‹ L'éducation et l'enseignement en matière d'instruction secondaireChapitre 5 sur 30 · le contraire de ce que vous m'avez appris dan · texte numérisé non relu

le contraire de ce que vous m'avez appris dan

■i ^ votre confessionnal. Lequel dois-je suivre, de moi I confesseur ou de mon professeur ? Lequel a tort

l| du rationalisme ou de la révélation? Laquell

ji ^ est la vraie, de Taffirmation ou de la négation

Lequel est Dieu de ces deux dieux opposés Quelle sera ma foi, si votre foi n'est pas la mien ne, et si la mienne n'est pas la vôtre? Quell sera ma loi, répondez, ou de votre programmi universitaire qui m'enseigne, par la bouche d votre aumônier et de votre professeur, deu:

religions contraires, ou de la Charte qui m( laisse libre de prendre Tune on l'autre ou d< n'en prendre aucune? Qui vous permet de mi faire^ de me pancarter un catéchisme philoso-

(10 phiqae, à vous qui jetez dans le paoier aux ordures le catccMsme évangélique?

Ne voyez- vous pas qu'une religion d'Etat, belle religion, serait une violation de la liberté de conscience, et ((u'une philosophie d'Etat, belle philosophie, serait également une violation de la liberté de Ciinsciencc? On ne peut pas plus imposer aux consciences de ne pas croire, qu'on ne peut leur imposer de croire. On ne doit pas plus contraindre les candidats du baccalauréat à soutenir thèse sur la philosophie, que sur la théologie. De quoi doue se mêle TEtat, et que vient-il*, lui qui ne croit à rien, qui , constitutionnellemeht, ne doit croire à rien, m'enseigner FEvangile, le Coran ou le Kantisme?

Si donc, en ilernière analyse, la philosophie est une religion, si la religion rentre dans Téducation, et si l'éducation est diverse et libre, il est évident que, sans supprimer la philosophie, il faut la faire changer de place, l'ôter de renseignement secondaire, pour la transporter 5oit dans les Facultés, soit dans l'Education où elle figurera, selon le vœu des pères de famille ou de leurs délégués, avec la mênie.Ub^vL

et la même diversité de doctrines et de mouvement, que la religion elle-même. Ainsi le veu lent la logique et la Charte qui ne repoussen pas moins une philosophie d'Etat qu'une reli gion d'Etat.

Nous serons donc parfaitement dans la li^gique et dans la Charte, parfaitement conséquem avec les principes de la liberté si, après avoii appelé à ia grille des collèges royaux messieuri les professeurs de philosophie et messit urs lei aumôniers, nous les prions le plus poliment di monde, de vouloir bien sortir par ia mém( porte, en se tenant bras dessus, bras dts.>ous.

Ij'finseiiinncii^^nt doit être n^ratuif •

Délié de tout ce qui gênait les consciences TEnseignement secondaire doit se répandre su tous les citoyens. L'enseignement e.st l'âme é TEtat, il doit communiquer son âme. L*ensei gnement est l'Etat lui-même. L'Etat doit Ten seignement. 11 le doit gratuit, à tous les de grés :

En Yoici les raisons :

Au de^é primaire, parce que ce n'est pas ]ear faute si Içs pauvres ne peuvent pas payer; parce quUl faut, en les fortifiant, les empêcher de faillir; parce qu'il faut les consoler de leur misère, par Tinstruction ; parce qu'il faut les élever au rang de citoyens, par Tintelligence de leurs droits et de leurs devoirs ; parce qu'il faut préparer Taugmentation de leur salaire, en joignant aux exercices appropriés de leurs mains la culture de leur esprit.

Au degré secondaire, parce que c'est là la sorte d'enseignement que reçoit la classe moyenne; que rstat tire de cette classe, qui n'est pas riche, presque tous ses fonctionnaires ; qu'il lui importe donc d'appeler un grand nombre de postulants, pour mieux choisir; parce que toute cette classe annvant aux emplois, après avoir passé par les degrés scientifiques et littéraires, il est juste que l'Etat soit juge des conditions et procédés d'enseignement qui doivent caçt*

nire avec plus de cerlilude el de rapiiliiê, 'abord a .x grades el ensuite aux fonctions.

