LES ÉCOLES CATHOLIQUES
Les Jésuites possèdent en Angleterre pi* sieurs établissements, dont les deux principau sont Beaumont, situé dans la forêt de Windsor^ * non loin de l'endroit fameux où fut signée 1^ grande charte, et Stonyhurst, près de Black.- - ' burn (Lancashire). Ma première visite à Beau— mont date de loin (juillet 1883), et la vue de ce beau château commença de faire évaporer les préjugés anglophobes que j'avais nourris jusque-là. J'allais voir un ami d'enfance qui y achevait son éducation : il vint me trouver dans un salon en rotonde , où m'avait introduit le plus correct des maîtres d'hôtel; un père lui remit un trousseau de clefs, en lui recommandant de me montrer toute la maison et « de
faire faire du thé à quatre heures ». Un élève des Jésuites qui commande du thé : cela me comblait d'étonnement Le collège en contient 190, mais on vient d'y ajouter un bâtiment destiné aux 60 plus jeunes, ce qui fera de la place pour autant de nouveaux : le prix " e la pension, tout compris, est entre 2000 et 2SO0 francs par an.
Stonyhurst est beaucoup plus grand et d'as- P e ct plus majestueux avec ses cours et ses ^oîtres, sa façade solennelle et sa chapelle se mirant dans les étangs ; bref, au point de vue K^tériel, l'organisation de ces deux collèges a ^ laisse rien à désirer; mais ce qu'il est surto Ut intéressant d'analyser, c'est l'atmosphère Morale, ce sont les concessions qu'ont faites *^s Jésuites anglais à l'esprit de liberté et d'individualité, si contraire aux principes de leur ordre. Ces concessions sont grandes; pour s'en rendre compte il suffit d'ouvrir le Stonyhurst magazine, car Stonyhurst a aussi sa revue mensuelle ; j'en tiens un exemplaire qui est très instructif à cet égard : il contient la statistique des confessions la veille d'une fête (sans les noms, bien entendu) et la liste
des conçréganistes nouvellement admis : mais à côté des congrégations de la Sainte-Vierge il y a la debating Society, les succès remportés par les Onze contre les CHcketers du voisinage et l'annonce d'un prix de 25 schellings (environ 30 francs) offert au meilleur nageur par la Société des anciens élèves. — Cette Société enfin donne un grand banquet au Holborn restaurant, à Londres, et une douzaine de pères Jésuites s'y viennent mêler aux convives : de ces menus faits et de beaucoup d'autres, que je ne cite pas, il faut conclure que les Jésuites n'ont pas, en Angleterre, la même rigidité de principes qu'en France et ailleurs, et quen entrant dans la Compagnie ils n'ont nullement renoncé à leur qualité d'Anglais; aussi, quand on les compare à ceux des autres pays, on voit qu'ils constituent pour ainsi dire un ordre à part; ils vivent isolés de leurs frères étrangers, avec lesquels ils se déclarent en parfaite communauté d'idées, ce qui en réalité n'est riçn moins que véritable. Mais si l'éducation qu'ils donnent est très anglaise par un certain côté, elle diffère essentiellement par d'autres de ce que l'on observe dans les public schools et
aussi chez les Oratoriens, qui, si j'ose m' exprimer de la sorte, forment avec les Jésuites un a ngle presque droit, en sorte que ces deux célèbres congrégations représentent pour les catholiques anglais deux courants pédagogil*xes très divergents l'un de l'autre. Les Jé- & *xites en effet, tout en admettant une assez io Tte dose de liberté dans l'éducation, en écar- *-^:nt la responsabilité. Dans leur système, la discipline préventive occupe une grande place, ^t, en ce qui concerne la surveillance, ils se "attent « de tenir le juste milieu entre l'excès î>ar lequel on pèche en France et le laisser-aller Complet des public schools ». Le mot m'a été *3it; il n'est pas juste en ce que la surveillance *les public schools, pour être d'une nature toute différente, n'en existe pas moins ; et, pour ma ^part, je la crois bien autrement efficace justement parce qu'elle n'est pas limitée à certaines personnes, mais qu'elle est exercée un peu par tout le monde. Autant que j'ai pu m'en convaincre, la surveillance exercée à Beaumont et à Stonyhurst n'est pas aussi effective que les maîtres le disent, et cela se comprend : elle cesse aux murs de la maison ; les enfants pas-
!{& :LfcCHT70« EN ANGLETERRE !
