CHAPITRE III
Le développement de renseignement commercial a été en Allemagne, plus tardif que celui de renseignement induâftriel et professionnel W. Ici également on peut distinguer trois catégories d'é^ coles différentes : les écoles de Hautes Études, les écoles dites supérieures (par comparaison avec les suivantes), les écoles moyennes ou inférieures qui bien que correspondant à des variétés nombreuses, peuvent être placées dans la même catégorie.
§ 1. — Écoles de hautes études.
Les écoles de hautes études commerciales sont de création récente : ce n*est pas TAllemagne qui
(1) Les plus anciennes écoles de commerce remontent à la seconde moitié du xvme siècle. Ce sont celles de Hambourg (qui compte parmi ses élèves Alexandre de Humboldt), de Berlin et de Magdebourg. Ces écoles formèrent deux catégories d'élèves : les unes organisèrent un enseignement « complet m dans lequel une
LES ÉCOLES COMMERGULES. 31
a pris ici les devants. Elle a été stimulée au contraire par diverses créations faites à Tétranger, telles que Técole de Philadelphie, qui remonte à Tannée 1881, Técole des Hautes Etudes commerciales de Paifis qui date de la même époque, le Collège of Commerce and Poliltcal Science de Chicago, la London School of Economies^ Tjlnstitut supérieur d^ Anvers, etc. C'est en 1896 seulement, à Toccasion de la seconde réunion, à Leipzig, du deutscher Verband fur das kaufmànnische Unterrichtswesen^ qu'on institua une commission qui se réunit le 8 octobre 1897 à Eisenach et décida qu'il fallait de toute nécessité organiser une grande école ayant pour but « Tétude approfondie de tous les problèmes relatifs à la vie commerciale actuelle. »
Cette idée a fait son chemin, il y a aujourd'hui six établissements qui portent en Allemagne le nom de Hochschulen, Ils sont assez différents les uns des autres, mais se ressemblent en ceci, qu'il faut en principe pour y être admis, ou bien avoir obtenu le certificat de maturité [Reifezeugnis) d'un établissement secondaire possédant neuf classes (certificat qui correspond à peu près à notre baccalauréat); ou bien, si on possède le certificat qui confère le droit de ne faire qu'un an de service militaire, avoir une certaine éducation « pratique ».
place était faite à la cultare générale à côté de renseignement technique; les autres se bornèrent à donner un enseignement « complémentaire » à des élèves sortant d'autres écoles.
L'utilité des écoles de hautes études commerciales a été depuis dix ans mise en relief dans les discours prononcés par les directeurs de ces établissements.
« Notre vie économique, disait en 19061e directeur de l'école de Leipzig, acquiert une étendue et une importance toujours plus grandes; nous communiquons avec le monde entier par terre et par mer ; notre commerce intérieur doit être constamment à la recherche de débouchés nouveaux; des problèmes nouveaux surgissent sans cesse dans le domaine du commerce et de l'industrie, comme dans le domaine de la politique sociale et coloniale ; toute notre activité économique, en un mot, exige que les jeunes gens destinés aux carrières commerciales et industrielles soient mis en possession non seulement d'une instruction technique limitée aux choses de leur état, mais d'une instruction approfondie; la civilisation moderne exige qu'ils soient munis d'un bagage scientifique aussi perfectionné que possible pour la vie publique et pour leur profession. C'est pour ces motifs qu'il y a huit ans la Chambre de commerce de Leipzig a fondé cette école supérieure ».
Le directeur de l'école de Cologne tenait naguère un langage analogue. « On se convainc partout de plus en plus que celui qui se destine au grand commerce ou qui est destiné d'avance à devenir le chef responsable d'une entreprise importante,
a besoin non seulement de cette habileté que l'on acquiert par une pratique sans cesse renouvelée, mais qu'il lui faut bien plus encore cette compréhension exacte des phénomènes variés de l'économie mondiale, compréhension qu'il ne peut acquérir qu'à Técole supérieure.
Seule une école supérieure met à même de saisir complètement cette vie économique qui tend de plus en plus à revêtir un caractère international, déjuger sainement de l'observation des faits et de passer rapidement de ce jugement aux déterminations pratiques. Seule l'école supérieure rend le jeune homme capable de s' assimiler, dans toute son ampleur, cette riche culture intellectuelle et morale, que la vie économique offre d'elle-même à tous ceux qui sont suffisamment cultivés pour la recevoir.
Les professeurs des « nouvelles universités du XX* siècle « veilleront attentivement au fidèle accomplissement de cet enseignement spécial, ils n'oublier<^nt pas que la raison d'être de leurs fonctions académiques est de donner à la jeunesse la culture nécessaire pour la pratique de la vie ».
'( L'enseignement donné par les universités, disait M. Eckert, dans^ une autre circonstance, n'a pas le même but que le nôtre. Les universités ne veulent pas que ceux qui les fréquentent soient entraînés trop tôt vers les carrières pratiques. Nous, au contraire, nous cherchons à ne pas
afiaiblir le goût de la vie pratique et de l'activité féconde.
Nous entendons laisser ouverts de larg'es horizons, montrer Timportance des conquêtes de la science moderne dans des domaines tels que ceux qui touchent à la morale et aux conceptions actuelles sur le devoir et sur la vie.
Mais nous voulons aussi faire sentir la grandeur de Tesprit d'entreprise, et montrer les conséquences qu'entraînent au point de vue social les phénomènes de production.
Nous ne voulons pas seulement inciter nos élèves à gagner de Targent, nous voulons aussi développer en eux le sentiment de la responsabilité, et affiner le sens de la probité exposé à bien des périls, au milieu du tourbillon d'affaires qui nous emporte » .
La plus ancienne des Hochschulen est celle de Leipzig qui fut ouverte au mois d'avril (semestre d'été) 1898. Elle fut constituée à l'instigation de la Chatnbre de commerce de cette ville qui s'entendit avec le Sénat de l'Université. La Chambre de commerce accepta d'abord de se charger de toutes les dépenses, mais d'importantes subventions sont aujourd'hui accordées par le gouvernement du Royaume de Saxe sur les fonds du ministère de l'Intérieur, et par la ville.
