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à tel point depuis cent ans, que pour Tintelligence de kur forme actuelle, l'histoire de ces cent ans importe plus que celle des dix siècles antérieurs ». Au patrimoiTie antique rhumanité a ajouté un patrimoine nouveau, une quantité prodigieuse de cxïnnBissances positives. Et &i la valeur éducative âes anciens est toujours très grande, si même elle est supérieure à tout autre système pour certains écrits, il est permis de penserque, pour Tensembte de notre jeunesse, il n'en est pas de même (^). .Tous les hommes compétents sont d'accord pour déplorer l'encombrement des classes de nos lycées et collèges par des « non-valeurs (^) ». Les bons
(1) Pour défendre les humanités gréco-latines, on cite volontiers l'exemple d'hommes éminents qui, nourris par la culture classique, n'en ont pas moins un esprit très moderne. Cette observation est parfaitement juste, mais elle ne suffit pas à prouver que cette culture soit pour la majorité de ceux qui la reçoivent le « meilleur » instrument d'éducation intellectuelle.
(2) C'est en pensant à ces tristes élèves que M. Jules Lemaître a écrit : « Un bachelier es lettres moyen, c'est un jbrave jeune homme qui ne sait ni le latin ni le grec, mais qui, en revanche, ne sait pas mieux les langues vivantes, ni la géographie, ni les sciences naturelles. Naus avons des bacheliers qui sont des prodiges de néant ».
De l'opinion d'un littérateur on peut rapprocher celle d'un savant, M. Auguste Lumière, administrateur de l'Institut de Lyon, qui n'hésite pas à dire : « L'instruction du lycée comprime toutes
les intelligences, abolit toute initiative C'est Plutarque, je
crois, qui disait : La cervelle de l'enfant n'est pas un vase qu'il faut remplir, c'est un foyer qu'il faut allumer. Chez nous, on fait déborder le vase, mais on oublie d'allumer la chandelle.
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élèves traînent à leur suite une sorte de poids mort qui ralentit leur marche en avant. On a multiplié outre mesure les établissements d'enseignement classique dans les moindres chefs-lieux d'arrondissement. Et ces établissements ont les mêmes programmes que les lycées des grandes villes, ce qui est vraiment une absurdité. La plupart des jeunes gens qui les fréquentent ne tirent qu'un mince profit des études qu'ils y font. Ce n'est pas sans raison qu'on parle aujourd'hui de « déclassement ». Un grand nombre de fils de commerçants, de paysans, d'employés, plus riches ou simplement plus vaniteux que leurs voisins, ont été détournés d'une façon très fâcheuse des occupations pratiques qui étaient la tradition de leur famille, spécialement des carrières agricoles, industrielles, commerciales vers lesquelles ils eussent beaucoup mieux fait de se diriger.
Ce déclassement est plus sensible en France que partout ailleurs. C'est grâce à lui que nous sommes aujourd'hui, dans cette France où la population cependant n'augmente plus, encombrés de publicistes et d'écrivains de bas étage, de journalistes sans valeur, de romanciers sans talent, qui dédaignent comme indignes d'eux les occupations pratiques, spéculent sur les mauvais
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instincts des hommes, et grossissent cette littérature malsaine dont nous déplorons avec raison les prodigieux envahissements. El il faut le dire bien haut, si nous jouissons encore en Europe d'un certain prestige littéraire notre renommée à cet égard n'est pas tellement pure que nous puisssions en être fiers : il m'est arrivé plus d'une fois d'en rougir! Ce sont nos plus mauvais livres qui se vendent le plus à l'étranger. C'est sur ces livres qu'on nous juge hélas, beaucoup trop volontiers. Combien d'ailleurs parmi ces littérateurs et ces romanciers, végètent et tombent finalement dans un état voisin de la misère! Ce n'est pas sans raison qu'on parle de « prolétariat intellectuel ». On a calculé que les deux tiers des élèves sortant des établissements secondaires, appartenant à des familles modestes, se trouveront vraisemblablement un jour dans une situation de fortune qui fera pour eux de l'équilibre de leur budget un problème aussi difficile que pour beaucoup de fils d'ouvriers. Que de mécomptes parmi ceux qui après s'être lancés dans une voie qui devait leur ouvrir les carrières libérales ne réussissent pas ! Il y a longtemps que ce danger a frappé de bons esprits. C'est pour le conjurer qu'un des Ministres de l'Instruction publique les