«•ni <^«tîsiH'lk^»mt d'un svstème à l'autre; on leur m*4 un bannis dedans et on l'ôtc dehors. Ce ferait peut-être plus habile de le leur laisser toujours en l'allégeant. Quelques Français ont été élevés à Stonvhurst et à Beau~ mont et ils en ont recueilli un grand bénéfice - Ce n'est pas sans danger qu'on les eût exposée à l'atmosphère des/H#^/r*cAo0/£ qui les aurai* srrisés: et il est certain que, si quelques ré-^ formes peuvent être introduites dans le sys^-~ tème français, c'est par les jeux qu'elles péné — treront. Mais, pour des Anglais, je crois qui v a tout avantage à leur donner Téducatio véritablement libre dont les résultats dans ce^ siècle-ci semblent avoir été si probants et sidignes d'admiration.
C'est aussi ce qu'on pense à l'Oratoire <te Birmingham, avec quelques petites restrictions qu'inspire la jalousie, laquelle est développée en Angleterre de collège à collège, à un point véritablement extrordinaire. L'Oratoire, appelé aussi Edgbaston, du nom du faubourg où il est situé, a été fondé assez récemment par le cardinal Newman, qui en a fait sa résidence. Etait-ce pour y appliquer une nouvelle
\ méthode? — Non; le système ne diffère pas de l celui d'Oscott, collège voisin de Birmingham [ où le cardinal a résidé longtemps : c'était plu- [ Wt pour en pouvoir diriger Y esprit tout à sa &uise; l'esprit qui règne dans un collège est c hose si délicate, si indéfinissable! Edgbaston contient 60 élèves, pas davantage ; je lui reproche surtout d'être enfermé dans le faubourg u rf)ain d'une cité comme Birmingham, si pleine d'ateliers et de manufactures. — Quelle différence avecOscott, situé dans la campagne, a quelques milles de là ! Au milieu d'un grand P^rc, sur le penchant d'une colline, assis sur u **e vaste terrasse coupée de parterres, s'élève u n grand château gothique à tour centrale.
En face la vue s'étend sur de lointains horizons jusqu'à Birmingham, dont les fumées tracent a *ic bande noirâtre dans le ciel. Sitôt qu'il a franchi le seuil, le visiteur se trouve dans un Goitre qui entoure la cour intérieure ; aux fenêtres, des vitraux coloriés avec les armôirie s, les devises, les monogrammes des an- CJe Us élèves, dont chacun a tenu à placer là en s'en allant un souvenir de son passage. Les Scieries sont remplies de peintures, de statues
de marbre, de vieux meubles flamands, de bronzes antiques , de christs espagnols en
ivoire et ce n'est rien encore à côté 4 U lT Y
, musée, où sont entassées de véritables merveilles, des ornements d'Église des xm e et xiv e siècles, des missels, des autographes de prix ; tout cela a été laissé par lord Schrewsbury, le bienfaiteur d'Oscott, celui qui l' a doté aussi de toutes les terres qui l'entourent Sont-ils heureux, ces grands seigneurs aï 1 ' glais, de pouvoir attacher leurs noms à d e pareilles fondations !