L'école de Leipzig, apparaît comme une com-
binaison entre Tancienne école municipale de commerce de Leipzig et l'Université. On a cherché, au moyen d'emprunts faits aux deux établissements, à former un faisceau de cours comprenant l'économie politique, la science des finances, l'histoire économique et commerciale, la politique sociale, les questions ouvrières, le droit commercial et maritime, la matière des assurances, la géographie économique, la colonisation, la statistique, c'est-à-dire l'ensemble des connaissances (surtout théoriques) qui peuvent être utiles à un commerçant. C'est par voie d'exercices pratiques, dirigés par les maîtres de l'école municipale de commerce, que les étudiants apprennent la comptabilité, la tenue des livres, les mathématiques dans leur application aux questions financières ou commerciales, la technologie, la chimie et la science des marchandises, les langues modernes (français, anglais, italien, espagnol, russe, chinois), dans leur application à la correspondance- On a introduit récemment des cours d'hygiène et de diction.
L'école des hautes études commerciales de Leipzig relève du ministère de Tlntérieur saxon. On a constitué, pour son administration, un Sénat qui est composé de la. manière suivante : un représentant du Gouvernement et un représentant de la ville, trois membres de la Chambre de commerce, trois membres du Sénat académique, deux professeurs de l'école municipale de commerce et
le directeur de cette école. Ce dernier a reçu le titre de Studiendirektor, et est chargé de tous les détails de Tadministration.
Les cours sont répartis sur deux années. Les redevances ou droits d'immatriculation payés par les élèves qui sont au nombre d'environ 500 couvrent une bonne partie des dépenses.
L'école de Francfort, créée en 1901, présente un autre caractère. C'est une sorte d'université ou plutôt d'école de hautes études sociales et commerciales. La plus grande partie des cours qui y sont faits et qui ont pour but de faire comprendre la vie économique et sociale contemporaine, s'adressent à toutes les classes de la société.
Il faudrait, pour trouver en France l'équivalent de ces cours, chercher non seulement à la Faculté de droit et à la Sorbonne, mais encore au Collège libre des sciences sociales, à l'école des hautes études sociales et à Técole libre des sciences politiques.
Tous ceux qui veulent approfondir, par quelque côté que ce soit, les questions industrielles et commerciales, peuvent trouver à Francfort un enseignement approprié à leurs désirs. Les femmes sont admises à suivre les cours, comme elles le sont maintenant à Berlin.
L'école de Francfort est subventionnée par la
ville, qui est fort riche, par l'Institut pour le bien public {Institut fur Gemeinwohl), par la chambre de commerce et par la société polytechnique. Elle réussit d'autant mieux qu'il n'y a pas d'Université dans cette grande cité de 350.000 habitants, et où la population est très portée par ses traditions à s'occuper de questions économiques et commerciales. L'Ecole de Francfort comptait l'hiver dernier 215 étudiants, 390 auditeurs autorisés, 425 auditeurs libres (*). De plus 432 femmes et 31 étrangers étaient admis à servir divers cours.
L'école d'Aix-la-Chapelle n'est, en réalité, sous réserve de certains détails administratifs, qu'une section de l'école technique supérieure de cette ville. Ce sont les considérations financières qui ont empêché de créer une école séparée ; le nombre des élèves est d'ailleurs peu considérable.
Une section commerciale dans une école « supérieure » devait de toute nécessité avoir elle-même le caractère de Hochschule. Mais il est permis de douter que cette création, pour l'organisation de
(l) Voici les indications qui m'ont été données sur leur formation antérieure, il y avait 214 commerçants, 37 ingénieurs ou techniciens, 105 juristes ou fonctionnaires d'un rang supérieur, 24 fonctionnaires subalternes, 133 maîtres (lehrer) dont 31 anciens élèves d'université, 45 étudiants en langues modernes ; la profession des autres n'a pas été déterminée.
as L'ÉDUCATION ÉCONOMIQUE DU PEUPLE ALLEMAND.
laquelle on a trouvé d'ailleurs des maîtres distingués, des praticiens surtout, soit appelée à un grand avenir.
L'école de Cologne a pris beaucoup plus d'importance.
Jusqu'à la création de l'école de Berlin, elle était la principale, je dirais volontiers, la seule véritable école de hautes études commerciales de l'Allemagne.
Sa création est due à la libéralité d'un ricke négociant, d'un véritable Mécène, M. de Mevissen, qui voulut fournir aux jeunes gens désireux de s'adonner aux carrières commerciales, « les moyens d'acquérir toutes les connaissances dont un bon commerçant peut à un moment donné avoir besoin ».
Trois catégories de jeunes gens y sont admis : 1® des jeunes gens ayant subi l'examen de maturité, qui suppose neuf années d'études faites dans un établissement d'enseignement de plein exercice (gymnase, realgymnaseouOberrealschule); 2** des jeunes gens sortant d'une école supérieure de commerce (hôhere Handelschule) dont la classe la plus élevée équivaut à la classe supérieure d'un des établissements ci-dessus mentionnés; 3° des jeunes gens qui, sans réunir ces conditions, ont déjà été dans les affaires et ont par suite, une certaine expérience de la vie commerciale.
On y admet encore, sous certaines conditions, des jeunes gens se destinant à être professeurs dans une école de commerce, ainsi que les étrangers dont les connaissances ont été jugées suffisantes par la commission d'immatriculation.
Le corps professoral de l'école des hautes études de Cologne qui ne comprend pas moins de 31 maîtres, se compose de professeurs de luniversilé de Boi^n, de juristes, de professeurs de gymnases ou de Realschulen^ de fonctionnaires appartenant à l'administration, d'ingénieurs, de techniciens, de banquiers, de marchands.
Les cours, qui se répartissent sur deux années, sont essentiellement théoriques, mais ils sont complétés par des exercices pratiques et des travaux de laboratoire, en même temps que par des visites de fabriques, de maisons de commerce^ de sociétés industrielles, etc., et on sait que ces établissements sont nombreux dans toute la région environnante.
Le nombre actuel des élèves pour les deux années est de près de 400. Mais il faut joindre aux élèves proprement dits, un millier d'auditeurs, personne» de la ville appartenant à diverses catégories sociales, autorisées à suivre certains cours W.
L'école de Cologne possède une importante bi-
(1) Voici leschiflres de Thiver dernier : 361 étudiants, 36 auditeurs autorisés, 55 étudiants suivant les cours universitaires administratifs (Verwallungs akademisohe Kurse)^ 85 membres des séminaires français et anglais, 1.162 auditeurs libres.
as L'ÉDUCATION ÉCONOMIQUE DU PEUPLE ALLEMAND.
laquelle on a trouvé d'ailleurs des maitres distingués, des praticiens surtout, soit appelée à un grand avenir.
L'école de Cologne a pris beaucoup plus d'importance.
Jusqu'à la création de l'école de Berlin, elle était la principale, je dirais volontiers, la seule véritable école de hautes études commerciales de l'Allemagne.
