G. Le Bon. Ouv. cité, p. 204, sqq
l'habitude 165
quer la prudence, la justice, la charité, la force, la tempérance, la chasteté, l'humilité. Les sentiers du devoir s'entrecroisent comme à l'infini. On ne peut pas plus s'y aventurer que dans une forêt vierge, qui ménage toujours au voyageur des surprises. Sous chaque acte moral — comme sous chaque feuille de la forêlf — il est possible qu'un serpent se cache, et le fait d'avoir échappé pendant vingt ans à sa morsure n'est pas une garantie absolue pour l'avenir. Il n'y a donc pas un instant de notre vie où, en même temps que l'habitude exerce son activité, la conscience ne doive rester en éveil. Le clavier de la vertu ne ressemble pas à celui de nos instruments de musique ; il n'a pas comme eux un nombre déterminé de notes, ni de gammes. Sans doute le fait d'en avoir tiré des accords harmonieux depuis la plus tendre enfance nous donne un doigté surprenant ; mais, les combinaisons en étant inépuisables, l'étude n'en doit jamais être interrompue. Voilà pourquoi l'éducation du caractère est l'œuvre de toute la vie. Jamais les saints, qui sont les grands artistes dans l'ordre moral, ne cessent d'être vigilants, ni d'accumuler leurs efforts, pour les diminuer, tout en augmentant leur mérite. J'en conclus que l'habitude morale, qui équivaut à la vertu, est le plus haut degré du mérite, comme elle est la plus haute liberté.