Le collège célébrera Tan prochain son jubil^ de SO ans; il a été le foyer naissant de ce mo **-"""" vement catholique qui, au début du règne «1^ Victoria, a brillé d'un si vif éclat. Malheurs sèment il y a trop de collèges catholiques < Angleterre : l'union fait la force et ils gaga raient à se fondre; ici ils ne sont que 80 élbv^ * et il y a place pour plus de 120. La bibli*^' thèque est bien fournie; beaucoup de livf^^ sérieux, mais des « novels » aussi. « Pot**""" quoi ne liraient-ils pas Walter Scott, c& s
enfants? » me dit le Révérend S Po** r
sa part il n'y voit point d'inconvénient. No**^
arcourons plusieurs salles de billards tout à lit confortables avec leurs divans de cuir : on ! croirait dans un club de Londres ; puis des Iles de bains et d'autres, pour jouer quand pleut, et enfin le hall, où se donnent les stnces solennelles et qui sert d'étude dans abitude de la vie.
Les plus jeunes ont des dortoirs à cases parées, où ils sont comme chez eux; tous- les ands ont des chambres spacieuses, dont ils mplètent à leur guise le mobilier; plusieurs it des pianos; on devine des goûts déjà icidés et très manlike; rien d'enfantin.
Jusqu'à 14 ans la pension est de 60 guinées a 1560 francs; après, elle monte à 1820 francs, faut ajouter :
)ur le blanchissage 50 francs
— les jeux 25 '—
— le gymnase 12 —
— une chambre à part 200 -— •
— l'imprévu, frais accessoires, etc., environ. 500 —
i total : de 2000 à 2700 francs suivant les cas ;
pension est donc moins cher que dans bien
îs public schools. Quant à la liberté, elle n'est
is moindre. Les garçons montent leurs véloci-
pèdes et filent jusqu'à Coventry. « Quel mal y a-t-il? se demande mon aimable interlocuteur : je sais bien ce qu'ils y font; ils descendent à l'hôtel, se payent un comf or table dinner et reviennent. Eh bien! c'est leur droit, s'ils ont de quoi. — Et qui vous prouve, dis-jc, qu'ils n'ont pas été ailleurs? » Je vois encore son regard assuré et j'entends sa parole franche quand il me répond : « Je le verrais dans leurs yeux. Vous ne savez pas, continue-t-il, ce qu'est la physionomie de jeunes gens élevés ainsi : on y lit à livre ouvert. Je les dresse à ne jamais dire un mensonge. Un mensonge ne saurait sortir de leurs lèvres sans que je m'en aperçoive à l'instant; et pour cela, point de pitié. D'ailleurs vous croyez trop que le mal doit se glisser fatalement en eux; ils ne le connaissent pas, parce qu'à cet âge il n'y a que Xennui et X anémie qui puissent l'engendrer, et ils n'ont ni l'un ni l'autre; » et ce mot si typique, qui m'a été dit dans une autre circonstance, mais qui résume la même doctrine '.
« Nous les faisons larges d'épaules comme d'idées (broad views and shoulders). »
Tous les jeux sont en honneur à Oscott-*,
s il y en a un particulièrement passionit, paraît-il : c'est le Bandy, qui ressemble Hurling, le jeu populaire des Irlandais, qui me surprend, c'est l'absence de prae- 'stors; il en faudrait si les élèves étaient plus ombreux; actuellement il n'y a comme autoté constituée que le capitaine, qui est toujours the head of the house », le premier en force hysique et intellectuelle (cela va plus souvent ^semble qu'on ne le pense); généralement ix de ces jeunes hommes auxquels il ne man- .U.e plus que de longues moustaches, et qui ' à *nbarrassent au premier abord; car on hésite •Onjours s'il faut leur demander comment ils aiment le latin ou combien ils ont d'enfants? Dans les corridors, je rencontre : 1° une ***>aid, qui fait le service, ce qui me paraît un °omble; 2° au second étage, une odeur de taiac qui filtre à travers une porte. Il est vrai <ïue c'est la porte d'un « philosophe ». « Et P u is, dit le père, 6n ne peut guère empêcher * e s très grands de fumer une cigarette de ' 6ï *ips en temps; et, quant aux plus petits, la )l% ornière qu'ils fument les rend malades; ^•ime autant qu'ils en fassent l'essai. »
