‹ L'éducation et l'enseignement en matière d'instruction secondaireChapitre 15 sur 30 · DE L AMITIE · texte numérisé non relu

DE L AMITIE

Puisque vous avez l'œil tendreiueat ouvert sur les premiers penchans de votre enfant, vous veruez sûrement son âme s'épanouir de bonne heure au sentiment de l'amitié. (Test le premier qui se révèle dans un cœur bien fait.

Mais ne pensez-vous pas que même ea ce sentiment si naturel et $4 doux il aura

besoin d'être quelquefois retenu ou guidé par une voix d'autorité et de conûance ?

L'amitié est la première illusion de l'honmie, comme elle est son premier bonheur. Il faut donc que dès son jeune âge il connaisse les conditions de l'amitié.

Ces conditions , vous les savez, tendre mère ! et votre parole mieux que la mienne en dirait tout le charme et tout le secret.

Mais je veux vous remettre sous les yeux quelques pensées du plus délicat des philosophes, elles vous seront comme un reflet des vôtres. JeparledeCicéron, nom mortellement classique à quelques-uns, mais que vous entendez sans effroi.

Voici comme le grand homme parle de l'amitié:

« Préférez l'amitié à tout le reste , c'est mon conseil. Car l'amitié est ce qull y a de plus conforme à la nature, et qui s'adapte le mieux à la bonne comme à la mauvaise fortune. Mais j'ajoute qu'elle n'est possible çu 'entre des âmes vertueuses.^... Ceux qui

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mettent dans la vertu le bien suprême, ont raison sans doute ; mais la vertu même, c'est ce qui fait et règle l'amitié ; et l'amitié

n'est qu'à ce prix Il est des gens qui

TOUS disent que les amitiés doivent être formées comme un moyen de force et de secours dans la vie, et non point comme un lien de bienveillance et d'affection j de telle sorte que le plus faible d'entre les mortels serait celui qui devrait aspirer le plus après l'amitié ; et ainsi , disefit-ils, les femmes rechercheraient ce secours plus vivement que les hommes, les pauvres plus vivement que les riches, les infortunés plus vivement que ceux qui passent pour être heureux. O la belle sagesse ! Ils semblent ôter le soleil du monde, ceux qui ôtent l'amitié de la vie ; l'amitié, le meilleur, le plus doux bienfait desDiefiix immortels. Quelle est après tout cette sécmité que l'on ambitionne? Elle est flatteuse en apparence, et le plus souvent impossible en réalité. Il n'est pas en effet dans

la convenance de ne Vattacher à une chose

honnête ou de ne la repousser, que par k désir d'échapper aux soucis. Et si nouî fuyons les soucis, il nous faut fuir la vertu la vertu qui certes ne se met pas sans quelque sollicitude en conflit de haine ou de méprii avecles choses qui lui sont contraires; comnu la-bonté avec la mahce, la tempérance av€< la dëbauche, le courage avec la lâcheté i. .... M 'écoutez pas ceux qui voudraient rejadri la vertu dure et comme de fer. La verti; au contraire est le plus souvent tendre ei flexible, et elle l'est principalement dans l'a' mitié ; de telle sorte que les amis s'épandient dans le bopheur, et s'attachem par l'adversité. Aussi cette paiticipatiox qui est due aux solhcitudes d'un ami, n'es] pas plus de njature à ôter l'amitié dq h vie, que les chagrins et les angoisses qui aç compagnent la vertu ne sont de pttUTQ à

l'arracher du cœur

» La plupart, par une prétentioa per verse, et je dirai impudente, veulent quf leur ami soit tel qu'ils ne samaient êt|r<

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eux-mêmes ; ee qu'ils ne font pas pour autrui, ils l'exigent pour eux. L'égalité dans l'amitié, c'est d'abord d'être homme de bien, et puis de se ehercher un semblable* Ainsi s'établit et s'a&rmit l'amitié ; ainsi les hommes unis d'affeaions cômmaïkde* ront aux passions qui maîtrisent te rclst« des humains» Ils aimeront l'équité et la justice, et tout leur sera commun ; <et mil n'attendra de l'autre rien qui ne s oit hou* néte et vertueux ; et entr'eux se formera non seulement un culte mutuel d'àffiection j mais une sorte de respect; car ôter le re»»

pect de l'amitié, c'est en ôt^k plus bel of> nement. Aussi c'est une pernicieuse eiYeur d'imaginer que l'amitié autorise et admet la licence des passions et des débauchM»

L'amitié nous est donnée par la naluiitt comme une auxiliaire de# vertva, et ton comme une compagnâ du vice ( de sortie que la vtn'tu qui me pourrait, aolitaijPC^ monter aux choses sublimes, y puisse^ aspirer par cette association.... «

» La vertu, dis-je, la vertu, voilà ce qui £ait les amitiés et qui les conserve. En elle la convenance des choses, en elle la stabilité^ en elle la perpétuité (1). >»

: Oè ne sont là que quelques pensées d€ Cicéron. Tout son petit traité mérite d'être médité par une âmè vertueuse et tendre.

