FONCTION D£ LA FEMME DANS LA FAMILLE
- Vous voulez, Madame , savoir où j'arri* verai avec ces préliminaires de morale et de philosophie ! bientôt tout l'ensemble de mes idées va -se montrer. Mais laissez-moi encore examiner en quelques mots plus précis la fonction de la femme dans la famille.
Ce sera un passage tout naturel à ce qui se rapporte à l'éducation.
è2 LETTRES
C'est la femme qui crée et conserve l'esprit de famille , cet esprit d'ordre et d'iiariDonie , qui se répand de la famille dans l'État, et lie les hommes par des liens d'amour et de bienveillance.
Voyez ! à peine la faimille est-elle former que toutes les pensées de l'homme se modifient. La passion se calme. La prévoyance naît. L'avenir se montre. La paix commence.
C'est la femme qui change ainsi l'homme par sa seule fonction de femme ; fonction providentielle qui n'agit point toujours par des actes manifestes, mais qui se révèle par une action mystérieuse et suivie.
La femmemontre d'avance à l'homme des êtres nouveaux qui bienl6t vicliidront peupler k! foyers Aloii l'homme sent pour h première fois son àtitoi'hé rérltable* Jusque là il avait i>u avoir Aé «vagues ïdéeè sur 1 pawrmr hmnaiii aussi bien qti0 sur lai bèf ié. A liraient il couinience à pressent la f éalilë des thoses* Déjà il eoitiprend commandement, tel tfM HiM l'a faitj^ «I
SUR l'éMClilTION. tS
s(ytiink^fi^ telle qtl'ètlèd^h étfdfnârar 400 la famille soit conservée.
Et de là il àrtivë cfaè M IkffâBie ^ui «Tait itiécenttia fous les liens sociaux se re* tourne de Im^mèfiieTÊrs des idées inoraleé> Peat-ètre il se crdit ehèore assea puissant de raisdn fïoiir se passer de certaines croyances qu'il a long -^ tem]f>s iiiéprisëesA Mais il y à au foÀd de son âihe une voix, qui l'avertit dé lés fkire i'ontrer dans là famille^ pour y établir par elles soiii autoritéi N'àvèz^voui pas Vu beaucoup d'exém(>lèf de cette soi-(e? Le monde en est plein; et ce n'est pas l'inconstance humaine qui fail eèa changements ; et l'amour de la domina* tion ne les fait pasdavantage. Ce qui led fait^ c*èst une àctiod sécrète de Dieu c^tii veut qiie la société humaine ne périsse point.
Yoici dofac ^ué |)ar son union avec la femn^e, l'homme entre dans les coinditions mystérieuse^ de l'ordre hiimaint
G'^sl de tette vie nouvelle avec uil êtte qui ddiln6 la fie que l'homme y^<h% ces
inspirations inconnues qui constituent l'esprit de famille.
En cela le célibat, considéré sous le rapport purement humain^ semble être un éloignement des lois de Dieu. Il ne s'en rap« proche que lorsqu'il est un moyen de per« fection sous un rappoit plus haut encore que celui de l'humanité.
' Aussi il n'y a que le Christianisme qui ait pu diviniser le célibat. Mais si le célibat n'est pas la sainteté de la vie, il est une violation des lois naturelles de la société.
. Et peut-être c'est ainsi qu'il faut nous expliquer les premières paroles que quelques-uns ont laissé échapper contre le célibat chrétien. C'était apparemment une méprise. Ils voulaient flétrir le célibat, et ils s'attaquaient par une triste erreur à la virginité, qui est la pureté du Ciel communiquée à la terre.
Je ne veux point approfondir cette |>ensée. Il faudrait dérouler tout le Christianisme. Mais reconnaissant l'admirable mis-
SUR h*àNfÇkTU}s. 26
sion de la femme daa» jk malle, je ne dois pas en ^faire une exdiMiôn contre une autre nature de devoirs et d'affections. La femme a sa mission comme l'bomme a sa mission. Et chacune laisse uii libre exercice à des vertus plus saintes, et à des sacrifices plus exaltés, à rhufnànité de la sœur-»
grise , comme à l'abnégation dû prêtre catholique. Et celui qui ne comprend pas cette perfection, n'est pas digne d'être ap-. pelé philosophe. ->
Toujours est-il que dans l'ordre de la famille, la femme a son office de bienveil-.
lance et d'amour, de soumission et d'unité.