Au dej^ré supérieur, parce que les merveilles l ks ;:pplioaiions de la grande intelligence 3Ul lejailiir leur ^p^endeur pur l'Etat, constiuentsa fone, et lep'acent à un liaul rang dans estime el le respect des nations, el parce que lul citoyen ne doit être [>rivé, \)oi\t sa pauvreté nvolontaire, du droit d'étudier les sciences et es lettres, el d'honorer sa pairie par son génie m service duquel les insirunieuts ne doivent )as être refusés.

Mais, nie dira-t-on, si l'enseignement était ]^ratuit dans ses trois grandes divisions, primaire, stcondaire, supérieure, ce serait une crosse dcpen.^'e. Fort grosse, je ne le nie pas et je ne cherche pas même à en savoir le chiffre. Mais si le peuple français était menacé de mourir de faim, on serait mal venu à demander ce qu'il faut donner d'argent pour le faire vivre de la vie du corps. Je ne crois pas que l'on soit mieux reçu à demander ce qu'il en coûterait pour }e faire vivre de la vie de Tâme et de l^intelli*

i-y gence. Il en coiilera ce qu'il en coulera. Je n*ai pas d'antre réponse à faire. Seulement, j'ai à dire que je commen erais par saigner largement à la veine le budget de la guerre , pour enfler d'autant le budget de linstruction publique, 8*il est vrai que l'art d'instruire les hommes remporte sur celui de les piller, de les incendier, de les estropier et de les occire.

Et ponr marquer mon estime et ma préfé* renée aux éclaireurs sur les tueurs, je donnerais aux premiers, tout au rebours de ce qui se pra^tique, les grandes décorations de la Légion d'honneur et les moindres aux seconds, tant ((ue les plus spirituels, les plus vertueux et les plus civilisés des peuples de la terre, comme ils se nomment, seront convenus de se faire entre eux le pins de mal possible et des entre-tuer, et je réduirais provisoirement Tarmée de cinquante mille hommes, en attendant mieux. Maintenant demandez-moi si je trouverais lu-dessus de quoi fournir à rinstruction de toute la France une quarantaine de millions dont ellea besoin peut* être, pour se rendre^ de haut en bas, complètement et gratuitement.

lj*Eiiiel|fBemeiit «loit être public.

Qu^il me soit permis de placer i'ci^ et comme dépendance de mon plan, une proposition toute nouvelle et qui va, par conséquent, ainsi que toutes les choses nouvelles, soulever de Tétonnement et de Topposition, mais qui est pourtant conforme à Tesprit et à la lettre de ]a Charte, aux habitudes des gouvernements constitutionnels, et à la dignité de rinstruction nationale ; qui offrirait les plus heureuses garanties aux pères et mères de famille, aux institutions et pensions libres, au ministre directeur et responsable, au clergé, aux professeurs ; qui ne pourrait sans doute pénétrer commodément dans Tinfernat des collèges actuels, mais qui s'accommoderait parfaitement avec notre plan de cours extérieurs : je veux parler de la publicité»

Oui, je voudrais introduire, avec une discré* tion prudente et appropriée, Télément de la publicité dans Tinstruction secondaire. La pu-" blicité est Tâme de tous les gouvernements re*

présentatifs. La publicité fait, à toute heure du jour et de la nuit, rinstruction politique dei citoyens dans la presse. La publicité, de toute antiquité, sème et répand la parole de Dieu, [MNrtes ouYcrtes, du haut de la chaire évauRéliqoe, et fait devant rassemblée du peuple, rinstruction religieuse. La publicité fait rinstruction judiciaire, devant le jury et les tribunaux. La publicité a été admise, depuis la Qiarte de 4830, dans les plaidoiries du conseil d'État et les débats de la chambre des pairs. La publicité iurv«ille les délibérations de la chambre des députés. La publicité existe en haut el en bas, poor les salles d*asile, pour les écoles primaires, et pour les cours de renseignement spécial et supérieur. Pourquoi n*entrerait-elle pas dans les cours de rinstruction secondaire?

