‹ L'éducation et l'enseignement en matière d'instruction secondaireChapitre 12 sur 30 · SOUVENIR DE LA FAMILLE AU COLLE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE LA FAMILLE AU COLLE

Oh I que souvent on se trompe causes qui rendent inutile ou funest jour du collège!

La famille accuse les maîtres ; c

vrait plutôt s'accuser.

. Ia &iiiillé dit à Tenfant long-t

^«fMwe toutes les choses qui doiv

lime eprisftger le collège corim

SFR L'ÉbtJGATION. H

odieuse prison. Puis ellç le jfette dans cette prison. Misérable petit abandonné, qui va voir des ennemis dans tous ceux qui l'entoureront, et qui pour premier gage d'hospitalité commencera par les maudire.

Beau début des études ! touchant aiigure d'éducation !

Mais si Vous dites à votre enfant que là collège que vous lui avez choisi, c'est une autre famille , une famille plus grande, plus imposante, mais enfin une famille, où il y a de l'affection, où il y a des liens d*amotii* et de bonté, où il y a des encouragcmens pour le bien comme il y a des répressions pour le mal , l'enfant sera excité à aller Se mêler à ces nouveaux frères. Il les aimera, et il aspirera à paraître parmi eux avec tous les signes de l'aménité et toutes les effusions de l'espéràUcè.

Vous qui chérisse* votre enfant, vous devrez le disposer à cette espèce de fraternité bienveillante. You^ lui assurerez ses pve^ miers jours de bonheur.

52 LETnES

Puiii vous ne lui Uisseicx pis craiic que liant cet osyle d'études, sa première famille ne sera plus là pour Teiller sur sa TÎe. An con traire vous la lui rendrez présente par de fréquentes communications. Je ne vous dis pasiteudre mcre,que vous irez souTent le surjircndre dans ses travaux, et lui porter vos caruwieH et vos larmes pour tout encouragemont. Non! d'autres moyens vous restent, et d'ahord celui d'une correspondance de letirei tr^n aHHÎduc ; mais des lettres fortes et chiélieniit'H, des lettres de bon conseil, \lei lettres pleines de courage et de prévu y ante, où déjà vous l'accoutumerez à porter «onrofiard sur son avenir.

Jo veux (|ue tout concoure à garder intact ce doux lien de Tumille que rien ne devra jamais rompre.

On ima(>ine d'ordinaire que le collège dispose l'enfant à l'oubli du foyer domestique.

Étrange erreur ! l'enfant, au collège, senourit de la pensée de ses parens. L'absence lui fait aimer plus encore sa mère. L'autorité

mÊÊÊÊ

SUR L'ÉmîCATION. 53

paternelle loi est plus dqace. L'affection s'éveille en son jeune cceur avec des émotions plus vives et plus profondes, précisément parce qu'elle ne ressemble plus à une habitude. Les caresses sont absentes^ et pour cela même elles sont mieux senties. £li !

dites-moi ! jamais l'enfant prodigua-t-il ses embrassemens et ses baisers à sa mère ou à son père , comme il le fait lorsqu'il les retrouve après de longues séparations ?

Est-ce que d'ailleurs le sentiment filial ne se fortifie pas par le développement do l'éducation ? De nos jours on a fait de la nature quelque chose de romanesque et d'imaginaire ; et l'on a pensé que d'elle* même elle établissait les liens d'amour, iu<* dépendamment de toute idée des devoirs.

Gardez-vous de ces chimères. Il y a des affections naturelles sans nul doute , et il semble que d'elles-mêmes elles se révèlent au cœur de l'homme. Mais pourtant elles ont besoin d'être affermies et souvent d'éti^e excitées par d'autres moyens, ou bien elles

52 LÊTTBES

Puis VOUS ne lui laisserez pas croire <pte dans cet asyle d'études, sa première famille ne sera plus là pour veiller sur sa vie. Au contraire vous la lui rendrez présente par de fréquentes communications. Je ne vous dis pas, tendre mère, que vous irez souvent le surprendre dans ses travaux, et lui porter vos caresses et vos larmes pour tout encourage*ment. NonI d'autres moyens vous restent, et d'abord celui d'une correspondance de lettres très assidue ; mais des lettres fortes et chrétiennes, des lettres de bon conseil, des lettres pleines de courage et de preiroyance, où déjà vous l'accoutumerez à porter son regard sur son avenir.

Je veux que tout concoure à garder intact ce doux lieu de famille que rien ne devra jamais rompre.

On imagine d'ordinaire que le collège dispose l'eufatit à l'oubli du foyer domestique. Etrange erreur ! l'enfant, au collège, senourit de la pensée de ses parens. L'absence lui faJt aimer plus eucoit saixv^x^.\I«»xs»^

paternelle lui est plus dguce. L'affection s'éveille en son jeune cœur avec des émotions plus vives et plus profondes, précisément parce qu'elle ne ressemble plus à une habitude. Les caresses sont absentes, et pour cela même elles «ont mieux senties. £h I dites-moi ! jamais l'enfant prodigua-t-il ses embrassemens et ses baisers à sa mère ou à son père , comme il le fait lorsqu'il les retrouve après de longues séparations 7 Est-ce que d'ailleurs le sentiment filial ne se fortifie pas par le développement de l'éducation ? De nos jours on a fait de la nature quelque chose de romanesque et d'imaginaire ; et l'on a pensé que d'ellemême elle établissait les liens d'amour, indépendamment de toute idée des devoirs.