Sa création est due à la libéralité d'un riche négociant, d'un véritable Mécène, M. de Mevissen, qui voulut fournir aux jeunes gens désireux de s'adonner aux carrières commerciales, « les moyens d'acquérir toutes les connaissances dont un bon commerçant peut à un moment donné avoir besoin ».
Trois catégories de jeunes gens y sont admis : l*^des jeunes gens ayant subi l'examen de maturité, qui suppose neuf années d'études faites dans un établissement d'enseignement de plein exercice (gymnase, realgymnaseouOberrealschule); 2° des jeunes gens sortant d'une école supérieure de commerce (hôhere Handelschule) dont la classe la plus élevée équivaut à la cla^sse supérieure d'un des établissements ci-dessus mentionnés; 3° des jeunes gens qui, sans réunir ces conditions, ont déjà été dans les affaires et ont par suite, une certaine expérience de la vie commerciale.
On y admet encore, sous certaines conditions, des jeunes gens se destinant à être professeurs dans une école de commerce, ainsi que les étrangers dont les connaissances ont été jugées suffisantes par la commission d'immatriculation.
Le corps professoral de l'école des hautes études de Cologne qui ne comprend pas moins de 31 maîtres, se compose de professeurs de l'université de Boi^n, de juristes, de professeurs de gymnases ou de Rcalschulen^ de fonctionnaires appartenant à l'administration, d'ingénieurs, de techniciens, de banquiers, de marchand-s.
Les cours, qui se répartissent sur deux années, sont essentiellement théoriques, mais ils sont complétés par des exercices pratiques et des travaux de laboratoire, en même temps que par des visites d« fabriques, de maisons de commerce^ de sociétés industrielles, etc., et on sait que ces établissements sont nombreux dans toute la région environnante.
Le nombre actuel des élèves pour les deux années est de près de 400. Mais il faut joindre aux élèves proprement dits, un millier d'auditeurs, personnesde la ville appartenant à diverses catégories sociales, autorisées à suivre certains cours W,
L'école de Cologne possède une importante bi-
(1) Voici le&chiflres de Thiver dernier : 361 étudiants, 36 auditeurs autorisés, 55 étudiants suivant les cours universitaires administratifs (Verwallungs akademisohe Kurse), 85 membres des séminaires français et anglais, 1.162 auditeurs libres.
bliothèque qui reçoit une subvention annuelle de lO.OOÔ marcs, et un musée commercial. Son budget est de 200.000 francs par an; la moitié environ de cette somme (plus de 90.000 francs) provient des droits d'immatriculation des élèves; les revenus de la fondation Mevissen sont de 104.000 francs; la ville de Cologne fournit le surplus.
La plus importante, la mieux outillée des écoles de hautes études commerciales de TAllemagne, est celle de Berlin, inaugurée le 27 octobre 1906. Cette création est d'autant plus intéressante, qu'elle est entièrement due à une initiative privée collective, à l'initiative de la corporation des marchands de Berlin. C'est la seule école supérieure dont on puisse dire qu'elle est l'œuvre dune association de commerçants qui en supporte complètement la charge.
La plupart des marchands de Berlin, et j'ai retrouvé le même sentiment dans d'autres villes, notamment à Hambourg, s'étaient d'abord montrés hostiles à la création d'une école de hautes études pour la formation des futurs commerçants ; ils prétendaient que c'était par la pratique que les jeunes gens se destinant au commerce devaient acquérir peu à peu les connaissances et les qualités que requiert cette profession. Le succès des diverses écoles dont nous avons parlé les
amena bientôt à changer d'avis. On se demanda d'abord s'il ne serait pas plus sage de créer simplement une section commerciale soit à l'université, soit au Polytechnicum de Charlottenburg. Mais on ne s'arrêta guère à celte proposition, et on pensa qu'il valait mieux créer, de toutes pièces, une grande école.
Avec une gépérosité qui lui fait grand honneur, la Kaiifmannschaft s'est chargée de toutes les dépenses. Sur un vaste terrain contigu à la Bourse, au centre du quartier le plus commerçant, elle a fait élever d'importantes constructions qui n'ont pas coûté moins de 3.000.000 de marcs. On a installé, avec tout le confort moderne, quatorze amphithéâtres ou salles de cours (dont plusieurs peuvent contenir jusqu'à 400 ou 500 auditeurs), sans parler des laboratoires, de la salle de lecture, de la bibliothèque, des collections, des locaux particuliers des professeurs. On a réservé au Collège des anciens, qui se compose de l'élite de la corporation, une place prépondérante dans la direction et l'organisation de Técole.
Le Conseil d'administration, qui ne comprend pas moins de vingt-six personnes, est composé de la manière suivante :
1° Le président du Conseil des anciens;
2** Deux représentants du Gouvernement prussien, nommés respectivement par le ministre du Commerce et le ministre de l'Instruction publique;
42 L'ÉDUCATION ÉGOiNOMlQUE DU PEUPLE ALLEMAND.
3° Le recteur de Técole ;
4® Un délégué de rUniversité;
5° Un délégué de Técole technique supérieure;
6° Six délégués du Conseil des anciens ;
7® Deux membres de la Commission des finaiH ces;
8® Trois professeurs désignés par leurs collègues;
9^ Un membre du « Magistrat » de Berlin;
10** Un membre du Conseil municipal de Berlin;
11® Un membre de la Chambre de commerce;
12° Le Syndic de Técole ;
13° Cinq membres désignés par les anciens de la corporation.
Le recteur est nommé pour trois ans par ces derniers, avec Tagrément du ministre du Commerce. La nomination des professeurs doit être approuvée par le Conseil, et, au moins en ce qui concerne les professeurs titulaires, par le ministre du Commerce.
Un syndic, également désigné par les anciens, assiste le Conseil pour les questions administratives ou litigieuses.
L'école des hautes études commerciales de Berlin a naturellement pour but principal la préparation au commerce. Mais elle ne doit pas être considérée comme une « école d'apprentissage » de cette profession.
Elle s'adresse d'abord à des jeunes §B>S qui ont
déjà passé un certain temps dans la pratique aprèfs avoir conquis le certificat de fin d'études doraïaût droit au volontariat d'un an.
On y admet, en second lieu, les jeunes gens qui, sans avoir passé par la pratique et désireux d'acquérir une instruction commerciale complète, jus- . tifient de connaissances suffisantes pour qu'ils puissent suivre avec fruit les différents cours. Ce sont les élèves ayant fait neuf années d'études dans un établissement d'enseignement secondaire dowt la classe supérieure correspond à celle d'Oberprima.
Sont admis enfin à suivre les cours, sous cerr taines conditions, ceux qui se destinent au professorat des écoles de commerce et les personnes qui, tout en ne satisfaisant pas aux conditions précédentes, sont jugées aptes à suivre utilement l'enseignement.