Pourquoi serait-il permis aux visiteurs décents et sérieux d'assister aux exercices et aux leçons des salles d'asile, des écoles primaires et des facultés, tandis que les leçons de grec, de latin, d'histoire, d'arithmétique, seraient données à huis clos? N'est-il pas facile, au con« traire^ de concilier par un règlement bien fait.

la police des cours, Tinterrogatoire des élé?e< la dictée des devoirs, la disiribation des copies et toutes Us communications familières du pr fesseur à Télève^ avec Tassistance facultativ( des pères de famille, des instituteurs et de maîtres d'étude et des délégués ou correspon dants. Le huis clos serait réservé aux heure de composition, qui exigent le silence et 1 réflexion.

Quels avantages ne retirerait-on pas de la pr blicité?

Les élèves des différentes institutions ne présenteraient aux cours publics que dans i tenue convenable et avec un ordre parf L*atfention la pins profonde régnerait c k classe. Les enfants sales, négligents, traits, pare.<seux, étourdis, tumultueux, échappent à la surveillance lointaine et fat du maiire, n*échapperaient pas à celle du de l'instituteur et des maîtres d'étude. Us draient garde à leurs vêlements, à leur hire, à leur posture. Ils n'oseraient ni a* mir, ni bavarder, ni sUnjorier, ni se bi s'imarger, ni se caricaturer, ni lire en

jle mauvais livres, ni se moqaer da profossenr»

Lui même subirait, comme ses élèves, llolœnce salutaire de la publicité. Si les élèves liaient plus respectueux, plus silencieux, plos aborieux, le professeur serait plus vigilant sur ta classe, plus grave dans son maintien, plus varié et pins savant dans ses leçons, plus équitable dans ses réprimandes et dans ses louanges, plus zélé, plus excité à bien dire et à bien faire.

La publicité ferait ici, en petit, la police des classes, comme elle fait, en grand, celle des spectacles, des églises, des facultés, des tribunaux et des cliambyes. Y a-t-il, je le demande, rien de plus national que de convoquer, d^appeler tous les écoliers éduqués cliez leurs parents riches et pauvres, et dans les dif erses pensions ; de les réunir, de les rassembler, de les enseigner publiquement devant les feux de leurs instituteurs et de leurs parents ? T a-t-il rien de plus vraiment libér«il que de mêler et de confondre plusieurs heures par jour, dans une salle commune, parle rapprochement des sièges, par l'égalité de la classe, par

>la donnée des mêmes leçons et des mêmes cou positions, par la même surveillance et par h mêmes récompenses, toute celte jeunesse qi doitse retrouver plus tard dans les diverses p< sitions civiles, administratives, militaires, ec clésiastiques, enseignantes, joindre ses effort s*entendre et s unir pour le service, le bien < la gloire de la patrie?

Plus Ton méditera sur la publicité de Tei seignement secondaire, plus les avantages c cette innovation apparaîtront, avantages suje sans doute, comme toute chose, et j'en coi viens, à plusieurs objections et mêlés de que qnes inconvénients. Mais le secret de Tensei gnement n*en a-t-il pas aussi et de plus gravei

On n'a pas d idée du désordre qui règne dai certaines classes de professeurs, lorsqu'ils oi Touîe un peu dure ou la vue un peu bass< On allume d(i punch dans les pupitres, d punch à la flamme bleue. On joue aux échecs i aux cartes. On lance des bulles de savon, qi retombent sur le nez du professeur, et qui res semblent, comme deux gouttes d^eau, aux balk

nporeases de la philosophie. À peine quatre sur quarante, travaillent. Plus de lamoilië des élèves eopie ce qu'écrit le voisin, répète ce que lui épâe le voisin, lit le roman, le vaudeville ou le mélodrame que lui passe le voisin, chante les refrains de la chanson libertine que chante le voisin, rit de la caricature du maître et des suscriptions malignes et enjolivements que vient de dessiner le voisin, en façon de cadre et de vignettes. On attache des pétards sous la ehaire, on tend des cordes, on grogne, on siffle, on ronfle, on grimace, on se tortille, on ricane, on se dandine. C*est k qui aura la chevelure la l^ns ébouriffée, les habits les plus débraillés, les mains les plus noires et les plus malpropres. n y en a même qui, sous table, ôtent leur pantalon, pour se donner de Tair. Ils sont là quelquefois une vingtaine dont Tunique souci est de se moquer, pendant toute la classe, du maître, de leurs camarades et d'eux-mêmes.

