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nités, il a voulu encore qu'elle pût être connue à des signes extérieurs et manifestes ; et ces signes, ce sont certaines aptitudes de rinteliigence , certaines facultés sensibles et presque saisissables qui se révèlent dès les premiers ans, et qu'il s^agit de suivre ensuite et de fortifier pour en faire quelque chose de puissant et de distinctif. Le' génie n'est autre chose <]ue le dernier développement d'une natura intellectuelle, bien comprise à son début.
S'il y avait eu erreur dans la première im»
pulsion donnée à cette vie d'homme, toute la suite en eût été bouleversée ; et qui osera dire que la plupart des grandes mons-* triiosités de notre époque , ces grands crimes, ces suicides, ces énormités de tout genre , ne sont pas l'effet direct et inévitable d'une erreur de cette sorte? On pousse l'homme à des destinées qui sont contraires à la nature de ses talens, on le met donc comme en combat avec lui-même. On lui crée une vie factice, où rien ne doit être
vrai. De là une contrainte déplorable e une Tiolence fatale. De là des ennuis cruels, et des désespoirs sombres et terribles. Il eût ^té si facile de le laisser aller à la pente nati:trelie de ses goûts ! S vie en eût été si douce et si bien remplie ! Mais on s'est mépris !
La vanité a fait le choix de sa carrière. On a pris pour une inspiration ce qui n'était qu'un caprice, et pour un talent ce qui n'était qu'un souhait. Ainsi il s'est aventuré en des efforts qui bientôt ont trahi ses vœux. Il n'y a pas d'autre explication aux affreux dénouemens qui se rencontrent aujourd'hui si souvent dans les choix de vocation. L'homme n'est malheureux 'que parce qu'il ne se connaît pas. S'il se connaissait, il se ferait sa place dans la vie ; et il la tiendrait jusqu'au bout avec dignité et avec profit, sans se laisser aller à la poursuite de chimères trompeuses et d'espérances fujjitives. Cette maxime de l'Ëcole grecque : Connais - toi toi-même , est donc d'une fécondité admirable d'application.
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Ou croirait qu'elle n'est rien qu'une sen* tence de moraliste. Mais elle est aussi une règle de pratique et d'utilité : à qui se con* naît, la vie s'ouvre doucement et s'écoule de même.
Mais votre enfant se connaltra-t-il ? Se connaître, c'est le plus grand effort de la science humaine ; comment attendre cet effort de l'âge le plus faible, le plus inexpérimenté, et le plus avide d'illusion et de tromperie ?
Non , votre enfant ne se connaîtra pas ; mais il se fera aisément connaître ; car sa nature s'épanchera tout entière et c'est à vous mieux qu'à tout autre qu'il appartiendra (le saisir le secret de ses pensées, de ses espérances , de ses goûts, et aitssi de sed facultés et de son intelligence.
Telle doit être votre préoccupation. Gàrdez-vous de remplacer les chimères do votre enfant par vos propres chimères. Ne le précipitez pas en une vocation qni serait une préféi^nce ou un caprice de votre esprit
plutôt qu'un choix motivé par la nature du sien. Si vous avez studieusement médité la marche de ses idées et la révélation de son talent, il vous sera facile de connaître sa carrière à venir, et de la lui faire aimer d'avance. C'est là un travail de conscience et d'amour pour une mère. Que lui servirait de se méprendre? Vous rêveriez pour votre enfant un avenir de gloire, de fortune ou d'amhition ; que feraient ces rêveries si vous le jetiez en dehors de toutes Ie« réaUtés que Dieu vous a visiblement indiquées, et qu'il ne lient qu'à vous de bien saisir ? Ne sortez point de ces réalités.
N'imagii^ez rien de faux et de trompeur.
Acceptez les dons que Dieu a faits à votre enfant ; acceptez-les tels qu'ils sont ; et acceptez-les sans vanité comme sans murmure. Il y a du bonheur dans la vie pour toutes les positions ; il y a de l'honneur pour toutes les vertus ; il a y de la gloire pour tous les mérites. Il faut à cela une seule condition , c'est que chacun ait sa
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place. C'est une loi d'harmonie qu'il faut respecter, sous peine de se noyerdans les chimères. Ainsi, tendre mère, en vous conr fiant la mission d'étudier et de suivre la nature intellectuelle de votre enfant, Dieu vous confie le soin de son avenir. Vous exercez un droit providentiel. Exercez-le librement. Il touche, ai-je dil, à ce qu'il y a de plus délicat dans une conscience maternelle. Prémunissez votre enfant contre des goûts qui seraient sans rapport avec ses facultés. Faites de concert avec lui son choix d'avenir. Faites qu'il réfléchisse sur son intelligence, plus ou moins active, plus ou moins prompte. Soyez-lui une raison supérieure. Qu'il entende votre voix comme une voix d'en haut. Qu'il l'entende comme une excitation ou comme une consolation, selon que ses dispositions sont plus ou moins heureuses, et que ses succès d'études répondent plus ou moins à ses vœux et aux vôtres. -Pauvre enfant! il se trompe sans doute sur le bonheur et sur la gloire. Mais
qu'il sache de vous que toute intelligei suffit à Tordre de Dieu et à la destinée l'homme, pourvu qu'elle soit réglée et se mise ; et que pour tenir sa place dans la v ce n'est pas du talent qu'il lui faut, c'est la vertu.
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