Quelle raison dans l'amour et quelle douceur dans la sagesse ! On ne sait commeni il a pu se faire que Cicéron ait deviné oi pressenti ce qu'il y a dé plus délicat dan:

les affections chrétiennes, lui qui assistait i la fin du vieux monde païen, et qui levoyai s'abtmer dans fës débauches et les saletés

Quel malheur et quelle honte , si, dans h lumière' du christianisme , nous n'étioni pas capables de réaliser par nos exemple de tels conseils d'amitié délicate et pure !

Soyez attentive à l'éveil de l'amitié dan le ccsur de votre enfant. Vous ne serez pa auprès de lui pour le guider. Mais vou

( 1 } Cicéron , d« ramititf .

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l'aurez accoutume ù vous Quvriir son âme y.

et il voudra vous rendi-e la.confid^le des joies que déjà il aura trouvée^ dans, la .première naïveté de se9 attachements.

. L'amitié a des douceurs, mais elle a aussi des périls. L'enfant ne lé sait pas, dites-lelui, dites-le-lui souvent. Qu'averti par vos conseils • toujours discrets, il, se tienne ei| garde contre les mauVaisesinspirationsd'une amitié qui ne serait pas vertueuse. Votre parole à ce sujet aura un grand empire, et plus elle sera vague et voilée, plus elle rètieu:

dra Taffection qui serait sujette à s'égarer.

Provoquez douceijnent et prudemment les épanchements de yotre enfant; Heureux enfant Is'ilsait garder toujours son âme limpide et transparente aux yeux de sa mère l .

Une amitié malheureusement choisie dans le jeune âge peut décider de tout l'a<:> venir., L'amitié a ses bonnes et ses mauvaises pensées. Tous voyez que le pbilos.ophe ancien s'écrie : Lavertu! larvertu! Mais si le yice s'insinue, que peut faire une jeune

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Ame poui'écliapper à l'onei'j^iede cepoisoi Il ne sert de rien de dire en général q dans le vice il n'y a pas d'amitiéè £h ! n sans doute ; dans le TÎce il n'y a qu'une i soGÎation d'infamie. Mais il ne sui&t pas à crire cette vérité dans un livide, il fia la graver dans l'àine de l'enfant. £t puia faut aller à la pratique. Il faut que l'enfa aime son innocence . Il faut qu'il la garde ibi et inviolable. Il faut que tout en ignorant qu'ilpeut y avoir desouillure daas une£eiui -amitié, il ait l'instànct du péril et la voloi de le fuir.-Avec cette préoccupation crai tîve soigneusement excitée, la premi^ parole qui viendra mal sonner à son orei encore toute pure , lui sera comme \ signal éclatant , et vous le verrez brusqu teent fuir un contact d'amitié dont danger se sera révélé à sa candeur.

■ C'e^t par vous, tendre mère, que cei délioitesse de vertu sera conservée dans 1 affections de votre enfant. Disposez-le vous parler de ceux, qu'il aime; vous aitr

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aisément pénciré le secret de leurs liabU iudes et de leurs penchans ; et à yotre tour vous ferez votre office de mère; yousFëdai»

rerex, vous le guiderez, ce jeune cœur ; et croyez que yotre parole restera puissante à le retenir dans le premier élan d'une amitié dangereuse. Mais cette parole, il faut qu'il l'entende. Hélas ! beaucoup de mères pe savent pas leur empire, ou bien elles ne daignent pas l'exercer ; ou bien elles-mêmes ^'égarent peutr-étre dans leui^ affections \ ou, bien enfin le monde les absorbe tout entières. La vie de leurs ènfans semble ne l0ur être plus rien. De là le désordre des attachemens du premier âge. Nul conseil pe les modère. Nulle confidence ne les éclaire. NuUé autorité morale ne les r«»

tient. Pauvi-es mères ! combien elles ont "besoin qu'il y ait sur la terre une mère plus soigneuse de l'innocence ! cette mère, c'est la Religion, etaussi c'est elle qui est le lien véritable des amitiés*. .- . : .