i74 L ÉDUCATION EN ANGLETERRE
Il y a ici un séminaire annexé à l'école; il y a'aussi une douzaine de « philosophes », mais • je doute que l'institution produise de meilleurs résultats qu'à Stonyhurst, où les philosophes ne s'entendent guère qu'à chasser à courre et à faire du punch. Franchement ils seraie»A mieux à l'Université : je sais bien qu'ils n 3^ trouveraient pas abondance de ressources a«-^ point de vue de la pratique du culte catho^~ lique ; mais d'autre part, s'ils y étaient plu^^ nombreux, ces moyens existeraient. C'est urt^ cercle vicieux. Cette question sans cessée débattue, l'évêque de Birmingham, auquel je^ rends visite, la reprend en détail. Il ne regrette pas que le projet de fondation d'un collège catholique à Oxford ait échoué, car il ne croit pas aux services qu'aurait pu rendre un sem- blable établissement; le pape s'y est opposé et en général n'aime pas qu'on laisse les élèves aller à l'Université : il redoute l'esprit de scepticisme qui, sous l'influence de la philosophie allemande, aurait envahi les sphères acadé- * miques. Il y eut bien un mouvement dans ce sens, mais je le crois arrêté aujourd'hui; le rationalisme pratique qui domine dans cer-
Ans collèges est-il bien dangereux d'ailleurs?
A enfin pourquoi ne songe-t-on qu'à Oxford?
il y a Gambridge qui, pour ma part, ne m'a pas laissé de meilleurs souvenirs qu'Oxford (c'est impossible!), mais dont j'ai certes meilleure opinion au point de vue du sérieux, du travail. J'y ai connu des catholiques qui y vivaient e n parfaite intelligence avec leurs camarades e t cependant n'avaient rien perdu de leur foi. »
En fait de liberté, les catholiques d'Oscott 11 ont donc rien à envier aux élèves des public Sc àools; lord Petre, dans un collège qu'il a vait fondé et qui n'existe plus depuis quelques années, avait encore exagéré le système. W m'a été impossible de me procurer en temps v oulu des renseignements sur cette curieuse ^Cole : d'après ce que j'en ai entendu di*e, ■ c était une sorte de République que les enfants administraient eux-mêmes; l'idée en était sans ^Oute originale, mais il n'y a pas lieu de s étonner qu'elle ait conduit à des mécomptes.
Au nord de l'Ecosse, dans un vallon soli- **^ire où le Canal calédonien vient déboucher
dans le lac Ness, s'élève Fort-Augustus, ancien monastère de bénédictins transformé par eux en école; les élèves sont en très petit nombre. Le pays est sauvage et inhabité : des bruyères, des rochers et des bois sur la pente des montagnes, pas de chemins de fer; il faut venir en bateau, soit d'Oban par le canal, soit dlfl" verness par le lac. En somme, Fort-Auguste n'est pas bien important, mais y entrer ^ le rêve de bien des petits Anglais, parce q^ la vie qu'on y mène est tout à fait incivilis^- Je demandais à quoi l'on passait son temj^ 8, « On court dans la montagne, me répondit *J n des jeunes habitants. — Et pendant la mauvaise saison? — On se boxe. »
Oxford, août 1884.
••. Par une belle journée d'août, rien de **s charmant qu'Oxford! Elle est, il est vrai, ^Uve de ses étudiants, mais n'a pas l'air d'une *t^ morte. Tout ensoleillée et pleine de par- **tns, elle semble plutôt goûter le repos de la *^ste. Grâce à une brise légère qui tempère ^ chaleur, on ne se lasse pas d'errer dans ce dédale de merveilles ; à chaque pas, c'est quelle chose de nouveau : le ciel bleu à travers ^ne dentelle de pierre grise, une gargouille Vétusté s'allongeant à l'angle d'un édifice, une tour, un clocher ou la masse d'une coupole imprévue surgissant tout à coup comme d'une boîte à surprises ; puis des ruelles mystérieuies, de sombres recoins, des escaliers tortueux
et des cloîtres ouvrant leurs arceaux sculpté sur de grands jardins à l'aspect délicieuscmei frais.
