‹ L'éducation du caractèreChapitre 18 sur 38 · Montaigne, m · texte numérisé non relu

Montaigne, m

tout autrement. Notre but, c'est de provoquer en l'âme des mouvements de haine ou d'amour ^ ».

Tout ceci est parfaitement juste, mais voici ce qu'ajoute ce psychologue : « Dans l'étude, nous sommes dominés par la préoccupation de vérité ; dans la réflexion méditative, la vérité ne nous importe guère. Nous préférons un mensonge utile à une vérité nuisible : notre recherche entière est dominée exclusivement par un motif d^utilité. »

Ceci, je ne l'admets pas. A mon avis, la vérité nous importe autant dans la réflexion méditative que dans l'étude, mais elle ne nous importe pas au même titre. Dans l'étude, nous visons à la vérité spéculative, scientifique ; dans la réflexion, nous visons à la vérité pratique, vivante.

Et quelle est donc cette différence que j'établis ici entre la vérité spéculative et la vérité pratique ? Elle est si importante, que l'œuvre d'éducation de notre caractère en dépend. Malheureusement, on ne l'a pas encore introduite dans les programmes universitaires, où tout semble combiné, au contraire, pour nous faire acquérir la vérité spéculative aux dépens de la vérité pratique.

Je m'explique. Quel est le but de l'étudiant qui s'en va suivre des cours à l'Université ? C'est, n'est-il pas vrai, de se mettre au niveau intellectuel de son époque, d'acquérir des connaissances profondes à la

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