Le professeur, à son tour, par paresse ou par dégoût, n'interroge que ceux qu'on appelle les plus forts, ne corrige les copies que des plus forts. Les faibles qu'il devrait^

au contraire, soutenir et encourager , des enfants de rebut. Ils apprennent ou prennent pas, que lui importe ? Au de dix ou quinze premiers^ tous les autres n là que pour faire nombre. Que de fois h fessenr, après le douzième devoir, ne prei pas les copies dans le las, au hasard, et à mière main, numérotant le papier pour lecture, jusqu'au so xantième. Aussi qu'ar il? Au bout de dix ans d études dans le mi collège de France, un écolier ordinaire ev plétement hors d'état de lire Horace el Live, à livre ouvert. De grec, qu'en sail-i mathématiques, pas les quatre règles, sj tromper. Une ligne de français, correcte i sablement tournée, une seule ligne, ils peuvent écrire.

La publicité, bien dirigée, bien ménagé truirait tous cts abus qui ne sont pas I faute du professeur, ou des élèves, ou de tières enseignées, ou dt s méthodes, que d clos. Lorsque les enf<mts sauraient <|ue dt eux , l'œil de leur famille, invisible et prése surveille, croyez-vous qu'ils se missent

des romans, comme îU font; à se pousser, à s'égraligner, à s^injurier, comme ils font; à polissonner entre eux, à se railler de leurs maîtres, comme ils font; etàôter leur pantalon sous la table, comme ils font, pour se donner de Fair? Non, non, la publicité du père ou du pé»dagogue ferait, au-dessus de leur tête et de leurs maios, sa police et sa ronde, et vous pouvez vous en rapporter à elle.

N'est-il pas non plus surprenant qu^avec toutes nos vanteries de perfectibilité indéfinie, nous ne soyons pas encore parvenus à enseigner un peu de grec et de latin, en moins de dix ans, pas moins I Ce fait seul ne trahit-il pas les vices de l'enseignement secret? Mais avec des études publiques, sérieusement et sé- .yèrement administrées, la plupart des enfants devraient, dès la quatrième, en savoir plus et mieux que ceux qui sortent aujourd'hui de rhétorique?

Le secret des classes allonge les études d*une moitié du temps de plus.

Avec la publicité, ou saurait tout de suite à

combien dVlèvos mi professeur peut départir science, de mcme que Ton sait ce qu'il faut < soldats par capitiiine. Tandis que personne i sait exaclenfient aujourd'hui, ce qu'il faut d'él ves par professeur, dans le huis clos des cou: universitaires, ecclésiastiques et privés, où pe sonne ne pénètre.

Sur trente mille élèves, vingt mille lâtonnen ânonnent, roulinent, s'hébétent et dormei pendant dix années sur leurs bancs, du son meil le plus profond de Tesprit, si ce n'est c corps et des sens ?

Avec la publicité, qui donnerait la juste mt I sure de la capacité enseignante et de la cap;

cité enseignée, on appointerait le nombre d professeurs selonun nombre restreint d'élèves la charrue de l'enseignement, s'il m'est perm de parler ainsi, défoncerait cette niuitituc d'intelligences moyennes et lentes qui, au grai préjudice de la société et d'elles-mêmes, ne po tent aujourd'hui aucun fruit.

Avec la publicité, le mérite, et non la faveo: ferait monter les professeurs, de grade en grad< / Avec^la publicité, les professeurs ne poui

raieut ni se soustraire à la censure inorato de l^opinion, la plus efficace de toutes les censures, 8*ils enseignaient des doctrines perverses, et il ne serait pas non plus possible de les calomnier, s'ils restaient dans les bornes de leur devoir.