C'est à la femme que sont dues ces douces .
vertus de famille qui suppléent toutes les autres, l'ordre intérieur, la paix du foyer, les mœurs pures et hospitalières, la prévoyance du lendemain, l'habitude heureuse d'une vie réglée, le respect du père, enfin, ce grand principe de conservation et d'avenir.
J'exagère peut-être ! ah ! plutôt je parais exagérer, parce que de ces vertus in-
26 LETTUËS
térieures et de ces niœuFS paisibles reste guère de trace dans Les temps co les nôtr«6 où. la feoiuie est sortie c mission, ^ où ies lois même ont cou la ruine de la famille.
Mais Fi^Lemple du la décadencu dian^ rie» aux lois âi^, La perfectic parle de la fesume ielle qu'elle doit MaUieur 4 nous toiiis , si ce que î seinble inapplicable à la feiame qu'elle est!
Et inaiotenant vous allez voii* com j'arrive au yrai su)at de nos recbercliA
Car si la feeime a cet empire da foyer, et si sa mission est si (];i*aud4 pure, jcoinment n'auiaK-^Ue pas naiu meiat u&e lacge paît dans rëducatji l'enfant ?
Laissez Veotanty m'antion dit en que éccîAs que ie Ipue de ^eui* b^n vouloir ses r^nCaot. dans la CamiMe. Lajisse£-ji€ etA abri que Dieu mêmelaî a (ak. l^ pureté de ia vie ; là i'iDiip<;Qoce ;
SUR L'4^]^CiTION. Î7
bonnes et saintes pensées ; là Te bonheur.
Il est vrai ! et comment le nierai-je? c'est donc que l'on reconnaît aussi la fonction de la femme dans la famille. Mais voyons comment elle doit s'exercer, en ce qui regarde l'éducation. Car pour woi je veux que l'esprit de faiiq^lle aninie l'éducation de l'enfant ; c'est pourquoi je veux que la mère y intervienne avec sa douce autorité. Mais pn^nons gar4e 4^ mm IfUss^ ali^ ^ 4^s rêves, lorsque nous faisons effort pour toucher des réalités.
fc-fv
MINISTERE DE LA FEMME DANS L EDUCATTOr
Nous voici donc entrés uaturelleim dans notre sujet.
De cette mission providentielle de femme dans la société et dans la famill chacun conclura sans peine lapait immei qui lui a été faite dans l'éducation de V^ fant.
srii l'kducatiox. 20
BFais, dès ce nioinent, vous allez me demander comment elle remplira son office.
Ne le pourra-t-elle qu'en retenant son enfant auprès d'elle, et présidant à tous les enseignements qui vont lui être prodigués?
C'est Totre expérience qui va me répondre. ^
Yous avez, dès son premier âge, pris votre enfant dans vos bras, et vous l'avez initié à tous les préliminaires delà vie. Certes^ il n'y avait que vous qui pussiez entier ainsi dans ces détails infinis , dans ces soins minutieux de l'âme et du corps , dans cette surveillance délicate de tous les besoins, de tous les plaisirs, de tous les désirs , de tous les mouvemens enûn d'une intelligence qui s'ouvre aux premiers rayons du jour. Pourquoi vous dirais- je ce que vous avez fait avec une tendresse si vive et une sollicitude si ingénieuse ? S'il le fallait, j'aimerais bien mieux reproduire ici les touchantes pages de Fénélon, qui vous ont d'abord si déli^ cieusement inspirée , et que vous avez en*
SUR l'Éducation. 31
me se montre méchant et corrompu, t'atale aiialogie , que je iie fais qù'indiqUër ki ^ eéhihie un âdiitetiit deë tidllés iiiisèrès ê» àbtrë dàturé.
Mais ehfiii n'cist-il paè ifëi ^'à të fn^ ment voUd vôùâ ét«é trOtitéë àrrétëê dftdë tôti* œuYfè de mère ? Vott^ étl^ut tthis a éeitiblé avoir acquis $ dada isl fâibksse, )t ne sais ^el degtë nouveau de viriliié, jdiois fore peut-être qiie votre bon vonliMr de eemmandement et de rëptessâon^
Gomment en auriez-vous été surprise ?
