Fœrster, ouv. cité, p. 9 el
humaine, et la logique le voulait ainsi, car c'eut été pour eux une contradiction dans les termes que d'avoir soif de la vérité pure par exemple et de chercher à tromper autrui, tandis qu'il n'est point contradictoire le moins du monde d'apprendre la chimie pour empoidonner quelqu'un... » Les grands hommes ont « été moraux par nécessité intellectuelle d'abnégation et de franchise' ». De même l'éducation esthétique préserve l'homme de certaines chutes, le met au-dessus des laideurs morales, vilenies ou bassesses.
Gardons-nous pourtant d'exagérer cette heureuse relation, cette solidarité réelle du génie et de la vertu, de la science, de l'art et de la morale. Elle n'est pas telle qu'on puisse toujours conclure, en toute sûreté, de l'un à l'autre des deux termes. Parfois « une intelligence tout à fait normale, voire môme remarquable, va de pair avec une débilité morale véritable et il n'y a aucun rapport entre le degré de l'intelligence et la valeur du caractère' ». Le talent, voire le génie artistique ou scientifique, n'est pas entièrement une garantie de vertu ni un préservatif du vice.
Outre que les qualités morales que suppose et réclame la culture de l'intelligence et des dons esthétiques sont, au regard du caractère, toujours incomplètes, une telle culture, lorsqu'elle est exclusive, peut même aller jusqu'à produire un déséquilibre moral, un alfaiblissement du caractère. Ainsi « une culture esthétique à
1. G. Tarde, La Criminalité comparée, p. 117-118, Paris, F. Alcan, 1886.