Avec la publicité, les maîtres d'étude des institutions laïques ou privées, assis, comme les imrents, dans une tribune grillée, derrière les élèves, surveilleraient leurs moindres gestes, f)endant la durée du cours.

Avec la publicité, la moralité, la science et Tuy^Mène des élèves, gagneraient tout à coup ce qu'ils perdent avec le secret.

Je m'arrête, on ne peut tout dire.

Bésamé.

Maintenant, je le demande, dans quel autre système que dansle nôtre, la liberté de conscience trouvera-t-elle mieux à s'étendre, à se satisfaire, elle qui est encore, à Tbeure où j'écris^ si gênée par les contraintes oppressives et capcicteuses de Tautorisation préalable, et qui

le sera toujours dans les collèges internes <

r£tat et des communes, soit par des pratiqu

jp. et des morales qu'elle ne veut point, soit p

[,j Fabsence des pratiques et des morales qu'el

? I Toudrait ?

M f Dans quel autre système que dans le nôtr

■ \ les pères de famille pourront-ils mieux s'ac

[!| corder, pour les facilités de Téducation, la gr<

•tuité de renseignement, la publicité des leçon la variété des matières, Témulation des élève la bonne tenue et la haute moralité des classe la supériorité des études, le choix des profes seurs, la surveillance personnelle, journalièn et continuelle de leurs enfants depuis leur en trée aux cours publics, jusqu'au baccalauré; es sciences et es lettres?

Dans quel autre système que dans le nôtre trouverait-on mieux à piaider la cause popu laire, la cause sacrée de Torphelin et du pauvre Car avec les maisons rivales de votre con carrence illimitée, avec vos collèges de pleL exercice, cléricaux, laïques, universitaires, pai tout vous pourrez fermer étroitement leur jDortes sur le mérite indigent, ou, si vous les lu

omrez. Il n^y entrera qu*à titre de grâce, de bourse, d'aumône, ou, ce qui est pis encore, de spéculation sur s(m talent ; tandis que dans notre plan, nous lui payons sans humiliation, sans faveur et sans distinction, comme à tous les autres enfants de F Etat, riches de leur patrimoine, la dette obligatoire d'un enseignement public et gratuit.

La maison du p^re, c'est la règle ; la maison du représentant du père, la pension, n'est que Fexception. Or, nous faisons tout pour le père, nous lui donnons tout, tout ce qu'il n'a jamais eu, savoir la pleine liberté de Téduration, avec la pleine supériorité, la pleine publicité et la pleine gratuité de renseignement.

Dans quel autre système que dans le nôtre, le clergé pourra-t-il mieux former le caractère, à la fois et nécessairement c ériral et séculier de ses prêtres, relever leur esprit k la hauteur des sciences et des lettres modernes, et se mêler à Téducation morale et religieuse de la jeunesse, par la liberté constitutionnelle de son action, par Texemple de ses vertus, et par la persuasion de ses doctrines et de ses œuvres?

Dans quel autre système que dans le nôtrf*, es professeurs des sciences et des lettres troureraîent-ils plus d'indépendance pour leur conicience, plus d'honneur et de salaire pourleuis alents, plus d'excitation pour leur zèle, plus ie facilité, de tranquillité, de décence et de ^rantie pour la tenue de leurs classes, plus de îberté, de diversité et d'étendue pour le prodrome de leurs leçons, plus de justice et d'espérances pour un avancement mérité, plus de reconnaissance et d'estime publique pour leurs travaux, plus de dignité pour leur profession 5t plus de sécurité pour leur avenir?

Dans quel autre système que dans le nôtre, le gouvernement trouvei ait-il plus de sincère tt fidèle observai ion des art. 5, 5, 12 et 69 de la Charte, tant dans leur tfxte que dans leur esprit et plus d'allégement de sa responsabilité, plus de certitude pour le choix actuel de ses professeurs et pour le choix futur de ses fonctionnaires ; pour la haute perfection des études, pour ks épreuves des méthodes, pour la courageuse et productive émulation des élèves, des institutions privées, des collèges publics et des grandes

villes; pour C€Ue heureuse et salutaire coniagion des cœurs et des es[a'ils, si nationale el si française, qui, par une sorte d'électricité littéraire et scientiûque, s'emparerait des écoliers de, toute religion et de toute opinion ; en lin pour le dégagement et la simplification de son action administrative, Timpartialité libérale et paternelle de ses examens, et la direction prévoyante de rinstruction publique ?

