‹ L'éducation du caractèreChapitre 24 sur 38 · Pavot. Onv. cité, p · texte numérisé non relu

Pavot. Onv. cité, p

usés avant le temps, des intelligences obscurcies, des volontés anémiées, et des cœurs rétrécis. Car, non contente de dégrader le corps, d'étioler l'intelligence, de ruiner la volonté, la sensualité dessèche le cœur et le recroqueville comme une feuille morte.

Effets moraux. — « Je le déclare, s'écriait Lacordaire, je n'ai jamais rencontré de tendresse de cœur dans un jeune homme débauché. Je n'ai jamais rencontré d'âmes aimantes que les âmes qui ignoraient le mal, ou qui luttaient contre lui. Une fois en effet qu'on s'habitue aux émotions violentes, comment voulez-vous que le cœur, une plante si délicate, qui se nourrit de gouttes de rosée tombant çà et là du ciel pour lui, qui s'ébranle par de légers souffles, qui est heureux pour des jours par le souvenir d'une parole qui a été dite, d'un regard qui a été jeté, d'un encouragement que la bouche d'une mère ou la main d'un ami a donné ; le cœur dont le battement est si calme ; dans sa vraie nature presque insensible, à cause de sa sensibilité même, et de peur qu'il n'eût été brisé par une seule goutte d'amour, si Dieu l'avait fait moins profond ; comment, dis-je, voulez-vous que le cœur oppose ses douces et frêles jouissances aux jouissances grossières du sens dépravé ? L'un est égoïste, l'autre est généreux ; l'un vit de soi, l'autre hors de soi : entre ces deux tendances, l'une doit prévaloir. Si le sens dépravé l'emporte, le cœur se flétrit peu à

» peu, il ne sent plus la force des joies simples, il » ne va plus vers autrui, il finit par ne plus battre » que pour donner son cours au sang, et marquer » les heures de ce temps honteux dont la débauche » précipite la fuite ^ ».

Voilà donc, mais à peine effleurés, quelques-uns des effets anti-sociaux de la sensualité égoïste des jeunes gens. Il s'agit maintenant de trouver un remède sûr à tant de maux.

Les remèdes à la sensualité

Rappelons-nous à ce sujet, ce que nous avons si souvent constaté : Le remède est au seÎ7i même du mal. Le mal, en effet, dans la sensualité, provient uniquement de ce que nous nous aimons mal. Pour y remédier, il sera donc nécessaire, non pas de nous haïr, mais de nous aimer comme il faut. Et qu'est-ce à dire « nous aimer comme il faut », sinon que nous serons tenus d'aimer en nous ce qui élève et non ce qui avilit, l'homme et non la bête, et le chrétien plus encore que l'homme ?

La sensibilité. — It ne nous est pas défendu, par exemple, d'aimer notre corps ; la seule chose qui nous soit défendue, c'est de l'aimer aux dépens de l'âme.

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