Le décret de reconnaissance du 19 décembre 1903, déclare expressément que renseignement aura un caractère « rigoureusement scientifique » et sera maintenu au même niveau que celui des autres écoles de hautes études. Les cours durent deux ans, et, comme la plupart des élèves omt déjà une certaine expériencede la vie commerciale^ on peut aborder immédiatement les questions les plus difficiles de la science du commerce.
Les leçons doivent être complétées par des exercices pratiques et, notamment, par l'étude des documents de l'importante collection que pos-
^ édi
sède la Kaufmannschaft de Berlin. On y trouve les modèles les plus variés d*eflets de cominerce, de chèques, de billets à ordre, de lettres de change, de pièces comptables et de pièces de procédure, de spécimens de correspondance commerciale, etc.
L'école de Berlin a été inaugurée en présence du Prince impérial, qui représentait l'Empereur, de plusieurs ministres et d'un grand nombre de hautes personnalités. L'inauguration a été l'occasion de discours qui ont offert un vif intérêt. Le ministre du Commerce a dit, au nom du Gouvernement, quel espoir on fondait sur cette création et a fait un éloge très applaudi du rôle que les commerçants jouent maintenant dans la vie générale de l'humanité.
« Jadis les hommes méprisaient le commerce.
Les philosophes le dédaignaient : ils y voyaient surtout la soif de l'or. Aujourd'hui ce qu'on méprise ce sont les désœuvrés. On comprend d'autre part que le commerce, qui achève de découvrir le monde, est essentiellement un agent de civilisation et de paix... La concurrence, stimulant précieux des actions humaines, nous guide en définitive vers un but plus élevé. Le négociant sème autour de lui cent fois autant de bien qu'il n'en amasse... IN^aispour exceller dans la science commerciale il faut des connaissances solides et une éducation spéciale. Il faut non pas un enseignement sec et aride, mais un enseignement harmo-
nieux et fécond, emprunté aux branches les plus diverses, et auquel l'étude de l'économie sociale donne un couronnement philosophique. C'est avec raison que Gœthe disait il y a près d'un siècle : « Est-il un homme, qui ait besoin d'avoir l'esprit plus large que le vrai marchand? »
11 y a aujourd'hui comme au temps de Gœthe des marchands qui ont l'esprit très ouvert et dont le regard porte loin. Mais il est permis de penser, avec le recteur M. Jastrow, que la profession de marchand « a besoin d'être relevée », et qu'aujourd'hui encore, en dépit de l'essor économique de l'Allemagne, le marchand ne joue pas dans le nouvel Empire le rôle qu'il avait autrefois. Peutêtre n'a-t-il pas assez compris qu'il devait modifier ses procédés, et qu'il fallait que le grand négociant de l'avenir fût un « marchand -administrateur ». Tous les orateurs ont été unanimes à déclarer que les écoles de hautes études commerciales sont propres à faire éclore ces qualités nouvelles et ont une mission de premier ordre à remplir.
Elles se proposent de « changer la manière de penser des élèves, d'élargir leurs idées, de reculer le point mort, après lequel tout homme (et cela est sensible chez les commerçants) décline, ou devient routinier ».
« L'ûnportant, disait fort bien M. Schumacher à l'inauguration de l'école de Cologne, ce n'est pas le bagage de connaissances que nos élèves pour-
46 L EDUCATIOiN ECONOMIQUE DU PEUPLE ALLEMAND.
ront emporter, c'est Tesprit qu'ils acquerront. Les enseignements les plus importants ne sont pas ceux qui donnent des connaissances pratiques immédiatement utilisables. Ce sont ceux qui façonnent convenablement les cerveaux » .
Pour arriver à ce résultat on pense qu'il ne suffit pas d'élaborer d'excellents programmes. On estime qu'il faut les compléter par des excursions et des visites qui mettent les élèves en présence des réalités, qui leur fassent entrevoir la vie industrielle et commerciale telle qu'elle se déroule aujourd'hui. On préconise aussi les voyages entrepris pendant les vacances à l'étranger.
L'école des hautes études commerciales de Berlin compte déjà près de 300 élèves, presque autant d'auditeurs autorisés (pour la plupart des étudiants de l'Université) et un millier d'auditeurs libres.
Les droits d'immatriculation ont donné en 1907 une somme de 152.570 marcs. Les dépenses ont été deâ70.955 marcs (149.255 pour les traitements des professeurs ; 85.450 pour les frais d'administration; 36.250 pour les intérêts des sommes empruntées).
La différence entre les recettes et les dépenses, soit 158.385 marcs, a été payée par la Kaufmannschaft de Berlin, qui n'a recouru à aucune subvention gouvernementale, à aucun subside de la ville. C'est vraiment un bel exemple d'initiative et de générosité.
On vient de créer à Mannheim, à Tinstigation du gouvernement badois et de la chambre de commerce et avec le concours de l'Université de Heidelberg à laquelle une partie des professeurs sont empruntés, une école de hautes études commerciales qui paraît fort bien réussir. Cette école peut être qualifiée de « faculté commerciale » annexée à la vieille Université Ruperto Carolina. Les élèves de l'école Mannheim ont en effet le droit de suivre les cours universitaires proprement dits, de même que les élèves immatriculés à FTJniversité peuvent venir chercher à Mannheim (il n'y a que 18 kilomètres) un supplément de connaissances pratiques qui leur est fort utile (0.
On a d'autre part organisé à Kônigsberg sous le nom de Handelshochschulkurse des cotirs qui ont réuni l'hiver dernier 230 auditeurs.
Créera-t-on d'autres écoles de hautes études commerciaies? L'affirmative paraît vraisemblable.
(1) C'est à Mannheim, et avec le concours de la municipalité de cette ville qu'ont lieu cet été les cours internationaux d'expansion commerciale (faisant suite à ceux qui ont été inaugurés à Lausane en 1907 avec un succès complet). La création de oee cours avait été décidée au congrès international d'enseignement commercial qui s'était tenu à Milan (septembre 1906) à Toceatimi de l'exposition universelle de cette ville.
