‹ L'éducation en Angleterre: collèges et universitésChapitre 10 sur 24 · Tom Brown* s school days · texte numérisé non relu

Tom Brown* s school days

Rugby..:.. La pauvre école est déserte : Tom ne rencontre que le jardinier, qui lui remet les clefs de la chapelle en pleurant, et il y pénètre. Assailli de pensées et de souvenirs, il va s'asseoir à la dernière place, celle qu'il a occupée le premier jour qu'il a passé à Rugby. Voilà encore sur le banc le nom de Télève qui était son voisin. Il se rappelle les commencements de son séjour et son copain, Harry East, qui est à présent officier dans Tannée des Indes. Tous deux avaient donné beaucoup de souci au Docteur, qui, une fois, à la veille des vacances, les fit appeler pour leur dire que « cela ne marchait pas, qu'ils avaient été fouettés plusieurs fois pendant le terme et • que, si leur paresse et leur insubordination continuaient, il se verrait forcé très à regret de les renvoyer, parce qu'ils faisaient» du tort à leurs camarades. » — Et eux étaient sortis, atterrés à l'idée d'avoir à quitter Rugby.

A la rentrée, le Docteur les avait séparés pour mettre auprès de Tom un petit garçon pâle et 'nerveux, plus jeune que lui d'une' année et nouvellement arrivé. Le Docteur avait invité Tom à prendre le thé chez lui et,

en quelques mots, sans avoir l'air de se souvenir du p^ssé, l'avait mis au courant de ce qu'il attendait de lui..,., protéger son petit compagnon et le mettre en état de se protéger lui-même ensuite. Tom trouvait la tâche ennuyeuse et difficile, mais il aurait eu honte de reculer. Il emmena son « bébé », comme disait East en se moquant de lui, et commença de Tinitier à tous les jeux, aux longues courses

à travers la campagne Bien vite il y prit

de l'intérêt et se sentit très fier le jour où son

élève put grimper à un arbre convenablement.

Comme il avait été habile, le Docteur, en

cette circonstance et en tant d'autres!

Tom s'attend à chaque instant à le voir paraître au-dessus du grand pupitre, comme

autrefois, et il croit l'entendre parler! Mais

non! tout ce qui reste de lui ici-bas gît, immobile et glacé, sous le pavé de marbre, et son clair regard est éteint pour jamais !

Le temps que Tom Brown a passé là, sur cette tombe, a suffi pour consolider en lui toutes ses bonnes résolutions. Il va se lancera présent dans le monde, armé pour la lutte. Il n'est ni un saint ni un grand génie, mais il sera un

brave Anglais, un honnête et actif citoyen, un gentleman et un chrétien... le vœu de son père est accompli.

Le Rugby d'aujourd'hui n'a pas dégénéré de ce qu'il était jadis : il occupe toujours une place honorable parmi les premières écoles d'Angleterre, qui se sont modifiées sous l'influence toute-puissante d'Arnold. L'année dernière, Rugby comptait 400 élèves : 70 faisaient partie de la school house. Six autres maisons se partageaient le reste; en plus, quelques externes. Il y a un examen d'entrée assez sérieux et trois examens de classement par an. Rugby possède des immeubles à Londres :

le revenu est consacré à entretenir des boursiers ainsi qu'aux réparations nécessaires ; le système du fagging, bien qu'adouci, est toujours en vigueur; les praepostors sont au nombre de 35 et ils ont pour fags les 200 plus jeunes enfants.

Le modem side est désormais organisé; le D r Temple, aujourd'hui évêque de Londres, et le D r Jex-Blake, actuellement head master, ont tour à tour favorisé l'étude des langues

vivantes, des mathématiques et des sciences naturelles. Mais il est impossible de ne pas voir un changement s'opérer dans le but que poursuivent les maîtres ici et ailleurs : Arnold avait proclamé la nécessité de faire des « gentlemen » et toute l'Angleterre l'avait admise après lui. Il y a à présent une tendance très neuve, très timide encore , mais redoutable néanmoins, à faire des « good men » plutôt que des « gentlemen ». Cette tendance, on ne l'aperçoit pas tout d'abord, mais pourtant elle existe; si elle se fortifie, l'instruction prendra le pas sur l'éducation. Malheur à ceux qui contribueront de la sorte à détruire l'œuvre de Thomas Arnold; cette œuvre est magnifique, parce qu'elle répond exactement au caractère, aux aspirations, à la nature des Anglais; à la place d'une fabrique d'hommes, on veut mettre une fabrique de savants : ce sera antinational !

Page 1