‹ L'éducation et l'enseignement en matière d'instruction secondaireChapitre 20 sur 30 · SORTIE DU COLLEGE · texte numérisé non relu

SORTIE DU COLLEGE

Enfin ce tendre enfant vous revient. Le Toilà sorti de ses travaux de collège. Le voilà à vous !

Prenons garde toutefois ! Voue avei comme lui aspiré après cette délîvr<aiiee. l Vous pourriez l'uvet l'autre vous être trompés dans vos vœuK: vous, en imaginant que |

enfant allaUtîésonnaisvougappartciilr entier f\in, en imaginant qu'il allait irtenir sans réserve. Que de chinièj es a vie ! nous la passons A nons détroine nos errenif; et qu'il nous vantlrait IL nous q>ar{jiier ces* mécomptes pai*

prévoyance et notre sages^!

ne veux pas pourtant toits déchirer lé Votre enfant von s appartiendra en si vous ayez ïu le fortifier jusqu'ici e les illusions et les folies du premier [l ne vous apparliendia pas couime un re j à Dicn ne plaise I mais il vous ap*- *ndra par la reconn aisance. Votre emc'est Faniour , et rauiour c'est la lî^

>erté! qncl mot! vaiDcineot cLercherùus à en détruire le cîinruie. L'exp<îe de la \îc sera plus efficace que vos es. Laissez donc aller votre enfant l'impression preniière de ses idées.

îz-le dans son e^Jaltaïlou , mais sans le ter rudeinCiit, lui jelant seuleumiat^^^^

adresse quelque doux tempérament de raison froide et réfléchie.

Il vous faudia peu de temps pow* vous apercevoir de quelque surprise dans cette âme naïve. Cette liberté rêvée va tout-àcoup se présenter sous des aspects moins flatteurs. La vie du monde a des devoirs qui lui étaient inconnus. Elle a des contra** dictions ; elle a des misères ; elle a des.ja* lousies ; elle a des antipathies ; elle a des lob de conduite qui s'appellent des convenances f et qui sont des contrariétés ; elle a des dégoûts ; elle a des ennuis. £h bien! dès son début, ce pauvre jeune homme qui courait avec confiance à des joies inconnues ^ va se trouver arrêté par des réalités de ce genre. Laissez -le donc allerencoreune Jois.

N'ayez nul empressement à le désenchanter d'avance. Il ne croirait pas vos menaces , et vous devez toujours faire si bien qu'il ne puisse être en défiance de vos paroles.

C'est lui qui le premier doit s'apercevoir de l'illusion de ses espérances. Si vous vour

lez que la première épreuve qu'il fait du itionde lui soit profitable , vous avez à lui laisser toute la liberté de ses impressions.

N'en doutez point. Peu de temps se sera écoulé avant qu'il ait senti ce qu'il y avait de calme et d'heureux dans les habitudes précédentes desa vie. Donc, de lui-même, il sentira le besoin de la paix , et les chimères fuyant de sa pensée , vous le verrez revenir à cette félicité intime de la famille, que vous lui aviez rendue si douce aux jours où il n'en savait pas tout le prix , et qui reste le seul bien toujours intact , lorsque les autres menacent tour-à-tour de lui échapper.

Chose étonnante ! cette jeune ame avait cru à des joies extrêmes ; et peut-être allezvous être obligée de la fortifier contre les ennuis.

Ceci n'est pas rare. Le désencliantement des rêyeries saisit le jeune homme parlatiùstesse. C'est à vous qu'il appartient de sau ver votre enfant de ce péril hnprévu. La

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tristesse dans le premier élan de la vie est quelque cliose de funeste. Elle engendii^ des malheurs de plus d'une sorte; plus d'une ibis elle amène le désespoir nombre et fa^ ix)uclie ; ou bien elle précipite à des distractions violentes et à des Joies furieuses.^ Cour rez au-devant de cette ame , dès que vous la voyez morne et vaincue par l'inexpérience de la vie. Jetez-lui des pensées riantes^ ouvrez-lui une route de plaisirs ^ mais de plai- 3irs purs et solides.

Variez ses jours. Rendez-lui communes vos émotions , et faites qu'il jouisse mieux des siennes en vous les faisant partager.

Je voudrais qu'il vous fût possible de mettre dans son ame cette pensée fortement empreinte, qu'il est votre seule gloire. N'étalez pas indiscrètement devant le monde cette espèce de fierté. Le monde est frivole et jaloux , et il ne vous pardonnerait pas cet orgueil , le plus noble et le plus juste de tous. Mais si votre fils le porte pour vous hautement empreint sur son front,

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qiï€l pi-ésage , lieiireuse mère , pour volvô avenir et le sien !

