EPREUVES DU COURAGE
Je m'arrête quelques momens encore à ce mot de courage, avec lequel nous ferions un long traité de morale humaine. Je ne veux pourtant que continuer à effleurer ce beau sujet.
La suite de la vie apprendra à votre eth»
fant à connaître les diverses sortes de courage ,.le courage du patriotisme , le courage de rhonneur , le courage de la vertu proprement dite^ courtes de natures distino-
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tes, mais qui partent toujours du sentiment
tlu devoir empreint dans la conscience par
réducation.
Vous n'aurez guère à entretenir votre enfant du courage qui s'exalte le plus aisément dans une jeune âme , du courage inspiré par le goût des armes. Ce sentiment brûlant , cet amour des batailles, s'éveillera biep blbs^^ de lui-même , et souvent vous aurez à le tempérer , sans toutefois aller jamais jusqu'à altérer le sentiment du patriotisme, sentiment sacre au fond duquel se trouvent des inspirations de vertu de toute «orte.
Mais A^aiarez-'Vous pas surtout à intervenir à^ns la dUection de cet AUti e courage | qui ^emble toucher de si près au premier , de ce courage si susceptible, si délicat, si ]krompt à s'ftUum^r au seul mot 4e l'bona)eur?
Ici,je vous vois toute-puissante. Vous êtes ^uaStresse de jeter d'avance votre enfant -dans le feu des passions , vous êtes maîtresse
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de lui préparer des jours affreux , des jours de haine et de veuge4uce,des jours de crime et de mort. Avez-vous la force de vous arrêtera cette j^dép? Elle yous fait pâlir. Ecoutez-moi pourtant!
Je garde en mon cœur le souvenir d'une mère que Dieu éprouva beaucoup dans sa vie. Cette femme, pleine de vertus , mais exaltée par un sentiment d'honneur humain, qu'elle n'avait pas su tempérer assez puissamment par une pensée chrétienne, s'était crue obhgée de faire dominer dans l'éducation de ses enfansce sentiment d'honneur personnel, qu'elle rattachait apparemment à des maximes de vertu et de dignité, maïs que , malgré sa raison même , elle exagérait jusqu'à une sorte de fanatisme.
De cette exaltation habituelle de l'honneur , à la loi mondaine du duel , il n'y avait qu'un pas. Le duel était accepté par elle , non pas même comme un affreux préjugé , ou comme une impérieuse erreur , mais comme un devoir en quelque sorte ,
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où venait s'absorber la dignité d'un homme, la gloire d'un nom , toute la tradition d'une famille.
Tel était aussi le courage que cette mère soufflait à ses enfans. Coui-age sinistre , et qui exclut toute idée de sagesse et de raison.
^ J'étais à l'âge des inexpériences et j'avais toute la ferveur des premières idées que l'homme reçoit d'une éducation religieuse.
Je me mis à heurter de front cette mère par des raisonnemens aussi exaltés que les siens. Ses enfans assistèrent souvent à cette espèce de conflit.. Son mari le voyait sans mot dire , on eût dit je ne sais quel pressentiment. La lutte était vive et tenace.
Chacun avait des exemples à produire ,* les uns pour honorer le courage des combats singuliers, les autres pour en condamner ou en tempérer la frénésie. Que pouvaient de telles controverses? Cette femme, nourrie à des souvenirs de noblesse, si vénérables lorsque la vanité ne les trouble pas, acheva
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toutes les disputes par une seule parole , la voici : '
— Mes enfans, vous entendez ce que nous disons , eh bien ' souvenez- vous que si j'apprenais un jour que l'un de vous à refusé de se battre, jamais je ne lui permettrais de reparîdtre devant moi.
Parole trop cri^ellementpénétranteendes cœiu^ ardens ! Voici le reste. Peu de temps après, le mari de cette femme était tue d'un coup d'épée; et lorsque plus tard ses enfans ont été d'âge à tenir ime arme , ils ont tous péri de la même mort.
Malheureuse mère ! Elle a ensuite vécu dans le deuil et dans les larmes, expiant une grande erreur par une longue désolation.
Le poîds del'anathème était revenu sur elle.
Donc, tendre mère, j'ai eu raison de vous dire que vous étiez maîtresse de précipiter votre enfant à toutes les extrémités du courage qui s'allume au feu de l'honneur. Il vous suffit de quelque parole dontle germe , dépose en son anie^ fera plus tard son ex-
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plosion par des coups de foudre. Voyez s'il ne vous est pas plus convenable , et si ce u'est pas MU office plus inatei »el de inodérer cette ardeur , avant même qu'elle ait paru, et d'apprendi e à votre epfant à tenir sou hoQnem* intact , sans le confier aux: basar48 criminels d'une téméiité où par malheur \^ vertu n'a nul avantage sur le vice, ni le mérite sur la nullité, ni le courage lui-méu^fi su r la poltronerie .
