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I. Conférence du i5 février

Laisant. 6

tiation mathématique, est un merveilleux appareil enregistreur, mais d'une délicatesse extrême. Et j'ajoutais que c'est grande pitié quand on voit des mains maladroites ou brutales manier lourdement cette machine de précision, ne pas savoir en tirer ce qu'elle peut et ce qu'elle doit rendre, et souvent fausser les ressorts d'une façon irrémédiable. Si de telles remarques sont incontestablement applicables à l'étude première des nombres et de l'espace, combien davantage encore elles s'appliquent à l'initiation aux phénomènes physiques !

Epris de curiosité, avide de faits, l'enfant, le petit enfant est admirablement doué pour voir et retenir les phénomènes, et par cela même pour s'y intéresser. S'ils offrent une apparence un peu paradoxale et incompréhensible tout d'abord, ils ne s'en implanteront que mieux dans le cerveau. Il suffit d'avoir observé quelquefois un auditoire enfantin assistant à une séance de prestidigitation, pour constater cette vérité. Les exclamations, les cris de joie, les rires de ces petits êtres montrent assez l'attention avec laquelle ils suivent le spectacle, auquel s'ajoute encore cette admiration du merveilleux, de l'incompréhensible, que l'homme actuel tient de ses ancêtres, héritage dont il faudra des siècles bien nombreux peut-être pour se débarrasser.

Cependant, mettre des faits sous les yeux d'un enfant ne suffit pas. Il faut tout d'abord apprendre à voir, et sans que l'apprentissage soit difficile, encore faut-il y penser et s'en préoccuper. Je dis que c'est chose lacile, parce qu'on y amène l'enfant par une véritable suggestion, et qu'il est suggestionnable au plus haut degré. Du reste, soit dit en passant, l'éducation tout entière est-elle autre chose qu'une suite

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îninterrompue de suggestions ? C'est une banalité que de dire que l'élève doit avoir confiance en son maître, pour tirer des leçons qu'il reçoit tout le profit possible. Cette confiance présuppose évidemment une action psychologique, personnelle, une influence morale et cérébrale ; si elle est mal placée, si le maître n'en sait pas tirer parti, l'influence sera nulle, quelquefois funeste ; mais si la confiance ne s'est pas implantée, il n'y aura pas d'enseignement, pas d'éducation. Tout y contribue, l'intonation, le geste, Tallure ; et l'on pourrait placer indéfiniment un petit €tre humain en présence d'un phonographe lui racontant les plus belles choses du monde dans la plus belle langue imperturbable, sans obtenir le moindre résultat éducatif.

Donc il faut apprendre à voir ; c'est la première des conditions pour commencer à pénétrer dans ce domaine des sciences physiques. Quand j'emploie ce mol voir, j'entends voir par tous les sens, se rendre un compte précis des perceptions arrivant au cerveau par l'intermédiaire de l'oreille, de l'odorat, etc., aussi bien que de l'œil. Il faut en outre que ces perceptions ne soient pas éphémères, mais qu'au contraire elles s'enregistrent dans la mémoire d'une façon durable. On y arrivera, ici comme partout, grâce à la répétition des mêmes impressions ou d'impressions analogues.

Mais de quelle nature sont ces impressions, et comment les faire naître? Il faut ici que j'arrive à un éclaircissement nécessaire.

Je parle des sciences physiques ; à proprement dire, toutes les sciences sont physiques, toutes les sciences sont expérimentales. Cependant, au milieu de l'infinie variété des faits que nous présente la nature, il a fallu,

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pour s'y reconnaître, opérer une classification. Ellcr était indispensable pour permettre de se retrouver dansce dédale ; mais elle n'est ni absolue ni parfaite, ni éternelle ; et elle est loin d'avoir l'importance qu'on lui attribue généralement. Toutes les sciences s'entr aident et se pénètrent ; aucune n'a des frontières bien nettement délimitées. Malgré cela, l'ensemble des phénomènes considérés dans l'étude de ce que nous appelons la Physique et la Chimie correspond suffisamment à l'objet que j'ai en vue, surtout lorsqu'il s'agit exclusivement de la première initiation, et no» d'une élude approfondie. Je laisse donc systématiquement de côté le domaine des sciences naturelles, ou la pure observation joue un rôle prépondérant, qui dépasse de beaucoup celui de l'expérience ; et toutes les observations que j'aurai à vous présenter s'appliqueront aux deux sciences dont je viens de prononcer le nom.