Le chèvrefeuille grimpe aux façades et .
lierre sur les pignons. Aux rebords des vie les fenêtres gothiques, des paquets de fleu:
mêlent leurs tons éclatants : elles égaya aussi la froide monotonie des constructioi élevées par Christophe Wren, — le famei architecte de Saint-Paul, — et dissimulent 1 pilastres noircis dont les pierres s'effriten s'en vont par lambeaux, comme rongées p une maladie inconnue; et, dans les parcs, ell dessinent sur les tapis de gazon de charmant mosaïques.
Montez à la Radcliffe Library par un pet escalier casse-cou; vous serez bien récompens en atteignant le pourtour extérieur du dôme L'œil embrasse le vaste panorama de la cité dont les monuments se détachent sur une ligne pâle de bois et de collines : paysage tranquilli Sur lequel flotte comme un brouillard de nacn et dont les carillons mélancoliques qui chan tent les heures troublent seuls le silence. - Partout le calme et le repos! C'est le paradi
cour les vieux professeurs qui fouillent dans les cartons poudreux...
... Magdalen Collège s'agrandit. Mais l'architecte n'a pas cru pouvoir mieux faire que son habile devancier, et ses ouvriers sont en train de ciseler une figure qui, dans quelques années, ressemblera identiquement à sa voisine, à moins que celle-ci ne vienne à faire usage du Pear's soap. — Un portier débonnaire dort dans sa loge moyen âge. Au-dessus de lui se dresse la tour sur le sommet de laquelle se disaient, récemment encore, à l'aube du 1 er mai, des prières pour l'âme du roi Henri VIL Et v oici à côté la niche étroite, creusée dans le mur , qui sert à prononcer en grec le sermon de la Saint-Jean. Une jeune miss, tout de blanc vêtue, en prend un rapide croquis. Dans la chapelle, le soleil projette parles vitraux de grandes lueurs multicolores sur un monde de statues formant muraille au-dessus de l'autel, tandis qu'étincelle, entre les boiseries sombres, l'aigle-pupitre de bronze doré.
Et l'on va toujours, subissant le charme poétique de ces édifices solitaires, visitant les collèges les uns après les autres, passant du parc
à la chapelle et de la chapelle au hall. — H-*< hall, c'est le réfectoire, pièce immense avec c3e hautes fenêtres, des lambris de chêne et de solennels portraits où sont représentés les grands personnages qui étudièrent en ce lieu. C'est là que, chaque soir, le dîner réunit les collégiale students. Il y en a qui résident en ville; mais il me semble que, à leur place, je ne sacrifierais pas au plaisir de me dire un peu plus libre, celui d'habiter ces vieilles demeures, qui ont à la fois la majesté de l'antique et l'éclat de la jeunesse.
UUniversily calendar, que je trouve sur h table du Clarendon-Hotel, donne une foule de renseignements précieux: les dates des cérémonies encore en usage et des jours fériés où les docteurs mettent leurs belles robes rouges;
— la liste des grands dignitaires, en tête desquels figure lord Salisbury, comme chancelier;
— celle des membres de la Congrégation, corps délibérant qui gouverne l'université; enfin l'énumération des collèges avec une petite notice historique sur leur origine, l'indication des bénéfices ecclésiastiques qui en dépendent,
^ détail de leur organisation et la liste de leurs fellows. Il y en a vingt : tous, sauf le dernier, ^t été établis entre 1263 et 1624 (pour ne pas r *>monter jusqu'à la fondation un peu problématique faite en 872 par Alfred le Grand).