ïXiaque observateur de l'enfance^ dand iâus les temps, a pu marquei' cet âge où elle échappé à Tautoritë de la femme ^ pour passer sous une autorité plus ferihe ou plus mdie.
La même loi subsiste toujourt) et il sefan ble donc que l'espèce d['étonnement et d'anxiété qui vous a saisie, en voyant tbUt* à-coup paraître des difficultés iinprévués j vous eut été d'avance indiquée par l'expé-^ rience commune des bmnmes.
Qu'est-ce à dire ? A ce momeat de ciise, allez-vous laisser fuir de vos douces mains cet enfant qui semble aspirer après un commandement plus sévère, et n'aurez-vous désormais pour lui que des vœux s?ns action, ou des larmes sans puissance ?
Chose singulière ! Ou bien mon esprit est le jouet d'une illusion, ou bien vous allez au contraire saisir une autorité d'une natuie toute nouvelle , et votre empire va devenir d'autant plus puissant , que vous allez paraître n'avoir plus d'empire.
Mais aussi que de tact et de finesse, ou plutôt que d'intelligence et d'amour i vous faudra déployer dans cet exercice tou nouveau de votre droit de mère !
Songez que le commandement vc échappe , et cependant vous avez à gard toute votre action.
- Ah ! c'est pour cela même qu'elle s puissante. Car cet enfant, qui se croit c trop fort pour fléchir sous une mair femme; se sent aussi trop faible
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n'avoir pas besoin d'clrc protégé par elle.
A peine s'aperçoit-il qu'il va passer sous une autorité d'homme que son regard se tourne vers vous avec une expression inconnue. Pauvre petit esCpint qui déjà voulait s'exercer à l'indépendance ! Le voilà qui se sent saisi par un pouvoir plus maître et plus inflexible ; c'est tout l'emblèihe de sa vie qui se passera de la sorte entre le besoin de la Hberté et la nécessité de la soumission.
C'est donc sa mère, tout à l'heure trop faible pour lui, qu'il regarde à présent comme sa force.
Et vous, que ferez-vous? serez-vous tentée de reprendre votre premier empire. Ce serait en vain. Il faut laisser aller votre enfant dans sa destinée d'homme,dans cette destinée de combat et de douleur ; mais il faut l'y suivre pour l'affermir et rexciter,et c'est ici que commence pour vous-même iine carrière d'épreuve et de courage.
Et d'abord cette idée du collège , qu'à
peine j'osais laisser entrevoir, vient se montrer tout-à-coup j c'est-à-dire, une idée de séparation , idée triste pdur un cœur de mère.
Poilrîiùoi le collège? l'etifàht ri'e^-îl pas bieti au|)rèis du foyer, soiis les yeiix les plus tfendi'eS et les plus protecteurs ? et s*il liii faut étifin d'autres mâîtrèis pour le fb^méi-, iiè peilvèhl-lls pas Venir s'éthàufifer éùx-mêinëfe â ce cehtre d'amour? L'ediicâtion la plus naturelle, n'est ce-pas l'éducation de la faUiiUé? 6ù Sont les Ifeçoils plus Utiles et les éxehiplés plus vénérés, et léé paroles plus consolantes, et lès l-écblupënsfeé îtiuS doucëg?
Voilà ce qui vous a été dit comme â moi, et comme moi vous avez pressé votre cceur à deux main^, et vous avez répondu :
C'est pourtant le collège qui sera l'asyle de mon isls.
Toutefois, sachons nous rendre compté d^ nos préférences , et n'opposons pas une
. SUR l'éducatioi?. 99
Tolonté aveugle à des pen^eà mêlées d^n peu de chimère.
J'ai dit déjà ma pensée en deux mots suf l'éducation public|ue et l'éducation priyée } et je n'ai point sacrifié^ tant s'en faut ^ l'édur cation privée (1).
Mais fut-elle supérieure dans la théorie | il faut encore reconnaître que dans la pratique elle n'est qu'une exception. Elle ne convient qu'à peu ue tâmilles , elle ne convient qu'à peu d^entants , elle ne convient qu^à peu de maîtres.
Voyez l'étrange anxiété! si le père veui; être l'instituteur de son fils, il laut qu'i . renonce au soin de ses aàaires ; ou bien s'i veut garder sfes habitudes , YihHituiwn de renfànt sera ilégligéë.
