‹ L'éducation du caractèreChapitre 4 sur 38 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Qu'est-ce que le caractère ? Dans le langage courant, qui est souvent le plus près de la réalité, on dit d'un homme qu'il a du caractère lorsque, fidèle à ses convictions, il s'efforce, avec fermeté et persévérance, d'y conformer sa conduite.

Au contraire, un homme sans caractère tourne à tous vents de doctrine, et, pratiquement, se laisse conduire par les) événements, au lieu de les dominer, ou de les assouplir à ses desseins.

Ainsi envisagé, le caractère est comme le cachet de la volonté ; ou, mieux encore, la volonté est ce qui donne au caractère sa physionomie iiîorale.

La volonté

Pas de caractère sans volonté, pas de volonté sans caractère. Mais alors, qu'est-ce que la volonté }

D'abord, il y aurait la question de savoir si, comme d'aucuns le prétendent aujourd'hui, la volonté ne serait pas l'essence même de l'âme, en entendant alors par volonté toutes les manifestations de notre activité psychique ; ou si, au contraire, elle ne serait pas une faculté à part, quelque chose comme la pourvoyeuse de l'âme, dans la conduite de toutes les autres facultés intellectuelles et sensibles.

Mais c'est là une question toute spéculative dont j'abandonne pour le moment la solution aux Professeurs de Psychologie et de Métaphysique. Du point de vue moral où je me tiens exclusivement, j'entends par volonté la forme supérieure, la plus parfaite, de l'activité humaine, autrement dit une activité réfléchie, par opposition à l'instinct qui est une activité inconsciente et fatale ; le pouvoir en un mot que nous avons d'agir en connaissance de cause, et d'être nous-mêmes les maîtres de nos actes.

C'est une bien belle expression que celle-ci : être maître de ses actes. Nous la devons aux anciens, et elle n'a pas pour cela cessé d'être neuve.

On est maître d'une chose lorsqu'on la possède. Etre maître de ses actes, c'est donc les posséder, en faire l'usage qu'on veut, les orienter dans un sens ou dans l'autre, comme ces palets de pierre ou de métal, qu'une main habile lance vers un but marqué d'avance.

Si donc la volonté est le pouvoir merveilleux que nous avons d'être les maîtres de nos actes, au point

de disposer de leur destination, il s'en suit qu'à la racine de notre volonté, il y a la liberté. La liberté est en effet l'apanage du maître ; seul l'esclave n'est pas libre. Sans liberté, nous serions les esclaves de nos actes ; nous n'en serions pas les maîtres.

Mais d'où nous vient, en dernière analyse, cette maîtrise de nos actes dans la conduite de notre vie ?

De la royauté de notre intelligence. L'animal n'est pas libre parce qu'il n'est pas intelligent ; nous ne sommes libres que grâce à notre intelligence. On remarquera que je traite en ce moment de la volonté en général, de celle dont nous devons retrouver un minimum dans chacune des âmes qui participent de la dignité humaine.

Ce sera une autre question de savoir dans quelle mesure, pratiquement, et pour chacun de nous en particulier, notre activité volontaire est conditionnée par notre intelligence personnelle, notre tempérament, nos dispositions héréditaires, nos habitudes acquises ; et dans C[uelle mesure, par conséquent, nous sommes libres et maîtres de nos actes, de la direction de notre vie. Cependant nous ne pourrons résoudre cette question pratique qu'autant que nous aurons déterminé au préalable le sens exact qu'il convient d'attacher à ce mot de volonté, et les conditions générales de l'activité humaine.

Je dis donc que si, à la racine de notre volonté, pour produire des actes vraiment humains, il y a la liberté, la liberté, à son tour, pareille à un fleuve

majestueux destiné à féconder toute notre vie, prend sa source sur les sommets de l'intelligence.

Nous n'agirons, en effet, librement, que lorsque nous agii'ons en connaissance de cause. Mais agir ainsi, c'est agir d'une façon intelligente, et mettre de la lumière dans sa vie ; c'est aller à un but bien déterminé, en se réservant le choix des moyens les plus propres à l'atteindre.

Voilà la volonté ; elle est la baguette magique qui, en touchant les actions les plus infimes de notre vie, les transforme du tout au tout ; les fait passer du domaine banal de la matière, dans celui ineffablement supérieur de la moralité.

Cela étant, il n'est pas difficile de voir à quel titre la volonté doit intervenir dans l'éducation du caractère.

Le caractère

Le caractère, en effet, n'est pas quelque chose de simple ; c'est au contraire, un ensemble très complexe d'idées, de goûts, d'actes, de tendances, d'habitudes, qu'il s'agit de discipliner, d'organiser, dhinifier, en vue d'une fin à réaliser, d'un idéal à atteindre.

Cet ensemble lui-même varie avec chaque individu. « Les parties du visage sont les mêmes chez tous, » mais les proportions diverses où elles se trouvent » combinées font que tous les hommes ont une phy-

» sionomie différente ; de même nous possédons tous » au moral les traits essentiels de la nature humaine, » mais à des degrés et dans des rapports divers. . . ^ »

Nous avons tous notre tempérament, nos penchants naturels, nos sentiments, notre mode spécial d'activité, nos passions, notre humeur, notre tour d'imagination, nos habitudes intellectuelles et morales, notre degré d'énergie, que sais-je enfin ? Si j'ajoute que, dans un même individu, la plupart de ces éléments abandonnés à eux-mêmes entrent aussitôt en conflit, parce que soumis à des lois opposées, on comprendra que le travail qui consiste à dominer tout cela, à résoudre toutes ces divergences, ces oppositions dans une harmonie supérieure, soit un travail de géant.

Tel est précisément le travail de la volonté dans l'éducation du caractère, dont on doit dire qu'il est une harmonie de l'âme.

On reconnaît en effet un caractère à ces deux signes distinctifs et harmonieux : V unité et la stahUité.

« Avoir du caractère, dit Kant, c'est posséder » cette propriété de la volonté par laquelle le sujet » s'attache à des principes pratiques déterminés qu'il » s'est invariablement posés par sa propre raison. » Et le philosophe d'ajouter : « Bien que ces principes » puissent parfois être faux et vicieux, cependant la » disposition de la volonté en général à agir suivant

1. De la Hai'tièrf. . Cours de p/ii7o.so/)/i(c app1i(iuée à l'édu cation, pp. 356-357..

» des principes fixes (et non à sauter tantôt ci, tan- » tôt là, comme les mouches) est quelque chose » d'estimable qui mérite d'autant plus l'admiration » que c'est plus rare ^ ».

Du moins avons-nous pour notre compte, en nous tenant aux enseignements de la Foi, la ressource de posséder des principes pratiques sûrs d'éducation morale. Vingt siècles d'expérience ont abondamment démontré qu'ils ont du diamant l'éclat et la solidité. A nous de nous orienter d'après cet éclat, et de nous fier, pour agir, à cette solidité. Toutes les réflexions qui vont suivre tendront à faire la preuve de cette vérité que j'estime incontestable.

Impuissance relative de la volonté dans l'éducation du caractère

S'il fallait maintenant donner du caractère, non plus une définition empirique, mais d'allure un peu scientifique, je dirais qu'il est constitué par un ensemble crhabîtudes morales intelligemment groupées autour de Vaxe volontaire.

Cette définition a le double avantage, à mon avis, de faire ressortir l'importance de l'intervention de la volonté dans l'éducation du caractère, tout en reconnaissant des limites à cette intervention.

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