ï*armi les fondateurs figuraient des rois , des ^Vaques, des princes et aussi de simples particuliers : tous avaient en vue d'entretenir des écoliers pauvres avec les revenus des biens immobiliers qu'ils léguaient; mais ils réglementaient et le nombre des fellows et parfois leur origine, limitant les choix à ceux qui étaient nés dans tels comtés, étudiaient telle tranche delà science ou avaient passé par tel établissement. Il arriva que les biens augmentèrent de valeur et les collèges s'enrichirent. D'ailleurs, d'autres largesses venaient s'ajouter aux premières : de nouveaux bienfaiteurs créaient des bourses ou laissaient même des sommes importantes sans en indiquer la destination. Les fellows se partageaient les revenus nets du collège; les scholars touchaient une allocation fixe pendant un temps déterminé; les servitors recevaient une part d'instruction en échange de certains services domestiques
dont ils étaient chargés. La fortune des collèges augmentant toujours, on prit des pensioners : c'est dans cette catégorie que rentrent les étudiants actuels et leur nombre est illimité; ils payent, mais pas en proportion des avantages dont ils jouissent, car ils profitent de tout le luxe qui les environne.
Les collèges ont chacun un visitor, qui est un grand personnage ou bien le souverain • lui-même, et un chef réel qui s'appelle warden, rector ou mas ter : les fellows relisent ; ceuxci ne doivent pas être loin de 600 à Oxford, mais c'est à peine s'il y en a 200 prenant part directement à l'enseignement en qualité de professeurs (lecturers) ou de répétiteurs (tutors) : les autres y demeurent étrangers et travaillent pour leur propre compte. Ce sont des ecclésiastiques, des savants résidant dans le collège ou même des personnes vivant en dehors de l'université, qui jouissent de leur prébende pendant dix ans au plus et s'en servent pour se créer une situation ou se faire connaître. On conçoit de quelle estime sont entourés les fellowships. L'opinion publique ne tolérerait pas qu'un pareil avantage fût accordé à celui
qui n'en serait pas digne, aussi le concours est-il peu à peu substitué au choix ; cette réforme est due à la commission qui, il y a P e u d'années, a revisé les statuts des collèges, ma is avec une extrême circonspection et en res- P e ctant dans les limites du possible la volonté du fondateur.
Le vice-chancelier reçoit une indemnité
" e 15 000 francs, me dit-on; le master d'un
c °Uège, 30, 40, quelquefois 50 000 francs, mais
** est obligé à de grandes dépenses ; les fellows
0l *t ordinairement entre 5000 et 7000 francs ;
^Uelques-uns ont beaucoup plus et jusqu'à
8 000 francs; pour les scholars, cela varie
et Ure 500 et 2000 francs.
Faute d'étudiants à observer, il faut se con- * * e *Uer des types dépeints dans Tom Brown Q £ Oxford, quitte à revenir voir une autre fois s * la peinture est toujours exacte. Tom Brown, ' sorti de Rugby vers l'an 1842, vient ensuite faire ses trois années de stage à Oxford, dans un collège imaginaire où la paresse est dominante et où l'argent coule à flots : il a dix- ' huit ans; il est commoner, c'est-à-dire qu'il ne dîne pas à la table des noblemen (héritiers
d'un titre nobiliaire), lesquels sont privilégies <1hi maintes façons, mais qu il partage leur» plaisirs hippiques et autres ; le sport nautique] l'attire, et il devient un rameur de première] force. Il se lie d'étroite amitié avec un servitûTf caractère fier et ombrageux qui souffre d'i position subalterne et du dédain des riche Cependant, à travers les péripéties de sa vî c1 joyeuse, ses idées se forment et son bon sen s le guide vers un autre idéal. L'auteur fa^ toucher du doigt à son héros tous les abus d'alors et, sans doute, lui prête ses propre raisonnements; et la première année se te*" mine dans le tourbillon de cette semaine <ï fêtes qu'on nomme la Commémoration, pe:n dant laquelle on danse follement sous les viei* portiques. La seconde année sera plus sérieuse Tom se rapproche de ceux qui ne se conte t* tent pas comme lui du diplôme ordinaire e aspirent aux « honneurs ». Du sport toujours mais aussi des discussions politiques et sociale^ des penchants philanthropiques qui se dess* nent et le travail qui prend le dessus. Il e^ temps, car si les premiers examens so* 3 faciles, le dernier ne se passe pas si aiséme**'
; il n'est guère d'usage ici de se représenter idéfiniment avec l'espoir que la persévéra ce u candidat touchera les examinateurs.