En accordant V éducation à tous, et YensHgne" ment à FEtat; à Véducalion, la liberté, la diversité, la pudeur, le salaire; k VenseignemenCyXobligation (4), la gratuité, la publicité, Tunité, n'avons-nous pas posé les deux termes de la transaction? IN'avons-nous pas résolu le problème de rinstruction secondaire ?

Qui pourrait se plaindre de notre solution, si constitutionnelle, si libérale, si nationale et s i conciliante?

Ce n'est pas les pères de famille. Car, libres chez eux, libres chez autrui, d'éduquer hygiéni-

(1) En tant que vous voulez monter, par l'échelle des grades et diplômes de l'Etat, aux emplois de TEtat.

8S quement, moralement et religieusement leurs fils, à leur volonté, commodité et rantaisie, ils préféreront que ce soit TËtat, dont ils attendent tons des places, qui leur indique et leur enseigne les leçons qui mènent aux grades , qui mènent aux places.

Ce n*est pas TÉtat, qui n'a, sauf la police, la salubrité, Vordre et les mœurs, aucun intérêt k gêner le père de famille dans la liberté de son éducation; qui, directeur de renseignement, communique à tous les citoyens, avec la manne de l'instruction publique, Famour de la nationalité et Tesprit de sa puissante unité; qui, en conduisant renseignement dans toutes ses filières, et tantôt en restreignant, tantôt en am[i1i(iant la collation des grades, suit, à mesure qu'elle marche , la civilisation, et proportionne avec un merveilleux accord, pour Tallure régulière de sa vaste machine, les ressources aux services, les forces à l'action, les moyens au but.

Ce n'est point les nouveaux établissements de plein exercice ; car voyez donc, aucontraire.

la beHe figure qnVm ta leur fiiire foire dans la loi nouvelle, avec leur conscience surTeillée, leurs livres censurés, leurs actes dénoncés, leurs programmes particuliers taillés de force dans le patron des programmes généraux de Tuniversîté, leurs professeurs mis au rabais, leurs élèves rois à Tindex, leurs baux ruineux, leurs capitaux dévorés et leur escarcelle vide !

Us lutteront, n*est-ce pas, contre les collèges de Taniversité qui ont pour eux, écoutez bien ced :

V Des bâtiments , jardins et dépendances, achetas, entretenus, et réparés par l'Etat ou par les villes ;

2* Un état-major de proviseurs, de préfets et de censeurs payés par TEtat ;

5^ Des bourses de TEtat, des départements et des communes ;

4^ Des subventions municipales ;

5** Une école normale ;

6® Des professeurs nombreux, babiles, bien payés, payés par l'Etat ;

7** Des examinateurs de Facultés, sortis des rangs de leurs professeurs ;

£f Un grand maître, ministre de Tinstructioi publique ;

9^ Un budget, sans limite d'augmentation TOté annuellement par les chambres ;

40^ Un réservoir inépuisable d'argent, qu*oi appelle le Trésor.

Criez maintenant : Concurrence! concurrence I dupes que vous seriez 1 prenez-vous donc le mot pour la chose ? Il n'y a de concurrence possible qu'entre des égaux (1).

Ce n'est pas non plus ( dans le sens de sor généreux et véritable intérêt) l'université, qui

(i) En poussant môme les concessions de la libert< d'enseignement jusqu'à ses plus extrômes limites; ei admettant que les collèges de plein exercice, laïques oi cléricaux, séculiers ou congréganistes si vous voulez délivrassent eux-mêmes les diplômes de baccalauréat è lettres et es sciences ; ou bien encore que la loi suppri mât, comme en l'an rv, celte expression présumée, e quelquefois menteuse, de la capacité, l'Etat n'en serai pas moins libre de ne nommer aux emplois que le élèves de ses propres collèges; et c'est parce qu'ils auront toujours ses préférences, c'est parce que les parent le savent bien, qu'ils mettront leurs fils dans les col léges de l'Etat, et qu'ils continueront, par impuissance et par lassitude, à souITrir l'oppression religieuse qu les y attend.

