‹ L'éducation du caractèreChapitre 49 sur 52 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Les formes imparfaites du caractère.

Le caractère, entendu comme principe d'unité et de stabilité, est toujours imparfailimient réalise : ni le caractère moral n'est sans défaillances ni le caractère naturel ou amoral n'est sans fluctua-

lions. — Les habitudes ne sauraient ùtre regardées comme l'équivalent du caractère : 1° elles n'en ont point la fixité; on n'est jamais sur de garder une habitude, si ancienne qu'elle soit; on ne l'est pas non plus d'être à jamais délivré d'aucune. Toute la fixité des habitudes leur vient d'ailleurs de leur accord avec le caractère. 2° Elles n'ont pas les vertus du caractère; elles brisent l'initiative, le ressort de la volonté; elles laissent l'homme désemparé en face de circonstances nouvelles. — Cependant l'habitude est un élément et une condition du caractère. La volonté qui ne compterait pas avec l'habitude, qui croirait se suffire à ellemême, ne saurait fonder le caractère. Une volonté intransigeante, intraitable, produirait Ventêtement, simple attitude, qui simule le caractère, mais ne le réalise point. — La u solidarité personnelle • (Renouvier) ou la liaison qui s'établit entre nos actes déroulant leurs conséquences naturelles établit sans doute une unité interne, mais cette unité n'est point encore celle du caractère. Où se trouve donc cette unité? 165

Le caractère est un, parce qu'il est et dans la mesure où il est vrai, indépendant. L'indépendance consiste : r à se soustraire à l'action des autres, à l'opinion, aux préjugés, et à suivre sa raison; 2° à s'affranchir des fatalités de sa nature propre, instincts, passions, etc., à se rendre libre, d'une liberté absolue, de réserve et d'attente, qui refuse de s'engager dans aucun lien (l'amour du « moi pur « de Faguet) ou d'une liberté relative, qui ne craint pas de s'exercer, de se réaliser en des actes, mais ne s'enferme pas, ne s'épuise pas en ces actes, et garde sa plasticité. L'indépendance a ses limites; elle ne doit pas empêcher le loyalisme interne ou la fidélité à soi-même. Elle ne consiste pas à s'affranchir de toute règle (anomie) mais à ne suivre qu'une règle qu'on s'est à soi-même donnée (autonomie). La vraie marque du caractère est l'unité, mais l'unité n'est elle-même la marque du caractère qu'autant qu'elle est celle de l'indépendance 185

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