Gardez-vous de ces chimères. Il y a des affections naturelles sans nul doute , et il semble que d'elles-mêmes elles se révèlent au cœur de l'homme. Mais pourtant elles ont besoin d'être affermies et souvent d'être excitées par d'autres iwo^^ns^ o\x\svK«k.^«^

54 LEtTàXS

s'altèrent et dispai-aÎMent. Cest l'Education qui leur donne toute leuf énergie, en les sanctionnant par une loi morale qui les transforme en vertus ; de sorte que plus Tëducation est perfectionnée, plus ses affections ont de racine dans son âme.

Pour moi, j'oserais soupçonner que les habitudes Un peu molles de la famille nuisent à la durée des affections, bien plus que les habitudes austères du collège.

Nous n'avons pas appris que dans les siècles précédens où le collège absorbait une si grande part de la vie de l'homme , les mœurs domestiques fussent plus relâchées, ni que la piété filiale fût moins tendre, ni que l'amour maternel fût moins passionné.

Il y avait dans les affections moinâ d'imagination peut-étfe, mais il y avait plus de réalité.

La gravité même qu'on apportait alom dans les affections léê rendait plus saintes et plus profondei. Lisez, je tous en supplie»

SUR L'éOtfCÎAflON. 55

lés letl i^s de Racitie à âoh fils. Vo^ez combien cette âme paternelle est belle ettehdrel Et puis lisez les mémoires de Racine le fils, et ses lettres à son pèi^e,- et son culte pour sa gloire, voyez combien cette âme filiale est reconnaissante et vertueuse l

Tous trouverez la même empreinte dans lès lettres de d'Aguesseau. L'Éducation des temps passés avait tme àtistérité qui rendait Tamour plus intime. Croyez que l'âme est devenue moins tendre en s'amollissant.

C'est un effet dont la raison n'est pas bien comprise des esprits vulgaires, mais quis'-ex" plique très bien aux intelligences religieuses ; car seules elles savent donner de la dignité à l'amour ; la familiarité des affections leur est suspecte, et si le respect ^est absent, quelle fidélité attendre !

N'ayez donc point de crainte de voir le cœur de votre enfant s'attiédir dans les habitudes graves d'une éducation chrétienne. Es* pérez au contraire^etcomptez qu'elles lui donneront plus de respect et plus de tendresse.

D'ailleurs vous allez avoir un moyen assuré d'entretenir dans son âme ce be^in d'expansion filiale, qui répond si doucement à votre amour. Voici que votre enfant va de bonne heure s'accoutumer à vous confier ses pensées. Il vous écrira souvent. Il vous fera la confidence de ses plus secrètes émotions, de la joie de ses succès, de la douleur de ses disgrâces. Il vous dira ses vœux, ses peines , ses petites prévoyances, ses petits ' chagrins, ses plaintes même. Car il aura des plaintes à déposer dans votre cœur ; qui en doute? Elles ne seront pas toujours justes ; mais vous les écouterez comme une mère pleine de raison, et vous en ferez un sujet de conseil pour votre enfant, quelquefois peut-être d'avertissement pour ses maîtres, mais toujours avec une réserve prudente, qui ne décourage personne.

Que ces douces commimications de^l'enfant avec sa famille auraient d'utilité et de consolation ! Par malheur elles sont rares ; et comment s'en étonner? Le plus souvent

l'enfant est jeté au collège comme un orphelin déshérité , pour y être fo^mé à tout hasard par des soins de mercenaire. Ne connaissez-vous pas des familles ainsi faites, des parens ainsi distraits par les habitudes du monde, honnêtes gens, sans nul doute, mais qui ne comprenirent pas que Dieu ait attaché des devoirs à la condition de la paternité? Il leur faut une éducation qui aille d'elle-même, une éducation sans sollicitude et sans prévoyance, qui les laisse tout entiers à leurs joies, àleurs délices, àleur tranquille mollesse. Il y a des maîtres tout exprès chargés du soin de leurs enfans ; et pour eux ils n'en ont plus de souci. Et puis ils vous disent avec une âpreté de philosophes que le collège détruit la famille , amortit l'amour filial, rompt le lien de la nature! plaisante sévérité pour autrui, avec tant d'indulgence pour soi-même !

Ce n'est pas vous, tendre mère, q\ii livrerez ainsi votre enfant à tous les hasards de l'éducation. Tous ne le quitterez pas.

au contraire vous veillerez à ses côtés. Vous serez son doux ange. Dans ses travaux il vous appellera. Dans ses chagrins il vous invoquera. Dans ses joies il vous embrassera. Et je ne saurais vous dire d'avance tout ce que vous ferez par ces tendres communications non-seutement pour le présent, mais aussi pour l'avenir. Vous le guiderez , vous le consolerez, vous le fortifierez. Vous le fortifierez surtout ! II y a une puissance mystérieuse dans les conseils de force qui partent de la parole d'une femme. Je ne vous demande pas une force stoïcienne , qui ressemble à de l'insensibilité , à une dureté farouche et méprisante , à Dieu ne plaise ! mais une force calme et vertueuse, a,rtc de l'aménité dans l'âme, et de la dignité dans toute la vie.

Voilà ce que vous ferez par vos habituelles communications avec votre enfant au collège. Vous resterez sa mère , et il restera votre fils ; et Ainsi se perpétuera l'esprit de Iti famille, a(lei<mi d'ailleurs

SUR jJtmvtktïoff, 99

par Tinspiration chrétienne ; laquelle sera plus féconde parce que l'âme de votre enfant sera disposée à la recevoir avec plus d'amour, par le souvenir toujours présent de ceux que Dieu lui a ordonné d'honorer, et qui s'honorent eux-mêmes par le soin qu'ils prennent de sa faiblesse.

Page 1