‹ L'éducation fondée sur la scienceChapitre 15 sur 30 · PREFACE XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXXV

rais sûrement, et je ne serais certainement pas le seul.

L'homme de fer qui avait inauguré le Culturkampf anticatholique dans la protestante Allemagne a dû céder lorsque la majorité au Reichstag a dépendu des votes du centre. Il faudrait bien peu connaître les hommes et les choses pour faire plus de fond sur nos assemblées mouvantes que les Allemands n'ont pu en faire sur Bismark.

Tel est le premier inconvénient du monopole. Il rassurera les libres penseurs, qui ne demanderont pas mieux que d'abandonner la lutte dès qu'il se croiront suffisamment garantis par les institutions, et le clergé régulier ou séculier accomplira d'autant plus sûrement la besogne qu'il se sentira moins surveillé.

D'autre part, nous l'avons déjà dit, si même ce péril à peu près inévitable pouvait être évité, un dogme laïque ne tarderait pas à se substituer au dogme religieux ; ce serait le culte de Tarmée, de la propriété privée, de la morale bourgeoise qui dominerait dans nos écoles, et ce nouveau culte n'attendrait pas vingt-cinq ans pour être aussi préjudiciable que l'autre au progrès.

II est bon d'ajouter que la séparation des Eglises et de l'Etat, si désirable à tant d'autres ^égards, ne résoudrait en rien le problème de l'instruction publique et de l'éducation.

Que la sécularisation de la société s'accomplisse, jusqu'au bout, que la religion devienne une simple affaire de conscience individuelle, qu'on ne fasse pas payer aux libres penseurs le service d'un culte qu'ils repoussent, c'est si naturel qu'on se demande comment depuis 1870 la routine a pu être assez forte pour empêcher la réalisation d'une réforme si néces-

XXXVI l'éducatio:s fo^ïdée sur la science

saire et si complètement en harmonie avec les principes sur lesquels nos sociétés reposent.

Mais de ce que l'Eglise sera séparée de l'État, ce ne sera point une raison pour permettre aux couvents de pulluler et d'abêtir les populations. Sous couleur de liberté personne ne permettrait aux mormons d'enseigner la polygamie et aux Thugs d'enseigner l'assassinat. Ces cultes ne sont point reconnus par l'État. Par ce côté tout au moins, ils sont dans la situation où se trouveraient, après la dénonciation du concordat, les trois cultes qui sont actuellement reconnus chez nous ; et cependant s'ils ouvraient des écoles, et surtout si l'on reconnaissait dans ces écoles une indéniable puissance de multiplication et de prosélytisme, ceux-là mêmes ne seraient pas les derniers à en réclamer la fermeture, qui à cette heure profèrent avec le plus de violence autour des monastères le cri de Vive la liberté!

Par conséquent si l'enseignement clérical recèle les graves périls que nous avons signalés, il serait nécessaire de le combattre après comme avant la séparation définitive du spirituel et du temporel.

Nous sommes donc toujours placés en face du problème : obligés, ou de recourir au monopole, ou de demeurer les bras croisés — car c'est demeurer les bras croisés ou faire pire que de prendre des mesures inefficaces qui surexcitent les passions sans nuire à l'ennemi.

Dans ces conditions, personnellement, après avoir nettement pesé le pour et le contre, et après de nombreuses perplexités, je n'hésite plus et je me prononce actuellement pour le monopole.

Ce sera une révolution, et il est rare qu'au moment au moins où elles s'accomplissent, les révolutions ne soient pas bienfaisantes. Celle-ci jettera le désarroi

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