre des autres, par recueillir dans sa totalité le bienfait de la civilisation qui lui est échue en héritage; loin de compromettre ainsi son originalité, il amassera tous les matériaux dont sa person-
nalité doit s'enrichir et se former; l'être le plus différencié, le plus original est, en ce sens, le plus cultivé. Ceci est vrai du caractère comme de l'esprit et dans tous les ordres de la volonté comme de la pensée. On peut dire de l'éducation sous toutes ses formes, de l'humble politesse comme de la moralité ou de la science la plus haute : Peu de culture éloigne de l'originalité, mais beaucoup y ramène.
En résumé, la politesse, en même temps qu'une habitude, est une forme d'esprit; on ne l'adopte, on ne l'observe que parce qu'on la croit fondée, et chacun l'observe à sa manière parce qu'il l'interprète avec son esprit; elle a beau être un phénomène social, elle ne laisse pas de revêtir toujours une forme individuelle, d'avoir un caractère personnel. La tradition qu'elle renferme, loin d'être un obstacle au développement de l'originalité individuelle, devient le point de départ de ce développement; elle le provoque, le suscite, l'encourage, le soutient, l'enrichit et l'étend. Et ce qu'on dit ici de la politesse, on pourrait le dire de toute discipline. Elle est favorable à l'originalité ; celle-ci n'est qu'une réaction individuelle contre les influences sociales ou qu'une mise en valeur des ressources que donne ou des forces que crée et développe l'éducation. Ainsi entrent dans la synthèse du caractère ces éléments divers et en apparence contraires ; le physique et le moral, l'habitude et la volonté, les influences sociales et l'initiative personnelle.