Le besoin s'en fera sentir à mesure que le vieil enseignement classique perdra de son prestige et que TEmpire s'orientera plus résolument vers cette politique mondiale à laquelle il aspire. Ou peut dès maintenant, relever un mouvement significatif qui tend à faire créer des sections commerciales, analogues à celle qui existe déjà à Aixla-Chapelle, dans plusieurs écoles techniques supérieures. On a déjà multiplié dans ces écoles les cours qui ont pour but d'intéresser les élèves à la vie économique actuelle : cours d'économie politique, de science financière, de statistique, de géographie commerciale. C'est ainsi qu'à Darmstadt, il y a aujourd'hui des cours de comptabilité, de science commerciale, de tenue des livres : on y fait des conférences sur les cartells, les syndicats, les questions ouvrières. A Posen on a créé il y a quelques années une Académie, avec l'arrièrepensée de germaniser le plus possible le pays; immédiatement on y a fait une place importante aux cours de droit, d'économie politique, de science financière, de politique commerciale, etc...
Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait quelques résistances. Le dernier rapport de la Chambre de commerce de Hambourg nous apporte l'écho de divergences profondes qui existent entre cette corporation et la municipalité de la ville. Rappelant leurs traditions et leurs succès, évoquant les souvenirs des Hanséates, les marchands de Hambourg persistent à considérer avec défiance tout ce qui leur
apparaît comme un enseignement théorique. « La pratique, disent-ils, démolit immédiatement le petit bagage de connaissances amassé à Fécole. L'enseignement que vous voulez organiser diminuera le temps bien autrement fécond, du véritable apprentissage. Une école de hautes études commerciales aura plus d'inconvénients que d'avantages ».
Le mémoire présenté le 15 décembre 1906 à la chambre de commerce de Hambourg indique de la manière suivante les raisons pour lesquelles on s'est jusqu'ici opposé dans cette ville à la création d'une école de hautes études commerciales : « Nous estimons que toute école versera trop du côté de la théorie. Elle ne donnera pas assez à ceux qui suivront son enseignement l'équipement pratique [das praktische Rûstzeug) qui nous semble le seul nécessaire. Nous préférons à tout enseignement scolaire un séjour à l'étranger : c'est là ce qui a fait jadis la force du marchand hanséate.
Nous ne craignons pas de dire que les écoles de commerce donnent à la formation professionnelle du négociant une base dangereuse et nuisible. La science du commerce est une science purement empirique qui ne s'apprend pas sur les bancs de l'école. En sortant de l'école de commerce le jeune homme entrera dans la vie pratique avec des opinions préconçues. Malgré toute la théorie dont il sera imbu, il devra tout recommencer et le temps précieux qu'il aura passé à l'école de commerce
sei'a pour lui une grande partie du temps perdiu Le plus souvent on ne saura qu'il a étudié les sciences commerciales qu'en remarquant; les allsres d'étudiant auxquelles il restera fidèle »,
Ces préventions s'atténuent de plus en phis.
On reconnaît que l'enseignement par la pratique ne peut plus suffire. ,
L'exemple de l'Angleterre est probant. C'est parce qu'elle s'est trop exclusivement contexitée de la pratique qu'elle a été supplantée «Hr^plusieurs points du monde par les peuples qui ^adis lui étaient inférieurs. Les Allemands sont convaincus que la forte éducation commerciale donnée à un grand nombre de jeunes gens a été une des principales causes de leiurs succès économiques.
Le mouvement est donné, on ne pourra plus l'arrêter. Quoi que puissent dire certaine Hambourgeois^ le développement des écoles de hautes études commerciales a puissamment agi d^uis q[ueiques années sur la mentalité du peuple allemaïKi.
Ces écoles ont aidé un grand nombre de jeunes gens à s'intéresser davantage aux questions de banque «t de change, à l'étude rationnelle des moyens de transport par terre et par mer, à l'étude des assurances et des risques, à la recherche des marchés avantageux, à tout ce que comporte en un mot l'étude économique de TUnivers.
Elles ont contribué à relever les carrières commerciales, reléguées par certains aristocrates de la pensée parmi les besognes grossières. On es-
LES ÉCOLES COMMERQALES.
time aujourd'hui que le commerce est un facteur efficace de progrès moral et intellectuel en même temps que de progrès matériel. On comprend mieux que ce ne sont pas seulement des marchandises que les commerçants font circuler mais que ce sont aussi des idées, et qu'ils travaillent très utilement à développer le prestige en même temps que la richesse du pays(*).
(i) Le dernier rapport du Landesgewerbeamt de Berlin donne pour la fréquentation des 4 écoles de hautes études commerciales d'Aix-la-Chapelle, Berlin, Cologne et Francfort, les chiffres suivants :
Aix-la-Ohapelle :
Étudiints
Auditeurs autorisés
AudltearB litarw
Berlin :
Étudiants
Auditeurs autorisés
Auditeurs libres
Cologne :
Étudiants
Personnes autorisées. . . .
Auditeurs
Francfort :
Étudiants
Personnes autorisées — Auditeurs
Semestre
d'hiver.
d*été.
d'hiver.
Semestre d'été.
§ 2. — Écoles supérieures.
A côté des écoles de hautes études, il existe, en Allemagne, un grand nombre d'établissements d'importance moindre, qui peuvent être répartis en deux grandes catégories : ceux qui ont pris ou reçu le nom d'écoles supérieures {hôhere Handelschulen), et ceux auxquels on ne peut donner que le nom d'écoles moyennes ou inférieures [mittlere ou niedereSchiden).
L'enseignement commercial allemand est très diversifié, ce qui tient, au moins dans une large mesure, à ce que la plupart des écoles ont été primitivement des fondations privées. On se trouve aujourd'hui en présence d'une série d'institutions ayant des programmes variés, et même des dénominations dissemblables.
C'est ainsi que dans le royaume de Saxe, Tune des régions les plus vivantes de l'Allemagne, les documents officiels ne distinguent pas moins de cinq catégories d'écoles difiérentes (sans parler de la Hochschule de Leipzig).
Les meilleures parmi ces écoles qui jouissent d'une certaine réputation, représentent un enseignement « secondaire » du commerce, ajouté à l'enseignement d'un gymnase ou d'un realgymnase. Le but essentiel de leurs fondateurs a été d'instituer un enseignement complétant, au point de vue commercial, l'éducation générale donnée
LES ÉCOLES COMMERCULES. , 53
dans les gymnases jusqu'à la classe de Tertia, La diversité est grande également dans toute la région rhénane. Il y a d'abord un certain nombre d'écoles, comme celle d'Elberfeld, ou comme celle de Dortmund, dont l'enseignement ne comporte qu'une année d'études. On peut dire aussi de ces écoles, qu'elles donnent un enseignement « complémentaire » à des jeunes gens ayant reçu un enseignement secondaire assez complet, pourvus, tout au moins, du certificat de fin d'études donnant droit au volontariat d'un an. Pendant une année énergiquement employée, ces jeunes gens étudient, en consacrant à cette étude jusqu'à 35 heures par semaine, la comptabilité et la tenue des livres, les mathématiques dans leur application au commerce, la géographie économique et l'histoire du commerce, la législation commerciale comparée. Une petite place est faite à l'étude des marchandises et des produits commerçables, à certaines questions de technique industrielle, de physique et de chimie appliquée, à la correspondance commerciale, à la calligraphie, à la sténographie et au dessin. Dans beaucoup de ces écoles, on a créé en outre, un bureau commercial.
il y a d'autres écoles portant également le nom de « hôhere » comme celle d'Aix-la-Chapelle, où les études durent trois, ans; on les appelle ordinairement Handelsrealschulen (^). Les trois classes
(1) On s'est attaché à ce nom parce qu'il semble mieux indiquer
de ces écoles correspondent aus: trois classes supérieures des g-ymnases, des realgymnases on des Oberrealschulen, c'est-à-dire aux classes à'oberst' cunda^ de unterprima et de prima. Les élèves y ont donc de 15 à 17 ans environ.
