‹ L'éducation du caractèreChapitre 38 sur 52 · Fœrster, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

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et incomplète, et nous avons vu que, si elle était exclusive, elle pourrait ôtre fausse et dangereuse. De toutes façons, elle n'est donc point l'éducation que nous cherchons. En effet, de ce qu'il entre dans le caractère des éléments rationnels et esthétiques, il ne s'ensuit pas que ces éléments forment le caractère, je ne dis pas seulement à eux seuls, mais même partiellement, car ils ne prennent une valeur éthologique qu'autant qu'ils recontrent un caractère pour les utiliser, pour les convertir en données morales ; ils ne sont pas par euxmêmes de telles données et ce qui le prouve assez, c'est que les mômes éléments se rencontrent accidentellement unis à la perversion morale ou à la simple absence de caractère, qui est déjà une première forme d'immoralité. De ce que le phosphore entre dans les composés vivants il ne s'ensuit pas qu'il soit ni un principe de vie ni une cause de mort; il est l'un ou l'autre suivant les cas, les circonstances et les degrés. Il en est exactement ainsi de rintelligence dans ses rapports avec le caractère.

Le même raisonnement s'applique à la culture physique. On pourrait croire que fortifier le corps c'est jeter les hases du caractère. Mens sana in corjwre sano. Pour combien la maladie n'est-elle pas par exemple le dissolvant du courage et des vertus viriles! Cependant « un excès de culture physique peut (aussi) contribuer d'une façon directe à la mort de l'esprit ou à son affaiblissement. L'obstacle même d'un corps maladif provoque parfois l'activité suprême des forces de l'esprit,

tandis qu'un homme en parfaite santé, qui ne sait pas ce que c'est que d'être entravé par des souffrances physiques, est par là même priA^é de grandes leçons d'hygiène spirituelle*. » Certes il ne s'agit pas de faire fi de la santé ni de méconnaître ce que le tempérament est au caractère, mais il faut la mettre à son rang, c'està-dire la subordonner au caractère et non pas la prendre pour fin, sans quoi le caractère pourrait s'en trouver atteint et amoindri. Ne voyons-nous pas par exemple déjà qu' « en dépit de toutes les facilités que les progrès techniques de la civilisation nous procurent en capitonnant notre existence, nous souffrons plus que par le passé des heurts et des contrariétés de la vie. C'est que nous avons perdu la force intérieure'. » Cette force n'est donc pas la simple résultante de la santé et de la vigueur physique; elle est à part et la santé ne vaut qu'autant qu'elle lui sert d'auxiliaire et d'appoint.

On peut passer en revue tout ce qu'on a coutume de présenter comme une éducation de caractère : l'éducation physique, intellectuelle, artistique, etc., on verra que chacune d'elles représente une éducation éthologique, non pas seulement fragmentaire et incomplète, mais encore indirecte et à côté. On croit faire beaucoup pour le développement du caractère en fortifiant le corps, en cultivant la raison, le jugement et le goût, en créant des habitudes sociales et des aptitudes professionnelles, etc. ; on ne fait rien pourtant en cela qui serve

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