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PREFACE XLI

ment doit être donné par les meilleurs, par les plus éclairés, par les hommes dont la mentalité dépasse la moyenne ; et ce sont les enfants élevés par ces aristoï qui, par une action rétroactive, doivent faire l'éducation de leurs ascendants au lieu de la recevoir d'eux. Les Chinois, qui font remonter la noblesse au lieu de la faire descendre, ne sont pas aussi sots que généralement on le suppose. Il y a dans cette conception comme un symbole de ce que doit être l'éducation dans les siècles futurs.

Alfred de Vigny a dit excellemment en parlant des aïeux :

C'est en vain que d'eux tous. le sort m'a fait descendre. Si j'écris leur histoire, ils descendront de moi.

Mais j'ai parlé de la famille élargie. Je m'explique. Je crois à un avenir communiste. Mais je ne crois pas i une concentr.ation collectiviste entre les mains d'un pouvoir central. Un tel pouvoir deviendrait plus tyrannique que les plus effroyables despotismes enregistrés par l'histoire, et il ferait certainement regretter l'état actuel, si épouvantable qu'il soit.

L'organisme, collectiviste d'abord, communiste ensuite (et sur ce point les écoles collectivistes et anarchistes si profondément séparées en apparence sont plus voisines qu'on ne le croit généralement et qu'elles ne le croient elles-mêmes), ne sera point un organisme centralisé. Ce sera une fédération d'organismes professionnels libres qui constitueront la cellule sociale, c'est-à-dire la véritable famille de nos descendants.

Il y a trente ans environ, en compagnie de son créateur, je suis allé visiter dans l'Aisne, près de Saint- Quentin, le famihstère de Guise. Cet établissement s'est, paraît-il, considérablement développé depuis,

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et il a tenu toutes les promesses qu'il faisait déjà au moment où j'y recevais l'hospitalité. Mais je ne l'ai plus revu et je n'en puis parler que par ouïdire.

11 me suffit toutefois de rappeler ce que j'ai vu il y a un tiers de siècle. M. Godin — dont la femme commune en biens, poussée par les prêtres, avait entravé l'œuvre par une séparation, en enlevant au mari la moitié de sa fortune — était cependant parvenu à édifier une usine prospère, à laquelle il avait adjoint des habitations saines, coquettes et à bon marché pour les ouvriers.

11 avait en même temps organisé une crèche pour les enfants en bas âge, une école enfantine et une école plus élevée, où les enfants étaient maintenus dans la propreté sous la surveillance d'ailleurs de leurs mères, et recevaient, dès que l'âge le permettait, une forte éducation.

Dans nos familles actuelles, l'émulation est Tun des moyens les plus employés et les plus féconds pour faire d'honnêtes gens. « Jamais notre famille, dit le père à son fils, n'a commis la plus légère faute contre l'honneur. C'est ce qui fait que nous sommes respectés et que nous portons partout la tète haute. J'attends de toi que tu continues cette saine tradition et qu'au lieu de le dilapider par une mauvaise conduite, tu accroisses le patrimoine de probité et d'honleur que je te laisserai et qui vaut mieux que la "or tune. »

Cet enseignement est malheureusement contredit 3ar les conversations intéressées, malhonnêtes, sorlides, qui montrent trop souvent à nu aux enfants '-Wie véritable de leurs parents, et qui les portent à ter des préceptes qui leur sont enseignés. Malgré il constitue ce qu'il y a de mieux certainement

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