PREFACE XXXIII
prolétaires ne sont pas moins malfaisants que les moines et les nonnes dont on ferme les couvents.
D'autre part, quoi qu'on en ait dit, l'habit ne fait pas le moine. Un jésuite de robe courte, un prêtre séculier, un laïque même façonné par la rue de Madrid ne recèle pas dans son enseignement un moindre péril que ne le recelait l'enseignement de ses maîtres. Il inculquera à ses élèves la même haine de la République, de la liberté, du socialisme, les mêmes conceptions imbéciles de la nature qu'on lui a jadis inculquées à lui ; et les générations qui sortiront de ses mains ne le céderont en rien à la sienne propre. Ce sont les doctrines qui adultèrent le cerveau ; ce n'est pas le costume porté par celui qui les développe, et — Ton peut se reposer sur nos bons pères — ils trouveront autant de professeurs qu'il leur en faudra pour continuer leur triste besogne d'obscurantisme et de rétrogradation.
Le seul moyen , sinon d'annihiler , du moins d'amoindrir les effets de leur effort serait évidemment de décréter le monopole de l'enseignement.
M. Waldeck-Rousseau avait bien imaginé, lorsqu'il présidait le conseil des ministres, un système de défense qui tenait le milieu entre le monopole et la liberté. 11 avait proposé un stage scolaire dans les lycées, obligatoire à tous ceux qui auraient aspiré à des fonctions de l'Etat, les personnes qui ne s'y seraient pas soumises devenant de ce chef incapables de les exercer.
Ce projet de stage a disparu sans être discuté. C'est tout ce qu'il méritait. Il était aussi antilibéral, aussi vexatoireque le monopole. 11 l'était même davantage, puisqu'en frappant les enfants d'une incapacité pour la faute qu'auraient commise les parents de les éloigner du lycée, il punissait les innocents aux lieu Laisant. 3
et place des coupables. En outre il aurait été de nul effet. Les Pères auraient ouvert des internats, et c'est eux qui auraient conduit les enfants au lycée chaque jour. Ceux-ci auraient ainsi passé quatre heures par journée d'étude dans les établissements de TEtat, et vingt heures dans ceux de la congrégation. Ces vingtquatre heures auraient largement suffi aux éducateurs catholiques pour détruire le peu d'esprit moderne que les professeurs nationaux auraient essayé de déposer dans leur cerveau.
Le système ne pouvait donc pas être défendu et il ne la pas été.
Nous nous retrouvons par suite en face du redoutable dilemme : ou nous conserverons la liberté d'enseigner, et nous arriverons à la constitution plus rapide qu'on ne le pense du monopole congréganiste, ou nous transformerons l'enseignement en service public, et ce • dernier système présente malheureusement de nombreux inconvénients sur lesquels je me suis déjà expliqué.
D'abord les jésuites ne tarderont pas à envahir rUniversité. C'est déjà fait à moitié, et le travail sera bientôt complété lorsqu'il y aura, à ce qu'il le soit, un intérêt fondamental pour TEglise. Les petites lâchetés incessantes du régime parlementaire seront là pour y aider. Trouvcra-t- on souvent des députés capables de résister aux sollicitations de qui assure leur réélection, et des ministres assez intransigeants pour refuser la nomination d'un simple professeur de collège communal au député qui peut par son vote amener la chute du cabinet? J'en doute, connaissant quelque peu les compromissions inséparables du parlementarisme — tout comme de la dictature du reste — , et j'avoue que personnellement je ne voudrais pas être mis à Tépreuve. Je déclare d'avance que j'y succombe-