PREFACE XLIII
dans rédacation morale telle que la pratiquent nos familles prolétariennes ou bourgeoises.
A Guise, ce n'est plus le père et la mère qui sont chargés de ce soin ; ce sont les professeurs, les éducateurs choisis parmi les meilleurs, les plus intelligents, les plus dignes. Ce n'est plus la famille qui est mise en cause, c'est le familistère, cet organisme familial d'un degré supérieur. Reprenez le précepte ci-dessus, bornez-vous à y remplacer le mot famille par le mot familistère, et vous aurez le type de l'enseignement moral qui était donné à Cuise vers 1870.
Et remarquez bien, mon cher Laisant, qu'ici les contradictions que je viens de signaler entre les préceptes formulés par les pères parlant à leurs enfants, et les exemples qu'ils leur donnent, n'existent plus.
A Guise, les pères ne sont plus les éducateurs de leurs enfants, mais leurs élèves. Ayant reçu les notions de l'honneur de professeurs à la hauteur de leur tâche, si les enfants aperçoivent chez leurs père et mère des idées contradictoires aux principes qu'ils ont reçus de leurs maîtres, s'ils les voient se livrer à des actes opposés à la morale qu'on leur a enseignée, ils n'en sont plus conduits au scepticisme et au doute ; mais ils sont révoltés de l'infériorité de leurs parents, dont ils se font les éducateurs à leur tour.
Voilà ce que m'a fait voir Thomme de bien que fut M. Godin. « J'ai l'intention, me disait-il, de léguer mon usine et ses dépendances à l'ensemble de mes ouvriers. Mais je ne la leur livre pas encore parce que la population ouvrière qui l'habite la laisserait périr entre ses mains. Elle n'est point au niveau d'intelligence et de moralité qu'elle doit avoir pour gérer et mener à bien cette belle affaire. Il me faut une gène ration élevée au familistère : celle-là sera digne de me succéder, et elle me succédera. »
xLiv l'éducation foîîdée sur la science
M. Godin a tenu parole, et aujourd'hui la Coopérative de Guise va tous les jours en se développant.
Que les bourgeois ne comprennent- ils tous leur rôle à la manière de M. Godin ! La transformation sociale se réaliserait sans à-coups, sans révolution, sans lutte. Malheureusement les esprits de cette envergure sont rares. L'ignoble intérêt individuel masque aux privilégiés la noble mission qu'ils pourraient accomplir, et il les empêche de goûter la plus grande joie, la joie la plus enivrante que puisse ressentir l'homme : celle de se dire qu'il n'a pas traversé le monde en inutile et que son passage sur la terre a servi à accroître le patrimoine de richesse morale et de bonheur que poursuit avidement notre pauvre humanité.
Quoi qu'il en soit, cet îlot perdu au milieu de la masse des bagnes industriels qui sont chargés actuellement de la production, le familistère de Guise, est un embryon de ce que seront les groupes solidaires et fédéraux, auxquels sera réservée la production dans l'avenir. C'est un de ces organes d'une société future qui s'implantent dans la société actuelle et qui en préparent la transformation.
Je crois donc pouvoir dire que ce qui se passe à (luise au point de vue de l'enseignement nous permet d'apercevoir comme dans une espèce de miroir magique, comment nos descendants résoudront ce capital problème.
Plus d'Ktat, dans le sens actuellement attribué à cette expression ; plus de religion dépressive et abêtissante; à leur place, un pullulement d'organismes vivants, d'associations actives, fraternelles, solidaires, rivalisant entre elles au point de \uc de l'éthique et de l'esthétique (et non plus au point de vue du lucre) par la beauté de leurs produits — produits au nombre