Toutes deux sont d'une importance pratique dont l'évidence crève les veux : toutes deux ont fait d'immenses progrès au cours du xix® siècle, ont conduit à d'innombrables applications, qui ont transformé les conditions de la vie humaine; toutes deux étudient des phénomènes qui nous enveloppent, qui nous enserrent, qui pèsent sur notre organisme physique et moral h tous les instants de notre existence. Nous vivons dans un immense laboratoire, chacun de nous est un laboratoire ; et le plus vulgaire des faits naturels que nous pouvons contempler ou dont nous pouvons éln» ailecté représente une collection pour ainsi dire infinie de phénomènes physiques ou chimiques superposés. C'est précisément cette supoqx)sition qui nous aveugle ; pour connaître ces jJiénomèncs, pour en avoir la perception précise, il faut arriver à les isoler, au moins relativement, à créer

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un mode d'expérimentation qui fasse tellement prédominer le phénomène principal qu'on a en vue, que tous les autres passent inaperçus. C'est, dans le domaine de l'expérience, une opération un peu analogue à celle de l'abstraction mathématique, et qui doit s'inspirer des mêmes principes.

Mais quand on aura isolé, ou à peu près, un fait spécial, quand on en aura fait pénétrer la perception dans le cerveau de celui à qui on le présente, on n'aura pas beaucoup avancé. Un fait isolé ne prouve rien; il frappera d'étonnement peut-être, mais n'inslruira pas ; d'autre part, deux faits physiques ne sont jamais identiques, pas plus que deux objets, pas plus que deux feuilles d'arbre ou deux grains de sable. Seulement, si deux phénomènes sont produits dans des conditions d'analogie très grandes, nous considérons ces conditions comme identiques. C'est encore une abstraction. Puis si, dans ces conditions assinailables, les choses se passent la seconde fois dune façon qui nous paraît être la même que la prenaière ; si, recommençant vingt fois, cent fois, mille fois, il en est de même, alors l'esprit est frappé de cette concordance, et il arrive à la notion de loi physique, toute loi pouvant s'exprimer ainsi : lorsqu'on se sera placé dans telles et telles conditions déterminées, tel fait se produira et pourra être constaté.

L'énoncé sous cette forme peut quelquefois devenir d'une complication et d'une obscurité extrêmes. D'autre part, les lois physiques ainsi comprises ne nous instruiraient que sur des faits isolés, ne relieraient pas ces faits entre eux, n'expliqueraient rien, ne donneraient pas de satisfaction à l'esprit et ne feraient guère avancer la science ; les progrès de celle-ci ont

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invariablement consisté à expliquer un plus grand nombre de faits particuliers par un fait plus général, qui leur sert de cause; de cause immédiate, bien entendu, les causes premières étant inabordables et anti scientifiques.

Nous n'en avons pas fini encore. Une pareille explication, un tel rattacbement d*un ensemble de faits spéciaux à un fait général n'est possible qu'avec l'intervention de Thypothèse. L'hypothèse dans les sciences physiques remplit un rôle à la fois très important et très délicat. Elle est indispensable ; sans elle, pas de science possible ; et d'autre part, si on lui attribue la valeur d'une réalité effective, on peut tomber dans les plus grossières erreurs et l'on s'interdit tout progrès. Ce n'est en somme qu'une supposition de nature à expliquer les - phénomènes observés et connus. Bonne et utile tant que des phénomènes nouveaux ne viennent pas la contredire, elle cesse d'être acceptable à partir du jour où des découvertes bien établies en démontrent l'insufiBsance. Certaines hypothèses peuvent subsister pendant des siècles ; d'autres n'auront qu'une durée éphémère; toutes auront eu leur utiUté; toutes deviendraient funestes si Ton s'y attachait comme à des articles de foi, puisqu'on serait conduit à les conserver encore, alors qu'elles auraient rempli leur tâche, et cesse d'expliquer les faits de la nature. Les exem[)l('s abondent ; l'histoire de la science m'en fournimit à Toison ; mais je veux éviter d'allonger inutilement cet entretien, et je vous demande de me faire crédit sur ce point, et d'admettre de confiance une vérité banale, dont le contrôle peut du reste aisément se faire par chacun.