Mftlheur au jeune homme qui, de banne heure, ne s'est pas accoutumé à rattacher à la pensée de sa mère tous les] vœux eX toutes les prospérités de sa vie !

Il y a dans cette image d'une mère je ne sais quoi de religieux qui sanctifie la pensée de l'homme , et qui épure jusqu'à^ ses passions.

Une mère serait donc bien à plaindre si elle ne savait garder son douxempiresur le , cœur de son fils, si au premier jour de sa liberté , elle cessait de lui être un guide ou un conseil, et peut-être devrait-elle s'accuser plutôt que d'accuser son enfant de ce malheur.

Cette séparation violente tient à d«îs causes de nature opposée. Tantôt c'est qu'une mère a Sroulu exercer son ascendant avec trop de minutie, tantôt c'est qu'elle a donné à sa bienveillance trOp d'abandon; gardez

une retenue ingénieuse entre les deux excès.

Dans les désenchantemens successifs qui passeront par l'ame de votie enfant^ il faudra bien qu'il revienne à la seule affection qui -reste toujours là, fidèle^ immobile et dévouée.

Voici qu'il s'étaitattendu à des amitiés ardentes , et il ne trouve (Jue des caresses menteuses. Il aspirait à des sympathies généreuses ; on lui répond par des légèretés fugitives. Il cornait aux délices, et il saisit des ombres. Tout lui échappe. Un tourbillon de vanité s'agite devant ses yeux. S'il ne se mêle pas à cette agitation confuse , on le dédaigne. S'il s'y laisse aller, on le repousse. Quoi qu'il fasse, la jalousie l'attaque. Chacun , en cette mêlée , songe à ses- plaisirs. L'égoïsme est toute l'inspiration du monde.

£t lui , jeune homme naïf, qui croyait à des vertus , se sent tout flétri par l'aspect de cette humanité desséchée qui ne croit qu'au vice et aux voluptés.

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Gomment donc ne se laisserait-il pas retomber, vers vous, vers le foyer sacré de la famille? Serait-ce qu'un affreux génie le pousserait à une destinée de malheur ? Ne le croyez pas. Plus le désenchantement désole son ame , plus votre empire vous reste assuré. Mais que cet empire soit doux. Que votre enfant le cherche avec bonheur. C'est vous qui allez remplir le vide soudain qui s'est fait autour de lui , et comme il s'est mépris dans le premier essai qu'il a fait du inonde , de lui-même , il voudra que votre inspiration le guide dans les épreuves nouvelles. Et ainsi votre office de mère va reparaître au moment où vous pouviez craindre de le voir pour toujours évanoui.

ETtJhKS DIT MO^DF.

Donc à cette ame surprise et désendiantée, vous avez à présenter des consolations et des espérances. Car ce serait un faux calcul d'enfouir votre enfant dans la misanthropie, sous prétexte de l'attacher davantage à la vertu. Quel que soit le monde , sa destinée est de vivre avec lui. Seulement apprenez* lui à le connaître. Cette étude est lente.

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Mais je prévois qu'elle ne sera pas difficile, puisqu'à présent rillnsion est dissipée , et que désormais la réalité sera mieux saisie.

Il y a peu de jeunes gens qui ne débutent par des erreurs. C'est leur naïveté inexpérimentée et confiante quiles précipite. Heureux ceux à qui profite cette première épreuve des tromperies humaines !

Et comment le jeune homme ne serait-il pas exposé à faillir? L'homme grave et long-temps mûri aux vicissitudes de la vie , se'^rend souvent aux mêmes pièges. Qu'estce à dire? JN'y a-t-il pas un retour possible à la raison et à la véiité? Ce serait désespél'er de tout avenir.

: Au contraire , cet apprentissage des erreurs est une leçon de modération et de i:etenue.

Le jeune homme ne conçoit guère qu'on lui conseille de s'abstenir de promptitude dans ses jugemens et dans ses affections.

Comme sa pensée est droite et son cœur pur , il laisse aller Time et l'autre. Il ne

soupçonne pas qu'il ira se prendre ou se heurter à des idées fausses ou à des sentimens chimériques. Voyez comme il épanche toute son intelligence. Sa vie s'abandonne , comme un flot qui suit sa pente , devant la vie fatiguée , tourmentée , déguisée, des autres hommes. Aussi il provoque le rire de ceux qui ont le cœur flétri , et ne croient pas à la sincérité et à la candeur. Quelquesuns feraient pis que de rire. Volontiers ils abuseraient de cette naïveté, pour la jeter en des périls de toute sorte. C'est donc que , prévenu par de tels essais du monde, le jeune homme ne doit dès ce mometit qu'aller à pas lents et se mêler avec timidité à toute cette confusion de passions et de tromperies.