Bt, avec ses internats, son nom et son de corporation, pour prendre son Trai

celui d'Ëtat, verrait cesser tout sujet lerelle avec le clergé, puisqu'ils marient Tun et Tauti'c sur deux lignes pais, sans pouvoir se rencontrer, et, par quent, sans pouvoir lutter ensemble ni ire ; qui, ne se mêlant plus d'éducation [e, religieuse, ni philosophique, soit en le, soit en pratique, ne donnerait plus de é, le seul vulnérable, lien à aucune plainte Timination*, qui, n'ayant plus qu*à répaninstruction, de même que la magistrature id la justice, verrait ses professeurs ho- , décorés, rétribués et pensionnés, à l'égal lagistrats ; qui, affranchie de toute spécui mercantile, de toute rivalité industrielle

tout esprit de corps, veillerait avec les d'une mère, sur tous les élèves des cours es, et leur conférerait les grades avec Timilité d'un iuge ; qui n'aurait plus d'autre [ue d'exciter la généreuse envie desinstitnetdes pensions répétitrices, et de distribuer dignement avec cette profusion gratuite qu'

est c^e d'un people puissant, riche, nombr égal et libre, arec cette variété de connaissa scientifiques et littéraires, qui est le besoin a de toutes les classes de la société, et ave( choix, cette distinction, cette hauteur, celte é due, cette supériorité d'études que TEtat est capable de donner, et qui seules peuvent i marcher et soutenir la France à la tête d civilisation du monde.

Ce n'est pas le Ministre, qui, dégagé d double accusation qui pèse sur lui, n^ai plus à répondre au clergé et aux père famille, de la mauvaise éducation qu'il faî de la bonne éducation qu'il manque à> fa qui ne serait plus obligé de défendre, pic pied, les limites de sa juridiction, son coi royal, ses collèges, ses internats, sa com bilité, ses métaphysiciens, ses aumôniers, et verrait sa gestion administrative réduite à 1 tretien de quelques salles et d'un peu de bilier, et à Tordonnancement fort simple traitements et pensions des professeurs; i désobstrué de ces soins ingrats et matéri

pourrait se livrer tout entier au perfectionnement lies procédés et des méthodes, à la fécondation et au progrès des éludes, et à la culture eiclasive de cet enseignement intellectuel qui est le propre et véritable attribut d^un chef de rinstruction publique.

Ce n'est pas les Départements et Arrondissements, ni les Cités grandes et moyennes qui verraient, d'un côté, rinstruction grandir et s'amplifier dans leurs murs, et, d'un autre côté, le budget supplémentaire du personnel et les dépenses de construction, de réparation et d'en- -Iretien des bâtiments collégiaux, diminuer.

Enfin ce n'est pas le Clergé, qui, tout en re- ! vendiquant pour lui, avec raison, selon moi, la I sapériorité de l'éducation morale et surtout de l'édueation religieuse, reconnaît volontiers la prééminence de l'enseignement laïque ; qui lait très-bien que, sous une charte qui admet h liberté de tous les cultes et non la domination absolue du catholicisme, le catholicisme ne peut iiâred^ rédacation que par voie de persuasion

volontaire, et non par voie 4'affectation saperh et souveraine ; qui , salarié, entretenu, réma néré et disposé pour les exercices de la pré dication et de la prière y la distribution dn sacrements , rédification des mourants , h eonsolation des affligés et des malades, et 11 gestion laborieuse des évéchés et des paroisses, n'est pas constitué pour renseignement des ' lettres humaines ; qui est trop éclairé el trop raisonnable, pour vouloir que le niveau du notre enseignement classique s'affaisse et tonib< dans les bas-fonds d'une rivalité puérile et sani grandeur ; qui est trop bon français, pouç vouloir ôter de dessous les yeux de la patrie et par quer loin du siècle, dans les cloîtres d*une édir cation purement cléricale, des jeunes gens di siècle, qui, arrivés à Tâge des passions et roni' pant tout à coup leurs chaînes, remueraien avec effervescence ce monde nouveau où ili seraient lancés, et passeraient peut-être de fa candeur à la révolte des sens, des pratiques en la dévotion à Findifférence, et du mysticisDM à rimpiété ; qui est trop bon prêtre, pour m pas chercher la lin de ces hostilités qui ré^