Tous ceux qui ont passé à l'université au împs de Tom Brown s'accordent à vanter la délité du tableau; mais ce temps est déjà >in ; le vent de la réforme a-t-il soufflé par i? C'est ce que nous verrons.
Oxford, au revoir!
d'un titre nobiliaire), lesquels sont privilégiés du» maintes façons, mais qu'il partage leur; plaishs hippiques et autres; le sport nautique l'attire, et il devient un rameur de premier» force. Il se lie d'étroite amitié avec un servitor caractère fier et ombrageux qui souffre d'un position subalterne et du dédain des riches Cependant, à travers les péripéties de sa vî joyeuse, ses idées se forment et son bon ser le guide vers un autre idéal. L'auteur fa toucher du doigt à son héros tous les abid'alors et, sans doute, lui prête ses propr* raisonnements; et la première année se te mine dans le tourbillon de cette semaine « fêtes qu'on nomme la Commémoration, pei dant laquelle on danse follement sous les viev portiques. La seconde année sera plus sérieus Tom se rapproche de ceux qui ne se conteJ tent pas comme lui du diplôme ordinaire aspirent aux « honneurs ». Du sport toujours mais aussi des discussions politiques et sociale* des penchants philanthropiques qui se dessi nent et le travail qui prend le dessus. Il es temps, car si les premiers examens son faciles, le dernier ne se passe pas si aisément.
dans la ville, se sont réunis comme pour être mieux admirés, et ils ont formé une surprenante avant-garde dont l'apparition subite arrache aux arrivants une exclamation enthousiaste. C'est King's Collège, aux clochetons à jour, puis le palais sénatorial et les bâtiments du Caïus et Gonville, qui se montrent ainsi à un détour du chemin ; d'autres collèges suivent, ouvrant sur la rue leurs cours majestueuses, et, de Pautre côté, donnant sur les parcs au milieu desquels circule la rivière.
11 est quatre heures; des escouades de périssoires de bois verni glissent à sa surface; dans les prairies, une soixantaine de jeunes gens jouent au tennis. Cela, c'est la note gaie, la note moderne; des promeneurs passent dans les longues avenues ombragées; point de maisons de ce côté, rien que des arbres.
Le meilleur moyen d'apprécier ce qu'on appelle ici : The backs of the collèges {oh ! shocking), c'est encore de monter soi-même une de ces séduisantes petites périssoires aux coussins confortables et de suivre le fil de l'eau entre les rives gazonnées; on voit venir à soi, à travers les vieux arbres séculaires, la
Cambridge, mai-juin 1886.
Cambridge s'élève en pays plat sur les rives de la Cam : le chemin de fer rapproche i e loin, avec respect, comme pour ne pas l& déflorer, et aucun nuage de charbon n'en obs^ curcit l'atmosphère. La statistique lui recon^ naît une population aussi nombreuse que celle d'Oxford, mais le visiteur lui trouve une apparence plus resserrée, des rues plus étroites, un parfum plus patriarcal, là aima mater y règne sans conteste, et toute la vie se concentre autour d'elle; c'est une république littéraire gouvernée par un sénat dont la juridiction s'étend à un mille de distance dans la banlieue.
Ses monuments, au lieu d'être disséminés
la ville, se sont réunis comme pour être
ix admirés, et ils ont formé une sufpre-
ie avant-garde dont l'apparition subite
iche aux arrivants une exclamation enthou-
ste. C'est King's Collège, aux clochetons
jour, puis le palais sénatorial et les bâti-
3nts du Caïus et Gonville, qui se montrent
ûsi à un détour du chemin ; d'autres collèges
uvent, ouvrant sur la rue leurs cours majes-
'euses, et, de l'autre côté, donnant sur les
&rcs au milieu desquels circule la rivière.