Le moment vous est propice de lui faire entendre d'utiles conseils de conduite. Une vous eût pas entendue d'abord. Le petit dépit qu'il éprouve va le disposer à vous croire.

Je ne voudrais pas que le j^une homme

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s'accoutumât , dès ce premier mouvement de surprise et de colère , à ne considérer le monde qu'avec aversion ; ce lui serait un autre danger : prenons garde aux bizarreries et aux travers. Prenons garde aussi aux inimitiés. Toute la vie en serait troublée.

Le jeune homme vertueux est âpre d'ordinaire dans ses jugemens. Il a un instinct de prosélytisme qui s'abandonne. Une supporte pas les spectacles de désordre. Il repousse sans miséricorde toutes les erreurs. Et aussi les premières paroles qu'il prononce dans le monde ont , malgré lui , un ton sentencieux^ qui n'appelle pas. toujours la bienveillance.

Voyez donc par combien de raisons il importe de retenir cette nature qui se laisse aller aux inexpériences. La confiance la pousse à des pièges; la franchise l'expose à des haines. N'est-ce pas qu'il convient à une mère intelligente de la modérer dans son abandon?

Ce serait beaucoup de disposer le jeune

]iomme à suspendre son jugement dans U plupart des choses de la vie , qu'il ne connaît encore que par oui-dire. A mesure qu'il verra les hommes, il comprendra qu'il pftut garder entières toutes ses idées, tout eu les modifiant dans leur expression. Il verr^a aussi que beaucoup de pensées faites d'avance disparaissent dans les applications de la vie humaine. Ses admirations s'attiédiront et ses antipathies s'amolliront. A la vérité c'est le temps seul qui amène ces corrections de l'intelligence -, mais ce serait ' beaucoup de la préparer d'avance à ces sortes de transformation, ne fût-ce qu'en lui faisant soupçonner qu'elles deviendront possibles , alors même qu'elles lui paraissent le moins probables.

Aussi qu'est-ce que je demande au jeune homme? je ne lui demande pas^ à Dieu ne plsiise ! qu'il laisse entrer le doute dans son ame ; ce serait détruire cette belle éducation chrétienne qui l'a nourri de pensées fortes et de vertus vivaccs. Ce

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serait arracher cette belle fleur d'innocence et de sincéiité dont les parfums montent ' au ciel. Quel crime de toucher à cette foi !

quel malheur si jamais elle devait s'altérer!, Mais ce que je demande au jeune homme ^ ^ c'est qu'il délibère sur la manière même dont il aura à laisser épancher ces pensées intimes de son ame. Le jeune hpmme n'est pas juge excellent de l'opportunité des paroles. Il faut bien qu'il le sache , et il ne sera pas mal ^sé de le lui faire entendre.

Donc le doute que je lui demande s'appliquera seulement à la forme de soi^ langage. Le jeune homme enfin ne sera pas tranchant. Quelles que fussent ses idées y le monde ne lui pardonnerait pas de les exprimer d'un ton décidé et dogmatique , et lui-même gagnerait peu à heurter le monde. Sa vertu n'en aurait pas plus àt mérite, et son exemple en aurait moins d'autorité.

C'est afin d'arriver à concilier heureusement la sincérité et la modération ,

la franchise et la réserve , que le jeune homme aura à étudier les susceptibilités du monde. Quel guide meilleur qu'une mère! Yous savez ce qu'il faut de délicatesse pour échapper aux antipathies.

Faites que votre expérience profite à votre enfant. Faites-lui connaître les hommes qu'il n'a entrevus encore que dans le lointain. Qu'il sache ce qu'ils vont lui demander de sacrifices ; mais qu'il sache aussi ce qu'il aura à leur refuser. Qu'il ne soit pas emporté parle besoin de plaire, au-delà de ses vertus; qu'il ne pense pas non plus que ses vertus lui doivent ôtor le désir de plaire. Qu'il aille à ce monde avec retenue et timidité. Qu'il l'interroge de loin. * Qu'il l'étudié dans ses faiblesses et dans ses misères , et sachant par vous tout ce qu'il peut y rencontrer de périls , il saura ainsi tout ce qu'il doit y apporter de courage.

SUR L EDDCATIOxV.

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