Vous voyez — et c'est le but que je voulais seule-

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ment atteindre en plaçant sous vos yeux ces observations — quelles précautions logiques, quelle complexité des opérations de l'esprit exige Tétude des sciences physiques . Vous voyez combien j'avais raison dès le début, à l'encontre d'un préjugé trop général, de vous mettre en garde contre le degré de difficulté psychologique qu'on a coutume d'attribuer aux sciences mathématiques par opposition aux sciences physiques. Dans ces dernières, l'abstraction, comme dans les premières, intervient d'une façon impérieuse, et il y faut ajouter, vous venez de le voir, une foule d'autres éléments. Pour être complet, nous devons dire encore que l'étude approfondie de la physique et de la chimie exige absolument la notion de mesure ; que la science des quantités est par conséquent indispensable dans ce nouveau domaine ; et que même c'est la nécessité d'analyser les faits de la nature qui a vraiment provoqué la création de la science mathématique.

Telle est la vérité. Et cependant, chacun de nous ne sent-il pas que l'étude dont nous parlons est devenue et devient chaque jour plus indispensable à chaque être humain d'instruction moyenne P Sous peine de vivre en aveugle dans un monde où se présentent en foule les applications industrielles des sciences physiques, il n'est pas permis d'en ignorer les éléments. Une certaine culture, sur ce point, nous est d'autant plus indispensable que les applications auxquellçs je fais allusion se présentent jusque dans le fonctionnement normal de la vie quotidienne, de la vie domestique.

Rien n'est plus vrai, me rcpondra-t-on peut-être. Et la nécessité de l'étude des sciences physiques, au moins dans leur partie élémentaire, est tellement peu contestée que cette étude figure dans tous les

programmes de l'enseignement secondaire, et qu'on l'exige pour les plus modestes diplômes. A merveille. Mais cette instruction, comment la donne-t-on ? comment serait-il raisonnable de la donner ? Voilà ce que je voudrais maintenant examiner avec vous.

Je veux bien croire que les choses se sont un peu améliorées depuis les très longues années qui me séparent de l'époque où l'on m'enseigna les premières notions de physique et de chimie dans un lointain collège de province. Un vieux professeur à l'apparence bourrue nous dictait mot à mot son cours. Il fallait respecter jusqu'à la disposition calligraphique, mettre la ponctuation comme il l'indiquait, et représenter les cahiers à la leçon suivante. Les interrogations équivalaient, ou peu s'en faut, à une récitation. La moindre défaillance de mémoire, la plus légère inexactitude dans la tenue du cahier amenaient de sévères punitions. On allait en tremblant à la leçon de ce terrible homme. Ses dictées cependant étaient quelquefois interrompues par des expériences. Mais la salle était obscure, le nombre des élèves assez grand, et la discipline la plus sévère interdisait' de quitter sa place pour tâcher de voir quelque chose. La vérité, c'est que nous n'avions d'autre ressource, pour essayer d'acquérir quelques notions, que l'étude dans un livre; si d'ailleurs un élève se fût permis de demander un éclaircissement quelconque au professeur, il eût été considéré comme un mauvais esprit et traité de façon à lui faire passer toute velléité de récidive.

Je le répète, les choses ont assurément changé depuis lors, mais moins dans le fond que dans la forme. L'enfant n'est l'objet, en réalité, d'aucune initiation préalable. Dès le début de ses études dans le do-

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maine des sciences physiques, on lui donne (et Ton ne peut guère faire autrement) un enseignement doctrinal tout préparé, sans participation directe de son initiative d'esprit ; là, comme ailleurs, c'est la mémoire qui est surtout en jeu, ce sont des mots qui entrent dans son esprit ; les hypothèses se transforment vite en articles de foi ; quant aux expériences, il les voit de loin, n'y participe guère, même en pensée; et les manipulations, bien rares du reste, n'arrivent que plus tard.