L'éducatioil exige tbutfe l'afeéldùité d^tili homme. Qui est-ce qtii le Sêm itiieiik qli'ùil père? chose sîhgûlièrë! et c'est M ^ éè détourneleplusaiséiiiëhtSéc'éiieisolliéittidé.
( I ) Lettres à ui^ père.
Le pè'-e a d'ailleurs peu de cette pat lente et courageuse qui sait attendre.
trop prompt dans ses vœux. Il veu chaque enseignement ait son succc désespoir entre facilement dans son & et sa précipitation même est un décou ment pour son disciple.
Peu de gens réfléchissent sur cette titude morale du père ; mais véritable elle semble naturelle. De là vient qvi maîtres fort habiles à former les enfan autres n'essaient pas même déformer propres enfants. On dirait qu'il fau mains étrangères à de telles œuvres.
Et ces mains étrangères , où sontn quel est l'homme heureusement priv qui va se mettre dans la famille à la du père, embrasser son âme entier réaUser mieux que lui-même son vo perfection pour son ûls?
Cet homme, je l'ai souvent cherché je Tavais trouvé , je l'aurais salué comr
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jdecesenvoyés qui venaient autrefois porter les parfums du ciel aux familles saintes.
J'ai trouvé pourtant d'heureuses qualités d'instituteur, et même cet esprit rare d'abnégation et de sacrifice qui fait supporter toutes les misères d'une vie incomplète et tourmentée , mélange d'autorité et de sou^ mission , où rien n'est vrai pour personne , ni pour le père qui peut commander , ni pour le maître qui veut diriger, ni pour le disciple qui' doit obéir ^ ni pour la mère enfin qui ne sait plus que faire de son au« torité douteuse et contestée.
Mais encore ces dons les plus admirables de l'instituteur cèdent à la triste condition de son office , qui est une condition de monotonie effrayante pour lui-même comme pour l'enfant.
" Où en suis-je donc , moi qui veux que l'éducation soit exempte de tristesse, moi qui demande que l'enfant s'élève en quelque sorte parmi les fleurs, et qui pensait arriver à ces douces joies par la variété des études^
par les plaisirs de l'émulation , par h vite comme par les jeux , par les se comme par les arts?
Ne comprenez-Yous pas à ce peu d( que rëducatlôn du foyer ou bien doi ^lâche et désordonnée, ou bien doit s6 g^r en niortd supplice ?
Gardez-vous des chimères que Ta fait naître. Il n'est point de sujet de n:
QÙ l'illusion soit plus facile. Car le d'une mère coiirt au devant de l'errei il lui serait si doux de s'essayer à ré de flatteuses pensées.
Revenons à la pratique des cbos se pourrait laire que votre enfant , gi une nature heureuse y et sans doute a la simplicité réglée des habitudes qui piissent votre vie , profitât mieux d'autres de cette éducation intérieu solitaire qui parfois a produit des g(
Mais n'établissons pas notre con sur une exception.
Ce que tous devez voir , malgré cett
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doucement conduite , c'est que déjà l'enfant vous échappe.
Et ftep.ettd»»t il f,au$ q^'i\ yçm r^sU ] puj , il wov» vpst«rft$ Qi4i$ PPIMT e^ «TPye^ j tWr dre mèr^, qu'il lui fajit ^ije^* ^i^c^er 4 §tt source l'éducation forte et chrétienne , cette éducation qui nourrit et féconde tous les sentimens de la famille, et les rend plus vifs et plus tendres, non seulement par la méditation des devoirs, mais par la sépa^ration elle-même.
Que si vous deviez abandonner votre enfant à d'autres mains, sans retenir quelque bonne part de ce doux empire qu'il chérira bien plus encore , lorsqu'il aura passé sous une loi différente, je le plaindrais et je vous plaindrais.
. Qui est-ce donc qui voudrait ainsi détruire la plus sainte des autorités?
Dieu vous a fait une grande mission , celle de conserver l'esprit de famille , qui est un esprit de vertu, de probité, de bon ordre et de bienveillance. Vous remplirez
cette mission tout entière , et je veux que . votre grnie de mère préside à toute la suite 'de l'éducation, dont la conduite va être confiée à des mains qui seront dignes, sans doute, de votre choix.
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