Il est, pour l'homme de bieii, des épreuves plus belles du courage. Initiez de bonne heure votre enfant aux vertus faites pour l'adversité. Quelque doive être son avenir, l'adversité ne lui manquera pas. Cette loi de l'humanité l'atteindra, comine elle nous atteint, tant que nous sommes, en quelque) condition que Dieu ait jeté notre vie. Si ce n'est pas la misère qui le frappe de ses aiguillons acérés,la douleur lui saisira le cœui* de sa main de plomb : les ingratitudes humaines, les injustices , les calomnies, les désastres de fortune , les coups de politique ,
SUR l'éuuc^tion. 12T
voilÀ I^ vie ; cl paimi c^$ éprfîuve^ , La mpri qui vient désenclianter c^ qu'il y a de plus pur et d6plu9 suave dans l^g affectionâ; la mort qui fait les veuvages , qui dépeupla les familles, qui met le vide autour d'une âme tendre : ne le savez- vous pasPN'est-rce pas ain$i que l'iiomme se traîne du berceau
* à- la tombe? Triste voyageur dans une voie d'adversité ! on dirait parfois qu'il ne sait que faire de son courage. IL le prodigué à de vaines épreuves. Ah ! voilà des périls auxquels ilpept l'exercer; il n'a qu'à s'y ac^ coutumer de bonne heure , car toute la vie en est pleine , et l'epfance même n'en est .
pas plus exempta que l'âge mûr. De sorte que le courage qui semblerait n'être qu'une disposition de l'âme appropriée à certaines vocations , ^st au contraire conforme à la vocation générale des hommes, vocation de mallieur et de larmes, pour laquelle chafcuu a un besoin égal de préparation.
Gardez- vous donc de jeter des illusions
,snr les yeux de votrç enfant. Une illusion
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cruelle serait de lui laisser croire que sa vie doit s'écouler douce et paisible parmi les fleurs. Présentez-lui au contraire les réalités périlleuses qui devront se rencontrer de bonne heure. Et même sans vouloir l'effrayer d'avance , disposez-le à des épreuves inconnues y par des habitudes fortes. C'est ici que votre voix encore sera puissante , même quand elle ne sera entendue que de loin. A mesure que votre enfant marche dans la carrière des études , certes il serait miraculeux qu'il ne se rencontrât pas quelques événemens de deuil , quelques déchiremens de famille, peut-être quelque bouleversement d'existence. La vie humaine n'est que trop féconde en épreuves de cette sorte.
N'est-ce donc pas que cette initiation aux douleurs vous fera une occasion trop naturelle de le fortifier contre tout ce qui doit suivre? Heureux l'ellifant qui ne grandit pas dans la mollesse ! le malheur ne lui sera pas une ^rprise , et il s'en ira plus hardiment dans la vie. La fatalité la plus dange-
reuse aux familles opulentes et fortunées , c'est leur félicité même. Leurs enfans dorment parmi les douceurs , et, dans ce sommeil , leur avenir s'éteint. Au contraire , le jeune cœur qui s'est de bonne heure armé contre la prospérité, reste ferme aux jours de malheur. Ou bien, s'il n'a connu que le deuil et la souffrance, ce combat prématuré contre l'adversité , l'aguerrit encore mieux pour marcher au-devant de l'avenir. Mais quelle que soit la Fortune qui s'ouvre aux premiers jours de votre enfant, ne le trompez pas sur le reste de sa vie par des tendresses excessives et des soUicitudesmal prévoyantes: de tels soins sont funestes. Ils détniisent l'énergie de l'ame , et après un tel amollissement elle cède au premier combat du malheur. En un mot, tendre mère, songez que le courage de votre enfant doit s'exercer surtout contre les calamités. C'est peut-être la seule réalité de la vie. La plupart des autres épreuves du courage tiennent à quelque sentiment tant soit peu chi-
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luéiiquc. N*exaltoz pas le courage qui s'ai- (];uiUouiie aux idées de gloire; il se suilira par sa propre iuspiration. Fortifiez plutôt le cou^ rage qui s'ëtoune aux idées de malheur ;c'e^( celai qui se manque le plus à lui-|uême 9 car l'honneur humain ne lui est pas en^ide, et c'c$t pourquoi vous chercheriez vainement à le rendre égal aux épreuve^ , si vous ne le durcissiez aux pures flampiea de la religion. Sans h^ religion, l'aïuç humaine n'est faite que pqur se dessécher dan^ les angoisses : tout son courage ;^ors , c'est le dtîsespoir.
SÏR L lim-flATIOX.