Quoiqu'on ait multiplié dans ces écoles les exe^ cices pratiques et qu'on ait aussi créé (^ns la fijh part d'entre elles des bureaux commerciara:-,-on petit dire que renseignement y est essentiellement théorique. 11 s'agit de donner à des jeunes gens ayaBt déjà une bonne culture générale les connaissawces spéciales complémentaires nécessaires pour tiiriger avec méthode, dans un esprit scientifiqqae, wat maison de commerce d'une certaine impoi*mce.
Quelques-unes de ces écoles ont été primitivement organisées comme des sections spéciales de Bealschulen. On peut citer comme exemple l'écelc de commerce de Cologne qui fut organisée en 1890 comme une section de la Realschule de cette ville. On forma trois classes parallèles aux ^oi» classes supérieures. Le nombre des élèves ayant considérablement augmenté, on transforma la section commerciale enxme école indépendante et on la transporta (1898) dans de vastes bâtiments dont elle a la jouissance exclusive depuis que le nouveau « palais » destiné à l'école des hautes études commerciales est achevé.
qu'à côté de Tinstruction spéciale indispensable au commerçant, on entend lui donner une instruction générale assez développée.
Actuellement un grand nombre d'écoles de oammerce sont in^allées dans les mêmes bâtimeiïts que les Realgymnases ou les Realschulen et renseignement qui y est donné ressemble à celui que reçoivent; les élèves restés dans ces écoles; seulement il est orienté plus nettement *vers les besoins du commerce.
'Les comptes rendus des derniers congrès d'enseignement commercial permettent de constater qu'on «'est à peu près miis d'accord pour déclarer que le commerçant a aujourd'hui besoin d'une forte dose de « connaissances générales », s'il veut hitter avec succès contre la concurrence toujours croissante.
Il y a des écoles supérieures où l'enseignement n'est que de deux années; c'est le cas à Francfortsur-le-Mein. L'école « supérieure » de cette ville est une section ajoutée à une école municipale déjà ancienne, de degré inférieur, qui était devenue très importante.
L'enseignement des hôhere Handelschulen conduit ceux qui ne l'ont pas encore au certificat de fin d^études qui permet de ne faire qu'un an de service militaire. A leur sortie les élèves peuvent entrer dans une école d'un degré supérieur, c'està-dire dans une Hochschule, à condition d'avoir fait, au préalable, un stage dans la pratique.
Il y a des villes où l'école supérieure de commerce réunit plusieurs des types que nous venons d'indiquer. L'école de Hanovre est organisée de
façon qu'on y puisse passer deux ou trois ans, suivant les combinaisons de cours adoptées.
On donne aussi le nom d'écoles supérieures de commerce aux sections commerciales {Handelsabteilungen), créées depuis peu dans les écoles industrielles moyennes, dont nous avons précédemment parlé.
Ces indications suffisent à montrer à quel point la classification des écoles supérieures de commerce est difficile. On n'est pas encore sorti complètement de la période de transition.
La diversité tient à ce que dans beaucoup de villes les créations dont nous venons de parler ont été tout simplement provoquées par le désir de permettre à un certain nombre de jeunes gens qui fréquentaient jusqu'alors les gymnases ou les realschulen de recevoir, à partir d'un certain âge, un enseignement franchement orienté vers le commerce, un enseignement où une place importante fût faite à l'étude de questions de comptabilité, de correspondance commerciale, de mathématiques financières, qu'il était impossible de faire entrer dans les programmes des établissements secondaires proprement dits.
On est convaincu que des études approfondies sur le développement économique des nations et le commerce international contribuent à la formation des esprits, aident les générations nouvelles à se pénétrer des devoirs qui leur incombent, à comprendre les difficultés qui les at-
tendent. Seulement on n'est pas encore d'accord sur la façon dont il faut pratiquement réaliser cette conviction.
Les maîtres très dévoués qui enseignent dans ces écoles m'ont avoué que Tune des principales difjBcultés auxquelles ils se heurtent, c'est la diversité de préparation des jeunes gens qui les fréquentent. Et dans quelques-unes de ces écoles, le quart environ des élèves sont des étrangers ayant une formation sensiblement diflérente de celle des jeunes Allemands.
§ 3. — Écoles inférieures.
Les écoles de commerce d'un degré inférieur sont naturellement les plus nombreuses : beaucoup remontent à la première moitié du xix® siècle. Elles ont été créées tantôt à l'instigation des villes, tantôt sur l'initiative de quelques associations. Elles ont plus ou moins bien réussi; beaucoup d'entre elles passent pour avoir été longtemps le refuge des mauvais élèves des gymnases et des autres établissements d'enseignement secondaire. Il en est quelques-unes, en revanche, qui m'ont paru fort bien organisées.
Je citerai, par exemple, l'école créée par l'association des marchands de Brème qui porte le nom d'Union, et a été créée à l'aide de dons ou legs s'élevant à un total de 260.000 marcs. Elle réunit aujourd'hui prjès de 500 élèves.
L' « Union » pourvoit aux dépenses de chauJfage et d'éclairage, et elle a fourni en outre, cette année, une somme de 7.800 marcs pour éq.uilibrer le budget des dépenses en complétant lets droits d'inscription payés par les élèves. J'ai constatéque la plupart de ceux-ci, 68 0/0, n'avaient reçu, avant d'entrer à cette école, où ils passent quatre ans, * d'autre enseignement quecelui de Técole primaire; 32 0/0 avaient passé par des écoles d'ua degpé plus élevé ; il y avait même l'été dernier, quatre des élèves, qui avaient le diplôme de maturité, correspondant à notre baccalauréat.