D'un pareil système on ne doit raisonnablement faire reproche ni au corps enseignant, ni aux hommes chargés de l'administration des établissements universitaires. Les uns et les autres se débattent au milieu d'insurmontables dilhcultés ! Ce qui est vicieux, c'est le plan général de l'organisation de l'enseignement scientifique, c'est la méconnaissance des facultés de l'enfant, l'obstination systématique à vouloir obtenir de lui ce qu'il ne peut pas donner, et à ne pas profiter de ses dispositions naturelles. Supposez en effet, au lieu du tableau que nous venons d'esquisser, un auditoire de jeunes gens, entraînés depuis leur enfance, depuis l'âge de cinq ou six ans par exemple, à l'observation des faitâ"; supposez qu'en se jouant, ils aient eux-mêmes provoqué ces faits, c'est-à-dire pratiqué de nombreuses, expériences. Les théories qu'on leur présentera, étant donnée cette préparation antérieure, n'auront plus pour objet que de coordonner des notions précédemment acquises, que de préciser l'idée de loi pliysique, entrevue le plus souvent d'instinct, et à laquelle il n'y a plus qu'à attribuer un caractère systématique. Quant aux expériences, elles intéresseront, parce qu'on y retrouvera des choses déjà vues, déjà faites, et maintenant mieux expliquées et

plus complètement comprises. Pour tout dire d'un mot, il est nécessaire, là encore, de faire précéder renseignement rationnel d'une initiation expérimentale, instinctive, dépouillée de tout appareil pédagogique apparent, autour de laquelle on cherche à amuser l'enfant, à profiter de sa curiosité natureUe, sans jamais lui demander un effort de mémoire.

Je vais maintenant au-devant de l'objectio.n Toute cette théorie éducative, me dira-t-on, est en effet charmante et séduisante, mais c'est une pure chimère. Elle est radicalement inapplicable. Avez-vous les moyens matériels de la mettre en œuvre? Faudra-t-il que dans chaque famille, dans chaque école primaire ou maternelle, on installe un cabinet de physique et un laboratoire de chimie ? Où trouver les ressources ? Où trouver le personnel ?

Eh bien 1 l'objection ainsi présentée est d'une réfutation facile. La nature entière, je l'ai dit plus haut, est un vaste laboratoire ; elle place sous nos regards d'incessants phénomènes, et il suffît d'ouvrir les yeux pour en retirer les plus précieux des enseignements. Mais cela n'est certainement pas tout, et il faut, à côté de l'observation, instituer Texpérience, Or, en s'inspirant des idées de Frœbel et de Pestalozzi, des tentatives qui ont été faites, depuis un certain nombre d'années, qui fournissent la plus topique des réponses. Elles succédaient d'ailleurs à de très nombreuses publications antérieures qui, sous le nom de Récréations scientifiques, ou sous d'autres appellations analogues, méritaient de retenir l'attention. 11 semble que les hommes chargés par leurs fonctions du développement intellectuel de la jeunesse auraient dû se précipiter avec avidité sur les nouveaux moyens qui leur étaient offerts, les analyser, les étudier, en

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tirer la quintessence, réformer de fond en comble renseignement, avec le concours de ces éléments inespérés. Tout au contraire, ils sont passés à côté de ces tentatives avec une suprême indifférence, accompagnée d'un dédain non dissimulé. Les auteurs de récréations scientifiques à leurs yeux n'étaient que de vulgaires amuseurs. Songez donc 1 Apprendre quelque chose à l'enfance sans l'ennuyer ; quelle folie 1 Lui mettre dans le cerveau une longue suite d'observations, de faits, de résultats, et la préparer ainsi à recevoir plus tard des idées justes, à réfléchir, à raisonner ; quelle entreprise révolutionnaire ! Le spcclacle que nous donne l'administration pédagogique m'autorise à dire que nous ne sommes pas beaucoup plus avancés à ce point de vue qu'on ne l'était au moyen âge.