Il est quatre heures; des escouades de
Périssoires de bois verni glissent à sa surface ;
iains les prairies, une soixantaine de jeunes
gens jouent au tennis. Cela, c'est la note gaie,
la note moderne; des promeneurs passent
dans les longues avenues ombragées; point
de maisons de ce côté, rien que des arbres.
Le meilleur moyen d'apprécier ce qu'on
appelle ici : The backs of the collèges {oh !
shocking), c'est encore de monter soi-même
une de ces séduisantes petites périssoires aux
coussins confortables et de suivre le fil de
l'eau entre les rives gazonnées; on voit venir
à soi, à travers les vieux arbres séculaires, la
monumentale façade de Saint-John; la rivière en baigne les murs et passe sous un « pont des soupirs » délicieusement sculpté et percé de fenêtres grillées. Puis on sort de la ville, et la Cam s'élargit en fuyant vers la droite : un barrage vous arrête; au delà, c'est la navigation sérieuse, c'est le domaine des ciyht-oars. Dans l'autre sens, le paysage est plus verdoyant; les ponts se succèdent couverts de lierre et de glycine ; de petits canaux transversaux se perdent sous le feuillage; à l'entrée de l'un d'eux, un canoteur aimable m'informe que je vais à un marécage près duquel on ne tourne pas sans difficulté.
« You are a stranger in Cambridge?
— Not only in Cambridge but in England.
— German, perhaps?
— Frenchman.
— Frenchman, oh l ! »
Et, levant son chapeau avec un demi-sourire de courtoisie, il me dit :
« Vive la république ! »
4. « Vous ête9 étranger à Cambridge? — Pas seulement à Cambridge, mais aussi en Angleterre. — Allemand, peutêtre? — Français. — Français, ah! »
Je réponds :
« God save the Queen ! »
Et nous nous séparons.
Les collèges sont rangés sur la rive de auche, les uns tout près de l'eau comme pour
chercher leur image, les autres cérémonieuement précédés de parterres à angles droits... out au bout, il y a un petit étang agité par s roues d'un moulin; c'est plaisir de danser *r les vagues! On erre à l'aventure, croisant 's barques galantes où les jeunes gens profilent toute une partie de sœurs et de coules, ou bien d'étranges bateaux à deux rames lantes qui décrivent les courbes les plus travagantes, et toute la flottille des périsires, tantôt filant joyeusement, tantôt paresîsement arrêtées le long des berges; des itaires y lisent et l'on ne voit émerger, tout bord, qu'un livre et un chapeau parfois 3mpés dans la fumée légère d'une cigae.
aujourd'hui a eu lieu la dernière lecture de aison : encore était-elle supplémentaire;
cours sont finis. C'était dans une petite e qu'égayaient les fraîches toilettes de cinq
ou six étudiantes, Cambridge possédant deux collèges de femmes. Le professeur Laurie, de l'université d'Edimbourg, a donné la lecture qui avait trait à l'éducation.
Vers le soir, les rues s'animent : c'est d'abord, à six heures et demie, le flot des étudiants qui rentrent s'habiller; la plupart reviennent du tennis en vrais costumes d'arlequin : pantalons de flanelle blanche, vestes d e même étoffe, rayée en couleurs éclatante^* chapeaux de paille à .rubans assortis ; ils marchent sans bruit i avec leurs souliers de caoutchouc, s'appellent, flânent, entrent dans les boutiques. D'autres, par escouades, débouchent dans une direction opposée : ce sont les oarsmen ', en assez piteux état, ceux-là tout en nage, avec des vêtements de travail, tachés d'eau ; ils n'ont de propre que la veste blanche galonnée aux couleurs du collège, avec l'écusson brodé sur la poche; tous les équipages sont là : il y a le croissant noir de Trinity Hall , le lion bleu d'Emmanuel Collège et les trois roses de King's*