{Higiient aux prêtres et qui sont si ftinttt» à la religion, et pour ne pas accepter la aolution heureuse de ce problème, si facile à trouver dans la diversité de Téducation et ronité de renseignement ; qui, au lieu de lutter contre Tuniversité , lutte que je dé* plore des deux côtés avec tous les bons citoyens, autant que je la crois fatale à la patrie, n'aurait plus qu'à disputer aux établissements particuliers, la contiance et le choix des pères de famille, et ne verrait plus dans Tuniversité, oa plutôt dans FEtat, qu'un auxiliaire et noii un rival ; qui pourrait, dans la pers(»ine de ses membres les plus habiles, contester aux laïques tes grades du baccalauréat, de la licence et de l'agrégation, et monter ainsi par voie de concours libre pour tous, égal pour tous, ouvert poar tous, dans les rangs du professorat.

Le clergé comprendra certainement que son intérêt le plus pressant, le mieux entendu^ serait d'envoyer aux cours publics et gratuits de TEtat, les élèves des petits séminaires, même et surtout ceux qui se destinent vocationneUemeni^la prêtrise, pour les mêler davaof

tage aux gens de la société et à la coDsidéral des choses humaines doiit ils se tiennent jourd'hui trop éloignés ; pour se faire pa ■les élèves laïques des amis, des juges impard et des soutiens ; pour donner à ceux-ci l'exeno de Tassiduité, du labeur et du devoir; pour ad jcir Tâpreté et rétonnement de mœurs et d'hj tudes trop solitaires qui les singularisent, et p relever les prêtres, par la haute culture de 1 .esprit , dans Testime intellectuelle du mon comme ils le sont déjà, par leur piété et Jenrs vertus, dans son estime morale et r< gieuse.

. 11 faudrait avoir sur les yeux Tépaisseur d triple bandeau pourne pas voir que, m^ dans le régime de la liberté d'enseignemen plus entière, il dépendra toujours d'un gouv nement hostile et monté contre les instituti , privées, de faire ce que je vais dire : Ou h le gouvernement, la main dans le coffre i poisable du Trésor, abaisserait le prix d< pension universitaire au-dessous du prix d< pension privée, tout en élevant le niveau < l^des, tandis quelles institutioni particulier

livrées à ieui's propres ressources, seraient «écessairemenl obligées d'abaisser le niveau de leurs éludes, en abaissaot le prix de leur pension ; ou bien le gouvernement rejetterait systématiquement, aux épreuves du baccalauréat, les porteurs de certificats d'études cléricales et laïques ; ou bien le gouvernement ne conférerait 'de places, d'emplois, de fonctions, qu'aux ba« cheliers sortis de ses propres collèges, sous pré texte de l'ignorance, de la non-nationalité, du jésuitisme et du mauvais esprit des bacheliers laïques et cléricaux, qui ne se laveront jamais à ses yeux du péché de leur origine (i ) ?

(1) Le gouvernement n'y serait-il pas conduit par Tanaiogie de ce qui se passe pour les avocats et les juges, tous sortis de ses écoles de droit ; les médecins, chirurgiens et pharmaciens, de ses écoles de médecine; les ofliciers de marine, de ses écoles navales; les olficiers de terre, de ses écoles militaires ; les ingénieurs, ^ de son école polytechnique ; les inspecteurs et gardes généraux, de son école forestière ; les instituteurs primaires et les professeurs, de ses écoles normales; et enfin les prêtres, des séminaires? Et vous voudries ^e le gouvernement, pouvant choisir un candidat sur dix, n'accordât pas la préférence aux élèves sortis de m collèges universitaires, de ses collèges à lui / Évi-

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