Voulant éviter de m'étendre indéfiniment, je me bornerai, parmi les innovateurs dont je viens de parler, à vous en signaler un très petit nombre.

C'est d'abord un volume de Gaston Tissandier : Les Récréations scientifiques : la Physique sans appareils; la Chimie sans laboratoire y dont j'ai entre les mains un exemplaire de la 6* édition, portant la date de iSgS. L'Académie française, en i883, avait donné à l'auteur l'un des prix Montyon destinés à récompenser les livres utiles. Puis, La Science amusante, en 3 volumes ; l'auteur, qui signe Tom Tit, est un ingénieur fort remarquable, et dont la grande instruction se révèle aisément aux yeux de qui cherche un peu à lire entre les lignes.

Dans l'un et Tautre de ces deux excellents ouvrages, le même esprit se révèle : on se propose, sans dépense appréciable, en se servant à peu près uniquement d'objets usuels se trouvant dans toutes les

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familles, d'iostituer de petites expériences qui font apparaître beaucoup de faits, et mettent en relief beaucoup de lois.

S*agil-il de la pesanteur, des propriétés du centre de gravité des corps solides, du pendule, de la chute des corps? Des pièces de 5 ou lo centimes, des bâtons, des couteaux, des fourchettes, des verres, des bouteilles, des bouchons, des aiguilles permettront de mettre sous les yeux de l'enfant une quantité considérable de faits. Bien mieux, on l'exercera à préparer et à faire lui-même les expériences. L'habileté de la main se formera, en même temps que Tatlention se portera sur le sujet, avec une bien autre intensité que sur une leçon qu'il faudrait apprendre par cœur pour la réciter ensuite. Avec un simple canif, tiré de sa poche, Técolier fera tenir un crayon par la pointe sur le bout du doigt. Cela ne lui donnera-t-il pas, sur la stabilité des corps pesants, une notion plus précise, le satisfaisant mieux, que des raisonnemeots puisés dans un livre ? Les raisonnements viendront plus tard, en leur temps, lors de l'étude rationnelle. N'oublions jamais que nous sommes dans la période d'initiation. Un bâton, auquel on suspendra par son extrémité un seau plein d'eau, fera saisir à la fois les propriétés du centre de gravité et celles du levier.

Nous arrivons à l'hydrostatique. L'équilibre des llcjuides superposés, le principe de Pascal, l'extension aux gaz de quelques-unes des propriétés des liquides exigeront comme matériel de l'eau, du vin runge, de l'huile, quelques verres communs, des verres de lampe, parfois un bout d'étoffe légère. La ])rossion atmosphérique sera mise en évidence à raide du même matériel.

Pour la capillarité, il faudra des tiiguilles à coudre,

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des allumettes, un verre d'eau. Avec quelques pièces de monnaie, on fera ressortir l'importance des ménisques liquides, que même des personnes instruites ne soupçonnent guère, si elles n'y ont pas réfléchi en regardant de près les phénomènes.

Les propriétés générales des gaz, la chaleur, Télectricité, le magnétisme, l'acoustique, la lumière se prêtent aussi à des expériences improvisées qu'il serait fastidieux d'énumérer ici. Dans beaucoup d'entre elles, les phénomènes chimiques se produisent parallèlement, et peuvent aisément être remarqués de l'enfant, pourvu qu'on l'incite à y porter son attention.

C'est un véritable honneur pour l'Académie française que d'avoir accordé un prix important à l'éminent directeur du journal La Nature, pour son ouvrage si utile. Il est cependant, — qu'on me permette cette petite remarque incidente, — un peu bizarre peut-être, que le soin de récompenser des œuvres scientifiques incombe à l'Académie française. Sans doute, en revanche, quelque jour, verrons-nous des œuvres littéraires jugées par l'Académie des sciences. Ce sont là de ces paradoxes élégants, dont l'absurdité sans importance ne saurait choquer que des étrangers, ne comprenant rien à la légèreté et à la finesse de notre esprit français. Ce qui est plus grave que tous les prix académiques, c'est le fond des choses. Aujourd'hui, malheureusement, M. Gaston Tissandier est mort. Mais si la prétendue organisation de l'enseignement public de l'enfance était chez nous autre chose qu'un vaste décor, ce grand éducateur aurait été appelé par les pouvoirs compétents, au lendemain même de la publication de ses Récréations scientifiqueSy et invité à organiser le premier enseignement des sciences expérimentales.

