‹ L'éducation du caractèreChapitre 29 sur 38 · Marion. La Solidarité morale. Paris, Alcan, p · texte numérisé non relu

Marion. La Solidarité morale. Paris, Alcan, p

soutenir avec certains que c'est à c^uoi précisément doit viser l'éducation du caractère ; que celle-ci n'est complète que lorsque le conscient est passé dans rinconscient^ c'est-à-dire, lorsqu'on en est arrivé à manier le clavier des vertus, comme l'artiste son instrument, les yeux fermés ; que les qualités du caractère, volonté, persévérance, initiative, etc., ne sont pas filles de raisonnements abstraits, et ne s'apprennent jamais dans les livres ; c^u 'elles ne sont fixées que lorsc^ue — héréditaires ou acquises — elles sont devenues des habitudes échappant entièrement à la sphère du raisonnement ^.

La vérité est que la morale qui discute est une pauvre morale, et que le scrupuleux par exemple qui passe s^ vie à éplucher ses moindres actions est souvent tout le contraire d'un homme d'action. De là cependant à affirmer que la pratique con*;ciencieuse du devoir doive finalement aboutir à éliminer la conscience du domaine de la moralité, il y a loin. I,a complexité elle-même de la vie morale s'y oppose. Si les actes de vertu se présentaient toujours à nous de la même manière, sous le même aspect, et dans les mêmes circonstances, on pourrait espérer, après dix ou vingt ans de pratique, s'en tirer à l'aveugle, machinalement. Mais cela n'est pas. Non seulement du jour au lendemain, mais d'une heure à l'autre, il y a mille façons, pour le même individu, de prati-

Page 1