Fœrsier, ouv. cité
laquelle fait défaut un contrepoids moral », a ses dangers. « Des jeunes gens qu'on habitue trop à des impressions d'art risquent d'aiioutir à une conception molle et voluptueuse de la vie; malgré tout le raffinement de leur goût, ils sont exposés à se laisser aller à la dureté de cœur. Malades et miséreux blessent souvent le sentiment esthétique : qui ne cultive que ses besoins d'art compromet en soi l'àme, la pitié... Faute de développer en même temps que l'amour artistique de ce qui est beau l'amour compatissant pour ce qui est infirme et laid, on aura formé des hommes qui écarteront avec de belles phrases les calamités de l'existence et qui ne voudront pas voir ce qu'il y a de triste et de peu harmonieux dans la vie, de peur que leur sommeil et leur confort n'en soient troublés... Le tragique de la vie n'est trop souA^ent que la contre-partie ignorée de belles apparences et de poétiques griseries qui ont charmé des esthètes trop peu courageux pour arrêter leur regard sur la laideur de leurs actes ^ »
Ainsi la culture esthétique et intellectuelle, quoique liée à la moralité, qu'elle contribue à développer et qu'elle enrichit d'éléments précieux, ne saurait être regardée comme constituant une éducation du caractère. Elle n'est pas davantage une façon de suppléer à cette éducation, quoiqu'elle soit souvent présentée comme telle. Dans les cas les plus favorables, elle ne saurait jamais être qu'une éducation morale toujours indirecte