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A l'heure actuelle, des administrateurs soucieux du développement intellectuel de l'enfance chercheraient à découvrir qui se cache modestement sous le pseudonyme de Tom Tit, et trouveraient là un inspecteur général de l'Instruction primaire, qui ferait certainement plus en quatre ou cinq ans, que tou» les bureaux officiels n'ont pu faire en un demi-siècle.

Dans l'ordre d'idées où je me suis placé, je voudrais vous signaler encore une petite curiosité bibliographique que j'ai gardée précieusement depuis plus de quarante années. C'est un modeste Almanach de la chimie pour i856, publié à Rouen et signé des simples initiales H. du M., dont je n'ai jamais découvert (ni d'ailleurs essayé de découvrir) le mystère. J'y trouve, entre autres curiosités, une usine à gaz en miniature, obtenue au moyen d'une pipe de 5 centimes, d'un réchaud de cuisine et d'une poignée de terre glaise. J'y rencontre aussi, à propos de la conservation des viandes, un passage qui vous frappera certainement, lorsque vous vous souviendrez de l'époque à laquelle les lignes suivantes étaient écrites :

« M. Malaguti (professeur de chimie agricole à la Faculté de Rennes) a appelé l'attention de ses auditeurs sur une expérience faite récemment par MM. Schroder et Dush, qui pourrait, a-t-il dit, contenir le germe d'un moyen de conservation fort bizarre. Ces messieurs ont conservé pendant vingt-cinq jours du bouilli plongé dans son bouillon, en renouvelant l'air contenu dans le récipient ; mais l'air qu'ils remplaçaient sans cesse était obligé, avant d'arriver au contact du bouillon, de parcourir un tube long (le Go ccntimctros et large de 5 centimèlres, rempli d'ouate de coton.

(( 11 est possible qu'un jour on parvienne à popu-

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lariser ce moyen, qui semble prouver que si l'oxygène est indispensable pour provoquer la putréfaction, dans quelques cas il a besoin de l'intervention de certains principes qui l'accompagnent dans l'air et qui jusqu'à présent nous sont encore restés inconnus.

« Toutefois, il nous semble que ces principes pourraient bien être des sporules de moisissures invisibles à l'œil, mais dont l'existence est démontrée par la production de la moisissure elle-même. »

Cela ne vous produit-il pas un peu l'impression d'une prophétie, qui ne porte du reste aucune atteinte à la gloire de Pasteur?

De cette citation, qui pourrait paraître un horsd'œuvre, je tirerai seulement une conclusion : c'est que l'histoire de la science, surtout celle des sciences physiques, devrait tenir dans notre enseignement, à tous les degrés, une place plus importante. N'est-il pas plus intéressant pour l'esprit d'un enfant, de suivre les progrès d'une idée, d'être initié à la vie des savants, à leurs luttes, à leurs efforts, plutôt que d'enregistrer la série des massacres et des crimes, de toutes sortes, et la chronologie sèche et vide qui composent assez généralement la substance de l'enseignement élémentaire de l'histoire ?

Pour revenir plus directement à mon sujet, je dois accorder que les moyens si précieux sur lesquels j'ai appelé votre attention, et qui sont énumérés notamment dans les livres de Gaston Tissandier et de Tom Tit, ne suffiraient peut-être pas à une initiation complète aux sciences physiques.