Les cours sont organisés de telle façon (le matin de 7 heures à 9 heures, et le soir de 3 heures à 5 heures) que les élèves peuvent être en même temps occupés dans des maisons d'affaires de la ville.
Aussi bien, une classification rigoureuse des écoles de commerce inférieures est également impossible. On fait encore des expériences. L'édifice se construit peu à peu sans qu'on aperçoive un plan d'ensemble définitif. Et si une partie des écoles actuellement existantes, sont certainement médiocres, on peut dire du moins que leur multiplicité même a des avantages : elle aide peu à peu les familles à comprendre l'importance d'un enseignement autre que celui qui est consacré à une formation « générale » de l'esprit pour une grande partie de la jeunesse. Et de toutes ces écoles, sortent, en définitive, de bons employés^
LES ÉCOLES GOMMERCLiLES. 59^
et notamment des commis voyageurs passable naieat instruits qui, trouvant parfais difficilement à se placer dans leur pays, sont disposés à aller à l'étranger et contribuent efficacement à l'essor industriel du nouvel Empire.
Il faudrait pour être complet, parler aussi des é€oles « privées »^ analogues aux Business School des Etats-Unis. La plupart d'entre elles ont pris le nom « d'Académies de commerce ». Il y en a pour les^ jeunes filles, comme pour les garçons; on y apprend surtout la comptabilité, la correspondance commerciale (allemande et étrangère), la calligraphie,, la sténographie et la dactylographie. Un certain nombre d'entre elles sont connues sous le nom d'académies Rackow, du nom de la première fondation qui remonte à l'année 1867.
Elles donnent une instruction complète (?) ou partielle, en groupant les élèves suivant leur âge, suivant leurs aptitudes, suivant les désirs manifestés par les parents, etc.
Il y en a six à Berlin, qui, à en juger par les programmes, donnent un enseignement assez bien conçu. Maison m'a assuré que le côté mercantile tenait une trop grande place dams ces maisons* Les professeurs sont le plus souvent médiocres, quelques-tins sont même des gens suspects, qui cherchent par des procédés peu avouables, à se procurer une clientèle. On ne peut donc, en dépit des sympathies qu'il est toujours permis d'avoir pour les œuvres d'initiative privée, les juger favo-
rablement; beaucoup d'entre elles paraissent destinées à être supplantées par les étabiissemeRts créés par les villes ou les corporations de marchands, qui offrent aux familles plus de garanties.
Un certain nombre de sociétés ont aussi, depuis quelques années, organisé des cours ou des conférences du soir qui rendent aux employés des maisons de commerce, d'incontestables services ; ils leur permettent notamment de s'entretenir ou de se perfectionner dans la pratique des langues étrangères, de la correspondance commerciale, des opérations de banque, etc. Je signalerai spécialement les cours créés par le Verein fur Handlung-Commis, association des employés de commerce fondée à Hambourg en 1858, qui a des « filiales » dans toutes les villes de quelque importance.
Je répéterai, à propos de renseignement commercial, ce que j'ai dit plus haut de renseignement industriel. Prises dans leur ensemble, les écoles commerciales allemandes n'offrent rien de remarquable. Mais elles ont puissamment contribué à relever des carrières un peu dédaignées, et à mieux faire comprendre l'importance du commerce dans la vie actuelle de l'humanité. Le nombre diminue de ceux qui considèrent le commerce comme une occupation subalterne. Et ce fait, dans un pays où les traditions aristocratiques sont aussi accentuées qu'elles le sont en Allemagne, a une grande importance. On se rend bien compte au-
jourd'hui que les affaires modernes, si complexes, demandent des hommes capables, bien préparés, suffisamment instruits. On comprend de mi^ux en mieux, qu'un bon commerçant doit comme le disait naguère M. Siegfried (i) savoir faire des calculs compliqués de poids, de mesures, de change et d'escompte, être renseigné non seulement sur les produits, mais sur la consommation et les marchés commerciaux. Il doit faire beaucoup de raisonne- ULents et de déductions, « et il faut qu'il fasse vite, car dans ce siècle de concurrence télégraphique internationale, malheur à celui qui arrive après lés autres » .
Les écoles de commerce ont été fort utiles pour préparer non seulement de bons employés de commerce mais encore ces commis voyageurs et ces représentants qui ont collaboré si utilement à l'essor économique du pays. M. Torau Bayle estime dans le substantiel rapport qu'il a présenté au ministre du Commerce, il y a quelques années, que si les commerçants allemands dans l'ensemble n'ont pas une instruction supérieure à celle des commerçants français, ils ont mieux su mettre en pratique les idées ingénieuses qu'une- plus forte éducation pratique leur a suggérées. Il faut avouer surtout qu'ils sont mieux secondés. « La source de la grande prospérité germanique, écrit-il, nous semble résider surtout dans ce fait que TAUema-
(1) Revue des DeuX'Monde\ le*" septembre 1906.
gne a merveilleusement utilisé le travail des petits... Elle a trouvé le moyen de décupler leurs énergies; elle a créé à côté d'une puissante et séculaire aristocratie commerciale une sorte de démocratie du commeree qui a été une source de prospérité pour le pays ».
Les auxiliaires du commerce allemand lui rendent de grands services par leur connaissance des langues étrangères. Le nombre des employés polyglottes est en Allemagne infiniment plus élevé que chez nous. Je ne suis pas étonné, lorsque je compare les jeunes Français qui se rendent en Allemagne aux Allemands qui viennent en France, que les négociants de ce pays qui nous demandent souvent de prendre leurs fils comme volontaires dans nos maisons, se refusent à accepterde jeunes Français chez eux. C'est une des raisons pour lesquelles les employés français sont rares en Allemagne : on leur préfère les belges et les suisses.
Les employés de commerce allemands ont formé un grand nombre d'associations locales groupées pour la plupart en de puissantes fédérations. La plus importante est l'association de commerce [Kaufmànnischer Verein) qui a son siège à Francfort-sur-le-Mein. Il y a aussi deux autres ligues qui ont leur siège Tune à Leipzig, l'autre à Hambourg; la première date de 1881, la seconde de
Les écoles de commerce ont été en somme très utiles pour doter TAllemagne d'un personnel
qui s'est répandu dans toutes les parties du monde, a utilement contribué à faire pénétrer les produits allemands là où ils étaient jadis complètement inconnus. Faute de représentants en nombre suffisant, nous sommes obligés au contraire de nous adresser à des négociants du pavs où nous voulons faire des affaires et ceux-ci servent mal nos intérêts. Pour peu qu'une maison étrangère fasse au négociant qui vend nos articles une remise plus élevée que celle que nos producteurs lui accordant, ces négociants cherchent à vendre de préférence les objets qui font une concurrence aux nôtres et nous perdons peu à peu notre clientèle. Ce sont des profits considérables qui nous échappent.