Songez que je ne vous- propose pas de

flétrir le cœur de votre enfant, en lui faisant suspecter d'avance toute amitié. Puisque je parle de la Religion, vous savez ce qu'elle inspire d'ainour. £t sous ce nom de charité, trop habituellement appliqué à un exercice de la bienfaisance, la Religion ne consacre-t-elle pas tout ce qu'il y a de plu* tendre dans l'affection humaine?

Non; n'effarouchez pas cette jeune âme.

Dites-lui au contraire les déUces de Famitié I quand elle est pure , quand elle est sainte, quand elle est céleste. Dites-lui que l'homme est fait pour aimer ses semblables ; mais, selon une parole admirable de Gicéron, aimer, c'est choisir. Et c'est aussi le sens de ce mot de dilection dérivé de la langue romaine ; mot d'une signification vertueuse, et le plus beau après telui de charité !

Tant s'en faut, qu'il faille au nom de la vertu rendre l'amitié suspecte au cœur de votre enfant, que ce sera au contraire un doux présage, s'il s'accoutume à consi-

dérer ramitié comme une partie de, la verlu.

Et certes vous ne songerez point à lui offrir de yaines dissertations sur Tutilîté de l'amitié ! Aussi bien l'utilité est ce qui sair sit le moins une jeune âme. Mais ne voulant pas et ne devant pas disposer votre enfant à se faire un calcul de l'affection j ' vous pourrez lui dire au moins que Dieu a tellement disposé l'harmonie morale des êtres faits pour s'aimer entr'eux, qu^ cet amour mênpie est leur félicité. La h^ine est le tourment de la vie. C'est pourquoi apparemment les métaphores sont si multipliées dans les langues savantes pour exprimer ses noirceurs ; la haine flétrit l'homme , elle le brûle , elle le dévore. On voit, aux angoisses dont elle, le déchire, qu'elle est contraire à toute sa natm*e morale. La nature de l'homme, c'est Fambur.

£t c'est la son bonheur , et si vous votdeZ| c'est là son uuiîté.

Dites ces lois merveilleuses de l'affection

liumaine à votre enfant, non point avec des théories vagues, mais avec des paroles •impies. Dites-lui que Dieu même lui commande d'aimer les hommes, et que cette loi» c'est un bienfietit.

Vous ajouteriez vainement peut-être que les amitiés du collège sont les plus belles, les plus heureuses et lés plus touchantes.

L'enfant n'est guère de force à laisseréchapper sa pensée vers l'avenir. L'avenir ! qu'est-ce pour l'enfant qui ne sait rien en- (Core de la vie ? 11 y a pour lui un avenir, ç*est le terme de ses études ; il aspire à ce moment, il y court de toute l'énergie de ses désirs et de toute la fécondité de ses rêves. Pourtant ne lui laissez pas ignorer que par delà ce nuage demi-voilé d'espérance, il j a un autre avenir de réalité, «venir de misères et de larmes, où l'homme seul serait brisé mille fois par le poids de la vie. C'est pour cet avenir surtout que . sont faites les amitiés. Elles ne seraient pmnt à l'homme un secours réel, si elles

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ne te montraient qu'aux jours de plaisir et diilltiaïon. Dieu lea a prépàrëee peur les jourf graT^ et mauvais, et il a voulu qu'elles prissentleur naissance aux jouiv d'innocence et de folâtrerie, où l'âme n'a que foire encore des pensées sérieuses et des affections consolantes.

Mais comme tous ne laisserez pas votre enfant se noyer dans ces premières joies de la vie, vous aurez à lui parler des jours qui doivent suivre. Vous lui direz ce que les amitiés de collège, si elles sont bonnes et chrétiennes , lui réservent de force pour les , temps d'orage et de trouble. Sa jeune raison ne comprendra pas toute la portée de vos paroles , mais elles resteront dans son âme comme un germe de réflexion.

Et d'ailleurs ne vous défiez pas non plus de l'intelligence du jeune âge. L'âme a un instinct profond d'avenir. La théorie de l'amitié n'est pas une abstraction. L'enfan la devine, et la saisit de lui-même. Seulement faites qu'il ne la transforme pas en

un jeu de quelques morne as. Qu'il s'accoutume û considérer TafFection comme un lien durable. Et pour cela qu'il apprenne que ce qui fait sa durée, c'est la vertu. Car le vice dans l'amitié, c'est la fin de l'amitié. Voilà pourquoi la fidélité est vertueuse, et pourquoi les affections désordonnées sont capricieuses et mobiles.

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