Pour rélectricité, notamment, une petite machine statique, un élément de pile sont des compléments utiles, sinon indispensables, pour produire plus aisé-

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ment et d'une façon plus frappante certains phénomènes. En chimie, un petit matériel spécial serait aussi précieux. Mais tout cela représente une dépense très légère, et beaucoup de familles pourraient aisément s'outiller de la sorte. En tout cas, les écoles pubHques devraient partout, sans exception, jusque dans les moindres hameaux, être pourvus de ce petit matériel. Que de dépenses, au centuple, inutiles et parfois nuisibles, figurent dans les budgets municipaux I

C'est une honte, que chaque école n'ait pas, sous une forme rudimentaire, sa collection et son outillage scientifique, son cabinet de Physique embryonnaire, son laboratoire lilliputien, ses modèles, son musée. Celui-ci se compléterait souvent, sans bourse délier, en y ajoutant quelques-uns de ces jouets que nous voyons apparaître au commencement de chaque année^ productions éphémères oubliées et dédaignées bientôt, et qui cependant sont si souvent de véritables merveilles d'ingéniosité mécanique ou physique. Ces jouets pourraient et devraient contribuer a l'instruction ; on les abandonne après s'en être amusé ; et, sans les examiner seulement, on les jette à la ferraille.

Avec un peu de bonne volonté, de suite dans les idées, d'observation consciencieuse des facultés cérébrales de IVnfance, on arriverait rapidement dans notre pays à former des générations conscientes d'elles-mêmes et du milieu qui les entoure, aptes à se rendre compte des progrès incessants qui s'accomplissent dans le domaine des sciences physiques et de leurs applications. Ces progrès sont tellement formidables que, tous ici, nous pouvons bien dire sans jeu de mots que nous avons vraiment vécu deux

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siècles, si nous comparons seulement l'état de choses actuel et celui qui remonte à une vingtaine d'années. Et cependant, dix-neuf sur vingt de nos contemporains, pour le moins, ne se rendent pas plus compte des merveilles qui les entourent, qu'un Hottentot transporté au musée du Louvre ne se rendrait compte de la beauté des œuvres d'art.

Voulons-nous que nos enfants, et les générations qui les suivront, restent dans le même état mental ? Trouvons -nous, au contraire, que cette organisation n'est pas parfaite, et qu'il y a quelque chose à changer ? Au fond, c'est tout le problème de l'éducation populaire qui se pose, et il peut se résumer ainsi :

Le but de l'instruction publique est-il de former et de développer le cerveau de l'être humain, et de préparer celui-ci pour la vie? — A-t-il pour objet de discipliner les esprits, de les maintenir dans une situation d'engourdissement et d'ignorance les mettant hors d'état de penser par eux-mêmes ; et, sous prétexte d'instruction, doit-il fatiguer la mémoire, au point de tuer les facultés d'initiative ?

Dans le deuxième cas, tout est bien ; inclinonsnous, et ne modifions rien. Il serait toutefois plus franc, et plus économique, de ne pas apprendre même aux enfants la lecture ni récriture.

Dans le premier, reconnaissons hardiment qu'il y a une réforme profonde à faire, et préparons-la. C'est à cette tâche que je travaille dans la petite mesure de mes forces, et que je vous demande de travailler aussi.

LaISA2<T.

Au cours de ces dernières années, dans deux entreliens successifs ayant pour titre l'un: L'Initiation mathémctique, et l'autre : L'Initiation à l'étude des sciences physiques, je me suis efforcé d'établir qu'il est possible d'infuser à des enfants les premiers éléments de ces deux ordres de sciences, et que l'on devrait même en donner les premières notions à Tépoque où l'on apprend à lire et à écrire, à la condition, bien entendu, d'appliquer à cette initiation des méthodes appropriées.

A la condition, aussi, de tenir un compte plus grand qu'on ne le fait des aptitudes et de la tournure d'esprit de l'enfant en général, il est possible de meubler cet esprit, dans des conditions très supérieures à celles que l'on obtient par l'application des procédés ordinairement en usage à notre époque.

J'ai ajouté que ces considérations étaient bien loin d'être nouvelles, qu'elles avaient été produites par d'éminents esprits, il y a bien longtemps déjà, et que, en cette matière comme en bien d'autres, un retour au passé, de plus d'un siècle, constituerait un progrès notable.

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