§ 4. — L'enseignement commercial des jeunes filles.
C'est sur l'enseignement donné aux jeunes gens qu'au cours de notre enquête, notre attention s'est surtput portée; mais il convient de signaler aussi l'efi^ort qui a été fait depuis quelques années pour organiser un enseignement commercial à l'usage des jeunes filles.
11 n'y a pas moins de 500.000 femmes employées aujourd'hui en Allemagne dans des maisons de commerce. Le genre de travail qui leur est assigné paraît plaire à la plupart d'entre elles. 11 faut s'attendre à voir le nombre des « employées » augmenter. On observe d'ailleurs avec raison que
64 L'ÉDUCATION ECONOMIQUE DU MlUPLE ALLEMAND.
certaines inventions modernes ne rendent plus la présence continuelle de la femme au foyer aussi indispensable que jadis. Le bas prix des vêtements confectionnés, et des articles de lingerie de toute sorte, a diminué Timportance du raccomaioda^e. Des inventions diverses ont modifié les habitudes anciennes en ce qui concerne la nourriture, la ouisine, la préparation des aliments. Nombre de commerçants prennent d'autant plus volontiers des femmes dans leurs magasins, que celles-ci sont toujours un peu moins payées que les hommes, quoiqu'elles fassent cependant à peu près le n>ême travail et généralement presque au«si bien.
Dans ces conditions, on peut dire que les femmes ont aussi besoin que les hommes de recevoir une éducation professionnelle qui aura pour principale conséquence de leur permettre d'obtenir une rémunération meilleure. La question est d'autant plus intéressante que la plupart des femmes employées dans les bureaux ou magasins appartiennent aux classes moyennes. Il y en a peu qui soient filles d'ouvriers. Les écoles « privées » qui se sont jusqu'ici offertes à elles sont médiocres. Il est naturel qu'on s'occupe d'en organiser de nouvelles qui présenteront plus de garanties. '
Mais les avis sont partagés au sujet de ces créations. Les uns veulent qu'on s'en tienne à des écoles spéciales pour les femmes. Les autres pensent qu'il vaudrait mieux que jeunes gens et jeunes filles reçussent le même enseignement. La ques-
tien n'est pas encore résolue, mais elle est ouverte et ne se fermera plus. , '
On mène d'autre part, toute une campagne en faveur de l'idée d'obligation dans son application aux écoles de perfectionnement dont nous allons parler et que les jeunes filles ont, en eflFet, autant d'intérêt à suivre que les hommes. Les dispositions de la nouvelle loi du 30 juin 1900 permettent aux municipalités d'étendre aux femnles le principe de l'obligation et on semble de plus en plus disposé à faire usage de ce droit.
Pour ce qui est des écoles proprement dites, la solution qui a jusqu'ici paru la plus simple, c'est l'adjonction de sections commerciales aux écoles supérieures de filles [Hôhere Tôchterschnlen) qui existent déjà en assez grand nombre chez nos voisins.
Les écoles spéciales qui ont été fondées par le Gouvernement prussien n'ont pas donné d'ailleurs de mauvais résultats. La première est celle qui a été établie à Posen en 1897 (avec l'arrière-pensée de la faire concourir à la germanisation du pays). On en a créé une autre à Rheydt, près de Dusseldorf, pour les régions de l'ouest, et une troisième à Potsdam, pour les provinces du centre.
Mais il est douteux que ces fondations se multiplient. L'État ne se croit pas les mêmes devoirs vis-à-vis des filles que vis-à-vis des garçons. C'est par les soins des municipalités que de nouvelles créations se feront peu à peu. On peut donner
comme exemple Técole créée à Cologne qui ne prend que des jeunes filles âgées de seize ans au moins.
Les chambres de commerce semblent aussi disposées à intervenir. Quelques-unes de leurs créations sont très appréciées.
Voici, à titre d'exemple, le plan d'études de l'école commerciale pour filles créée par la chambre de commerce de Dusseldorf (L'enseignement y dure un an. Tous les cours en principe sont obligatoires) :
Allemand 3 heures par semaine.
Correspondance en allemand.. 2 — —
Français 4 — —
Anglais 4 — —
Comptabilité 4 — —
Tenue des livres 4 — —
Géographie économique 2 — —
Calligraphie 2 — —
Sténographie.! 3 —
Dactylographie 2 — —
Science commerciale 2— —
32 heures par eemaioe.
Les jeunes filles qui veulent pousser plus loin leurs études sont autorisées, sur le vu de certains diplômes ou certificats, à suivre les cours des hautes études commerciales (A Leipzig on exige que les jeunes filles soient immatriculées à TUniversité. On se montre au contraire très large à Berlin).
L'école de Berlin est due à l'initiative de la société de secours pour les femmes employées. Elle
est passée en 1902 sous la direction de Tassociation des marchands [Kaufmannschafl) et comprend une école inférieure et une école supérieure. Elle abrite dans ses locaux une école de perfectionnement et une école de dactylographie.
Le rapport d'Agnes Herrmann, publié à l'instigation du Deuischer Verband fur dos kaufmànnische Unterrichtswesen, donne une liste de 119 écoles de commerce pour jeunes tilles. L'organisation de ces écoles diffère beaucoup et la durée de l'enseignement varie de cinq mois à trois ans. C'est dire que dans quelques-unes d'entre elles il ne s'agit que d'un léger enseignement complémentaire- On m'a assuré qu'il y avait beaucoup d'améliorations à réaliser W.
Les honoraires ,payés par les jeunes filles sont aussi très variables, de même que les subventions qui sont accordées parles communes, les provinces ou les groupements (groupements de marchands ou groupements féminins) qui les encouragent (2).
(1) On trouvera la liste de toutes les écoles commerciales allemandes dans la brochure de M. L. Tronnier : Verzeichnis der 'tn Deutsehîand bestehenden haufmànnisohen Unterriohtsana- Italien (publication faite par les soins du Deutsc/ier Verbctnd fwr das Kaufmànnisohe Unterrichtswesen, Leipzig, Teubner, 1907). Nous reproduisons en appendice les indications principales de sa •clafisification.
(2) La rémunération payée par les élèves est calculée habituellement d'après le nombre d'heures d'enseignement. Elle varie de 1 à 5 marcs par heure d'enseignement hebdomadaire pour un trimestre. Au taux moyen de 2 marcs, cela représenterait pour 30 heures dlenâeignement hebdomadaire 240 maics par an.