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PREFACE XXXI

si i*on veut faire œuvre utile, tout en allant aussi loin que possible par la pensée, dans la pratique il faut être de son temps.

Longtemps j'ai cru que la congrégation — pour ressusciter le langage que parlaient nos pères sous Charles X — était complètement abattue, qu'il n'y avait là qu'une façade, et que les jésuites n'étaient plus qu'un épouvantail à l'usage des francs-maçons comme les francs-maçons un épouvantail à l'usage des jésuites.

Je me disais que le clergé, tant régulier que séculier, avait réuni en lui à peu près toute la puissance sociale sous l'ancien régime ; qu'avant 1789 le pouvoir civil, malgré quelques rares et impuissantes velléités d'affranchissement, n'avait été que le serviteur très humble de la théocratie, le bras séculier mis à la disposition de l'Eglise ;

Je me disais encore qu'à cette époque l'Eglise avait tous les droits et que les sectateurs de la libre pensée n'en avaient aucun, si ce n'est celui d'être brûlés en place de Grève, et plus tard d'être embastillés, envoyés aux galères ou soumis aux dragonnades.

Je me disais enfin que l'enseignement appartenait alors exclusivement aux prêtres, et tout ceci me rassurait.

Puisqu'ayant tout en mains l'Eglise n'avait abouti qu'à ce grand cataclysme que fut la Révolution française et d'où est sorti le monde moderne , comment pourrait-elle être redoutable aujourd'hui, plus d'un siècle après 1798, alors que nous jouissons de la faculté d'enseigner, i'écrire, de parler, de nous réunir? C'est sous Tempire de ces idées que je prononçai en 1889 mon fameux discours de Tours, et plus tard à la Chambre, en 1894, le discours en faveur de la tolérance religieuse dans lequel j'étais

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bien près d'appuyer le fameux esprit nouveau de Spuller.

Les événements se sont chargés de me dessiller les yeux.

Avant la Révolution, les cléricaux, sûrs de leur domination, traitant de rêveurs ceux qui pouvaient être assez avisés pour prédire les catastrophes futures, s'endormaient dans le luxe, la paresse et la débauche, tandis que les encyclopédistes et les révolutionnaires de toute espèce travaillaient en déployant Tardcur des néophytes.

Mais depuis la Révolution, depuis 1870 surtout, les rôles sont changés. Les libres penseurs se sont abandonnés à la sérénité de la quiétude, et les moines ont commencé le travail de termites, qui, sans que rien apparût à la surface, minait la société.

L'affaire Dreyfus, bienfaisante entre toutes par ce qu'elle a fait apparaître au grand jour, nous a montré le danger : la matière explosible à côté de laquelle nous dormions sans défiance, le mont Pelée qui se préparait à jeter parmi nous la désolation et la mort.

J'ai vu cela. Il m'est apparu que ma tranquillité passée était sottise, qu'un péril immense menaçait non seulement la société d'aujourd'hui, mais aussi la société nouvelle qu'elle porte dans ses flancs et dont, malgré elle, il faudra bien finalement qu'elle accouche, et je me suis aussitôt placé à côté de ceux qui ont entrepris la lutte contre le cléricalisme.

Toutefois, je ne me dissimule pas les diflicultés de tous ordres qui nous attendent si nous nous arrêtons à mi-chemin. Dissoudre les congrégations non autorisées et respecter les autres est illogique. Elles procèdent toutes du même esprit, et les frères de la doctrine chrétienne qui empoisonnent les jeunes

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