PRÉFACE. XXI
Mais combien y a-t-il de pères de famille qui raisonnent aussi bien que celui-là ^.^)?
On en trouverait en tout cas beaucoup plus en Allemagne que chez nous.
Nous sommes loin, en effet, d'avoir cherché, dans la même mesure que l'Allemagne, à nous mobiliser pour la conquête industrielle et commerciale du monde. Si nos commerçants ont de grandes qualités auxquelles il faut rendre hautement hommage, ils manquent souvent d'initiative, et cela parce que leur instruction économique a été imparfaite. Ils sont le plus souvent hors d'état de rivaliser avec ces commerçants étrangers qui sont très nombreux maintenant dans toutes nos grandes villes et qui ordinairement y réussissent. Ils sont bien plus hésitants qu'eux pour se répandre au dehors. Ils sont peu empressés pour chercher à faire des affaires avec l'étranger, et le nombre est minime de ceux qui ont le courage de s'expatrier.
(1) Apprenons à nos fils, dit M. Maurice de Fleury, dans un livre utile à méditer : Nos enfants au collège, que les professions d'employé ou de fonctionnaire, et les pauvres traitements fixes, suivis d'une maigre retraite, ne sont pas enviables, qu'il est très noble d'être un habile et probe homme d'affaires. Montrons-leur qu'ils feraient mieux, s'ils ont quelque courage, de choisir ces professions où la rémunération se proportionne à l'intensité, à la persévérance de Tefifort.
xxn PRÉFACE.
C'est avec raison que notre ambassadeur à Landres M. Gambon, faisait il y a quelques mois, à l'occasion de l'ouverture d'une école de commerce française à Liverpool, les réflexions suivantes : « Messieurs, disait-il, le personnel commercial de la France n'est pas assez nombreux à l'étranger, trop souvent nos maisons françaises croient pouvoir se faire représenter par des gens du pays et non par des compatriotes : c'est une erreur. Les Allemands l'ont bien vu. C'est dans le nombre considérable de commerçants et de voyageurs qu'ils ont envoyés à travers le monde qu'il faut rechercher la cause principale du prodigieux essor de leur commerce ». Et ce n'est -pas seulement le nombre des Français à l'étranger qui est insuffisant, c'est aussi la qualité de ces Français qui laisse à désirer. Nous manquons de jeunes gens sérieux et adroits qui sachent faire valoir les mérites, peut-être la supériorité, des articles de fabrication française, qui soient capables de s'occuper avec compétence de ces questiocfs souvent difficiles de transport, de tarifs, de change, de navigation, de politique commerciale pour lesquelles nous sommes en retard.
L'une des industries les plus prospères de l'Ai-
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lemagne c'est Tindustrie chimique. Eh bien l le succès de cette industrie tient en grande partie à ce que les usines de la région rhénane ont eu à leur service des jeunes gens très instruits, parfois des docteurs es sciences, qui ont su donner à ceux à qui ils voulaient vendre, toutes les explications nécessaires, même les explications techniques les plus compliquées. Nos commis voyageurs n'en sont certes pas là ! Un changement dans nos habitudes est d'autant plus nécessaire que le temps est passé où commerçants et industriels pouvaient se contenter d'écouler leurs produits sur place, sans regarder au dehors. Le marché du monde sollicite aujourd'hui de nouvelles énergies : nous y tiendrions une plus grande place si nous comprenions mieux les conditions dans lesquelles se développe maintenant l'activité mondiale, si nous nous préoccupions davantage d'étudier les moyens pratiques dent se servent nos rivaux, si nous connaissions mieux les institutions et les usages, la géographie et la langue des différents peuples. C'est notre abstention à l'extérieur qui a laissé le champ libre à d'autres. Notre pays est menacé par l'engourdissement de ses propres énergies autant que par la puissance grandissante des autres nations. Il faut qu'il se