DE L IMAGINATION
A m^ur^ qup votre enfant monte vers l'adolescence, vo^^s aile? y^iv wn^ faculté singulière se développer, cette faculté my#»
iérieuse , qui , délaissant les réalités de U vie, aime k se créer u\x monde idéal y avec) des perfections inconnues, et des merv^ille^ chimériques.
L'imagi|i2^tion n'est po^s une facuUé qui
sVvcillc seulement à la voix du génie, p se prêter à des conceptions d'art, à des vres de poésie. Elle est une faculté t indépendante de la vocation intellectu de l'homine , et elle domine dans la vie celui que Dieu dé voue aune condition à*.
milité, et de celui qu'il appelle à une coi lion de gloire. Chacun a son imaginatio ses rêveries , le pauvre comme le rie l'ouvrier comme l'artiste, l'homme inc comme l'homme lettré.
Mais le moment où cette puissante f aci d'imaginer se fait sentir avec le plus de cl me , c'est le moment où le jour comme à se faire dans l'intelligence.
Alors le jeune homme qui ne sait i encore de la vie, se fait une vie d'inventi Il la jette parmi des nuages d'or , il l'o à son gré de mille espérances , et ces es rances il les réalise. Il se crée un avenir il le voit, et il le touche, et il en fait l'histi en lui-même. Il sf, berce doucement d ces molles thimères. Il les aime comme
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bien dont il est déjà possesseur. Il dort dans ces pensées , et à peine si ses travaux et ses habitudes réglées et ses ennuis mêmes peuvent le distraire de cette illusion qui le captive comme une réalité.
Prenez garde ! Il y a diverses natures d'Lommes pour qui cette faculté d'imaginer peut être une inspiration heureuse ou funeste. Tel esprit s'endort et «'éteint dans la rêverie, et tel autre s'y éveille et s'y excite. L'un se satisfait aux fictions, l'autre s'en détourne pour courir à, des choses moins futiles. La contemplation peut aussi bien énerver la pensée que la féconder. Tout dépend du soin que l'homme aura pris à la régler de bonne heure , en la soumettant à une loi de pratique , telle que nous la trouvons dans la religion, laquelle n'arrache pas de l'esprit les charmes de l'espérance, mais en ôte les folies en contraignant l'homme de marcher dans le présent comme si le lendemain qu'il espèredevaitioujours lui édiapper»
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Ne laissez pas aller votre enfant à ce vague de la pensée , où rien n'est vrai , oîi rien n'est saisissable.
L'imagination est comme tm vide océan où rintelligence se perd.
Vous voyez la différence que je fais de l'imagination qui conçoit pour créer , et de l'imagination q[ui invente sans prodtiire :1a première , puissante faculté de l'homme , qui féconde la poésie et.le» aiis; la seconde, faculté inerte', qui change la vie en sommeil et môme dans l'activité du jour perpétue les songes de la nuit.
L'itïiaginatioii , telle que je vous la mon^ tre ici, n'est point l'hnagination des grandes époques de génie ; elle est propre aux épo*ques de décadence et de mollesse.
'Cette imagination, qui se laisse aller âùt rêves, aux futilités et aux mensonges', ne paraît qu'au temps où.manque la foi. On ci-oit que ce n'est rien pour l'homme que de n'avoir pas sa pensée arrêtée à des dogmes certains et préci*?. Mais toute sa vie s'en ressent. SoÀ
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intelligence en est trouJ3lée. Ses afFections en sont altérées. Ses arts en sont affaiblis. L'imagination qui se montre alors est bizarre et désordonnée. Elle tourmente la raison déMle. Elle la détourne de ses objets réels.
Elle la captive à des futilités. Elle l'en^ chaîne à des ombres. Qu'est-ce que l'homme, ainsi dominé par ce besoin mystérieux de rêverie? Vous voyee bien que son énergie morale doit s'affaisser à ces poursuites vailles de ce qui n'est pas. Cet homiti^ reste ei^fant toujours , et la maturité de l'âge ne lui apportant aucune expérience, ne lui apporte non plus aucune force. J*a joute que tout devient faux en lui , jusqu'aux senti*mens qu'il croit les plus vrais. Ainsi l'afîeotion elle-même , cette puissance intime du cosur , devient quelque chose de vague et d'indécis, quelque chose de prompt et de mobile , qui se varie à l'inQni et ne se fixe jamais. Vous avez apparemment rencontré de telles natures d'hommes, qui aiment par l'imagination^ c'est-à-dire, qui n'aiment
point et ont toute Texaltation de raïuour.
Natures chimériques et le plus souvent dévouées à de cruelle* erreurs et à de fatales destinées.
Gardez votre enfant de ce grand péril de Tim^gination , et pour cela faites-lui de bonne heure une habitude et comme un besoin de saisir ce qu'il y a de vrai dans les pensées et les affections humaines. Ne le laissez pas s'envoler par delà les nuages.
Ramenez-le aux choses de la vie, en les lui épurant. Vous avez pour cela une règle admirable de conduite , c'est la religion. La religion n'enchaîne pas l'intelUgence de l'homme; mais en lui laissant prendre son vol dans les grands espaces qu'elle se crée , elle lui jette au bout de cet infini un terme pour la reposer, et ce terme, c'est Dieu. Avec l'idée de Dieu , l'imagination a ses écarts réprimés. Aussi , je vous le disais , plus la pense'e de Dieu est absente, plus l'imagination est désordonnée. Voyez notre temps !
voyez nos livres! voyez nos opinions! voyei
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nos arts et notre poésie! On dirait un délire. Ce n'est pas là cette imagination homérique qui réalise ce qu'elle invente, c'est cette autre imagination qui court dans le vide , éparpillant sa flamme en étincelles rapides et fugitives.L'imagination c'est bien la folle du siècle. Cette imagination de chimère et de rêverie , préside à toute notre littérature , au roman , au drame , ^ la morale elle-même.Et comment laisseriez-vous votre enfant sous cet empire? Sa raison s'y abîmerait. Ses premiers ans en seraient troublés et peut-être en seraient flétris.
Vous suivrez dans les communications de votre enfant, vous suivrez dans ses lettres le développement de cette faculté singulière d'imaginer ou de rêver. Laissez-le s'épancher dans seasongesd'avenir.Mais aussi retenez-le dans ses exaltations chimériques. La lecture est puissante pour agiter ou tempérer ce iDesoin de courir après les choses inconnues. Les livres chrétiens calment la pensée tout en l'élevant Les livres historiques l'atia.-
iliS LLITIILS
client aux choses graves. Les livres romanesques la perdent dans les frivolités. Ces pourquoi les études classiques seraient utiles , même quand elles ne serviraient qui de tempérament à la passion de l'esprit pou les chimères. Donc vous ne fléchirez jamais si votre enfant,par des dégoûts quelconques vous sollicitait de le détourner de ces tra vaux austères du jeune à(^e , pour le laisse aller à des goûts plus scduisans. Faites ai contraire que cette imagination ardente soi vaincue aux études exactes et précises. Faite que votre enfant ait sa pensée toujour droite et toujours éclairée par Iq lumièn de la vérité. Faites qu'il soit fortifié d'avano contre les illusions. La vie humaine en es toute pleine ; mais s'il^st dans notre natur de faiblesse de nous bercer aux chimères il est dans notre condition d'intelligence di nous'élever aux réalités.
Sll\ ifÉDLCATIOX.