WELLINGTON
Au lendemain de la mort du 'vainqueur de Waterloo, quelques-uns de ses compatriotes eurent la noble pensée de consacrer à sa mémoire non pas un monument vulgaire fait de marbre et de bfonze, mais un monument vivant, un collège qui porterait son nom et qui, fondé et soutenu par les souscriptions nationales, assurerait aux fils d'officiers restés orphelins et sans fortune le bénéfice d'une bonne éducation.
L'établissement fut ouvert en janvier 1859; mais le plan primitif avait déjà subi des modifications : on s'était décidé, en plus des boursiers, à recevoir tous les enfants d'officiers, orphelins ou non, à des conditions exception-
nelles, il est vrai : £ 30 (750 fr.) par an seulement. Il advint que les calculs furent mal faits et que, l'école ne pouvant se soutenir avec des élèves sur lesquels elle ne réalisait pas le moindre bénéfice, on en admit une nouvelle catégorie au prix de£ 100 (2500 fr.), sans distinction cette fois entre l'élément militaire et l'élément civil. L'accroissement progressif du prix de la pension et la création de « boarding houses » firent bientôt de Wellington un public school à peu près semblable aux autres, et, dans l'armée, des plaintes s'élevèrent de tous côtés; on disait, non sans raison, que l'institution avait manqué son but et qu'il fallait y introduire de grands changements pour * l'y ramener.
Une commission d'enquête fut alors nommée à charge de rechercher les causes de cette métamorphose et d'étudier les moyens susceptibles d'être employés pour y porter remède. Elle se composait de lord Penzance, de l'évêque d'Exeter, de deux officiers supérieurs et d'un conseiller de la couronne. Instituée le 20 juin 1879, la commission déposa son rapport le 14 juillet 1880; dans l'intervalle
elle avait interrogé en détail trente témoins et rassemblé une foule de documents, tant sur Wellington que sur d'autres grandes écoles susceptibles d'être comparées à celle-là. De pareils documents, on le conçoit, sont d'une grande importance pour qui veut se rendre compte d'une manière quelque peu approfondie de l'éducation anglaise; ils donnent précisément ce qu'on ne peut voir de ses propres yeux et ce que les professeurs euxmêmes ne sont pas toujours à même de vous donner, des chiffres. Mais on y recueille aussi, sur des questions vitales, la façon de penser de ceux qui, par leur longue expérience, sont particulièrement dignes d'être écoutés. J'en .ai donc extrait les renseignements qui m'ont paru le plus saillants; je demande pardon pour les additions qui les accompagnent, en faisant remarquer à ceux que cela n'intéresse pas qu'il n'y a rien de plus facile à passer.
Composition de Wellington - collège au moment de l'enquête :.
Élèves dits foundationers (orphelins militaires élevés gratuitement) 75
Élèves payant € 80 (fils d'officiers) 80
Élèves payant € 110 (sans distinction) 151
Total 306
Ces élèves représentent une somme de € 23 090 ou 577 250 francs.
Il y a en plus dans les boarding houses :
98 élèves payant au collège £ 3920 ou 98 000 francs ;
4 externes ont été autorisés à suivre les cours;
Le total des recettes sera donc £ 27 010 ou 675 250 francs.
Les administrateurs estiment :
1° Qu'un foundationer coûte £ 88 ou 2200 francs.
Il y en a 75 : ils représentent une dépense de £ 6600 ou 165 000 francs.
2o Qu'un non- foundationer coûte environ € 80 ou 2000 francs.
Il y en a 231 : ils représentent une dépense de € 18 480 ou 462 000 francs.
3° Enfin qu'un boarder coûte £ 40 ou 1000 francs.
Il y en a 98, ce qui équivaut à € 3920 ou 98 000 francs.
Le total de ce que coûtent les élèves sera donc de £ 29 000 ou 725 000 francs.
Là différence entre les recettes et les dépenses est de ê 1990 ou 49 750 francs.
Ce sont les souscriptions, dons et legs qui équilibrent cette différence; depuis la fondation ils s'élèvent à la somme énorme de € 161 317 ou 4 032 925 fr., qui, avec les revenus, a fourni au collège un total de € 260 367 ou 6 509 175 francs.
Les bâtiments une fois élevés et tous les travaux d'installation terminés, il est resté € 22 338 ou 558 450 francs, qui ont été employés à couvrir les dépenses annuelles et à équilibrer le budget.
Si vous voulez à présent vous transporter dans un « boarding house », — celui du Révérend E. Davenport,par exemple, — vous aurez une idée du profit que peut faire en un an le professeur qui en a la direction. Voici le compte général de Tannée 1878; le boarding house en question contenait alors trente élèves.
f . DÉPENSES »
Tarifs payés au collège € 1769 ou 44 225 francs.
Dépenses de la maison...... 1664 41600 i—
Frais généraux !. 523 13 075 —
Total £3956 ou 98 900 francs.